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Lethal Weapon 4
de Richard Donner

Les comperes

Courrier

Visionné le 10.07.98, Quartier Latin, Montréal
par VinCy

L'Arme Fatale 4
Mel Gibson

Les héros sont fatigués

Le piège avec les séries, c'est de lasser le spectateur. Que la formule ne prenne plus (Le flic de Beverly Hills) ou que la sauce soit indigeste (Batman).
L'Arme Fatale a 11 ans. Et en voici le 4ème épisode. Depuis sa création, Gibson est devenu l'une des 5 stars les plus importantes sur la planète.
Contrairement à de nombreuses séries, cependant, L'AF évolue avec ses héros. Leur vie sert toujours de contexte à cette suite de cascades, de combats, de gags comiques.

Mais force est de constater que le cocktail numéro 4 est le moins réussi de tous. A l'instar de James Bond version Roger Moore, le film de Richard Donner sombre de plus en plus vers le comique et l'action spectaculaire, au détriment du scénario.
Construit comme un film de 007 (pré-séquence qui n'a rien à voir, enquête, combat final dans l'antre de l'ennemi), L'AF4 n'offre - hélas - aucune surprise. On s'attendait à une fin dramatique, on a le droit à un générique familial et politically correct.
Cette apogée des valeurs américaines a pris comme prétexte la drogue, le racisme, la corruption au cours des précédents épisodes. Le 4ème ne faillit pas à la règle, avec l'immigration clandestine. Le sujet est ici traité avec un soupçon de didactisme et une grosse dose de désinvolture. On passera donc sur le message politique de la série.
On notera cependant qu'il s'agit d'une des rares franchises à faire d'un couple white/black autre chose qu'un ressort comique.

Tolérant, mais pas forcément subtil. Cet épisode l'est encore moins. Tout effet est appuyé jusqu'à l'overdose. Les 15 premières minutes sont inaudibles tellement le son est mis en avant simplement pour esbrouffer.
L'humour est au ras des jean's des ados. La morale omniprésente. On ne croit pas un seul instant à la corruption de Glover. Et Gibson semble carrément s'être planté de tournage. Pas de doute il s'agit d'un épisode en trop.
Pesci se répète, Russo est inexistente (dommage). Et la nouvelle recrue, Chris Tucker, a du mal à trouver sa place au sein du duo, au point de carrément disparaître du final. Toute séquence qui aurait été sadique dans les 2 premiers épisodes, devient ici prétexte à drôlerie: une scène d'interrogatoire censée nous effrayée (chez un dentiste!) devient une farce au gaz hilarant, qui - plus grave - ne nous fait pas rire.

En fait seul le très caricatural Jet Li, avec son expertise des Arts Martiaux, nous distrait réellement. Ses combats sont esthétiquement superbes à voir. Une importation de Hong Kong qui revigore un peu ce film poussif et prévisible.
Pire, le script aurait gagné à plus de maîtrise: incohérent, des personnages à peine écrits, des scènes sans suite. Comme Tomorrow never dies, un film baclé, habile montage sans consistance.
A force de rajouter des ingrédients (action, humour), L'AF a perdu sa saveur initiale, beaucoup plus noire. Le duo se connait trop bien pour se surprendre. Et surtout pour nous étonner.

Il s'agissait de la seule suite de l'été 98. Un archétype du produit pré-fabriqué. On ne manque rien à l'attendre en vidéo. Dans un coffret, avec les 3 autres. En attendant - avec moins d'excitation - le 5ème.


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