Production : Working Title, StudioCanal, Universal Pictures, Miramax Films
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Beeban Kidron
Scénario : Andrew Davies, Richard Curtis, Adam Brooks, helen Fielding, d'après le roman d'Helen Fielding
Montage : Greg Hayden
Photo : Adrian Biddle
Décors : Gemma Jackson
Musique : Harry Gregson-Williams
Durée : 100 mn

Casting :

Renee Zellweger :Bridget Jones
Hugh Grant :Daniel Cleaver
Colin Firth : Mark Darcy
Jim Broadbent :Papa
Gemma Jones : Maman
Shirley Henderson : Jude
Sally Phillips : Shazzer
James Callis : Tom
Celia Imrie : Una
Jacinda Barrett : Rebecca

 

 
Renee Zellwegger
Hugh Grant
Bridget Jones 1
  (c) Ecran Noir 96-04
Bridget Jones : The Edge of Reason
Bridget Jones : L'âge de raison 
R. Uni / 2004 / Sortie France le 8 décembre 2004 
 
 
Bridget Jones n'est plus célibataire. Elle peut arborer un pull ridicule chez ses parents : elle ne sera plus la seule. Mark Darcy est là, pour le meilleur mais surtout pour le pire. Entre deux reportages catastrophes, elle découvre les joies de l'amour. Malgré les médisances de ses amis, elle parvient à être digne d'elle : c'est à dire paranoïaque. Elle commet ses gaffes avec un naturel qui laisse pantois. Et finalement se persuade que son mec a une aventure avec la jolie Rebecca, toujours là quand il ne faut pas.
Pour couronner le tout, Daniel Cleaver s'est fait engagé par sa chaîne de télé pour des émissions sur les voyages. Entre ski alpin et plages thaïlandaises, Bridget Jones va pouvoir halluciner et créer quelques avalanches. Ê
 
   Le titre complet et original (The Edge of Reason) comporte un jeu de mot que la traduction française perd. The Edge of Reason peut s'entendre comme The Age of Reason, l'âge de raison, mais cela signifie surtout, au bord de la déraison. Et cette suite est fortement déraisonnable. C'est la première fois que Working Title, le célèbre producteur de comédies romantiques britanniques, décide de faire une suite à un de ses hits. Le premier opus de Miss Jones avait rapporté 280 millions de $ en 2001.
Mais c'est un peu de la faite de l'auteur des aventures de Bridget Jones, Helen Fielding, qui avait écrit une suite à son premier best-seller. Adaptation de la suite, donc? Ce serait un mensonge. Car dans le roman, Bridget interviewe un acteur nommé.... Colin Firth (qui joua en son temps Mark Darcy dans un feuilleton de la BBC, Pride and Prejudice). Il faut dire que l'auteur écrivait son roman en regardant la série! Difficile, par conséquent, de voir Zellweger interviewer son amant (incarné par le même Colin Firth, vous suivez?). De même, Hugh Grant est à peine mentionné dans le second bouquin. Difficile là encore de se passer d'Hugh Grant, clairement plébiscité par les spectateurs. Aussi, le film n'est qu'une libre adaptation du roman, et clairement une sequel au film.
Cela obligea Renee Zellweger à prendre 14 kilos. Ce qui peut expliquer ses formes généreuses lorsqu'elle reçu l'Oscar du meilleur second rôle féminin pour Retour à Cold Mountain en février dernier, juste après le clap de fin de BJ2. Depuis, elle les a largement perdu. A Paris, elle est apparu svelte, sexy, plus que jolie, et un brin déprimée par la victoire de Bush. Zellweger a en commun avec son personnage un pétillement qui lui a permit de se faire adopter par les anglais. Le film, à date, a rapporté 125 millions de $ dont 50 millions rien qu'en Grande Bretagne! En fait, la Renée n'a rien en commun avec cette Bridget, a priori. C'est un rôle de composition. "Bridget Jones, c'est avant tout une très belle naïveté. Elle a cette vulnérabilité qui m'est proche" explique l'actrice en conférence de presse.
Mais Bridget Jones ce n'est eprsonne d'autre qu'Helen Fielding, sa créatrice. Haut panthère, blonde décolorée, la femme, millionnaire, n'a aucune classe, mais du bagout à revendre. Et Bridget c'est sa progéniture, c'est ainsi qu'elle en parle : "Qu'est-ce qu'ils vont faire de mon bébé? Vont-ils la détruire?" Hugh Grant, lui, griffonne, affiche un sourire permanent qui rehausse ses pattes d'oie. Il n'a pas de projets, pas de films en court. Mais son humour est dévastateur, et naturel. Lui mieux que personne parle des Bridget de son pays. "J'habite à West London. Et là bas les filles sont toutes comme ça." Flatteur? "Un peu de Chardonnay, un peu de cocaïne et elles finissent toutes comme elle à Notting Hill!"
La timide Zellweger (elle chuchotte quand elle parle), qui nous rappelle plus les pin up d'Alberto Vargas qu'un modèle de Botero, serait intéressée pour vivre à Londres, loin de Bush. Et pourquoi faire un troisième épisode. Encore faut-il que Mademoiselle Fielding l'écrive. En attendant elle prend une année sabbatique.


 

 
LA CONFIANCE NE REGNE PAS

"- Je ne vois pas où atterrir en douceur!
- Peut-être sur son cul...
"

On prend les mêmes et on recommence. Après tout, lorsqu'on apprécie une recette, on en redemande, sinon ça fait mal élevé. Bridget Jones nous en ressert une bonne louche et une bonne couche avec musiques années 70-80 (de Carly Simon à Madonna), réception familiale bis repetitae, complexes taille XXL, potes de mauvaise foi dans un pub et autres zoom sur gros pétards pour le petit écran... Jusque dans la bagarre nullissime entre les deux bellâtres, à poings nus et devant des témoins ébahis (dont une caméra, mais a priori la délation n'aura lieu que dans le DVD). Tout est donc dupliqué, amplifié, plagié, "énormisé".
Alors dans ce cas pourquoi déraisonner une fois de plus cette pauvre Bridget? Hormis les raisons financières (cachets des stars, enrichissement des producteurs, ...), on ne voit pas. Le film n'apporte rien de plus, rien de moins. Il opère juste dans la surenchère. Et cela n'a plus rien à voir avec un journal intime. Nous sommes ici plus proche du pur délire voire de la parodie du premier épisode. Ce renvoi d'image n'est d'ailleurs pas inintéressant. Car il permet à son héroïne de (se) réfléchir devant son propre miroir. Entre la tentation de l'infidélité (avec ce diable d'Hugh Grant) et la perversité d'une possessivité inavouée, Jones pose les questions intérieures de toute femme amoureuse et sentimentalement insécure.
Mais cela reste une comédie. Et s'il y a 60 ans, Hollywood aurait choisi Grant comme compagnon idéal à une Hepburn, dans les années 2000, il faut savoir se ranger et accepter de faire l'amour à un conservateur... Car le plus étonnant est bien la personnalité de BJ. Sa maladresse, ses angoisses, ses obsessions la rendent comique, aux frontières du grotesque façon Laurel et Hardy, délirant et chantant dans une prison Thaï à la manière d'un Mel Brooks. Ce second épisode la révèle encore plus excentrique, mais aussi plus humaine et plus touchante. C'est peut-être ici que réside le mobile de la sequel : notre attachement à une telle femme, si loin des canons de beauté usuels, et si drôle (involontairement). Véritable tornade, chacun de ses gestes aussi délicats soient-ils se transforment en catastrophe naturelle. Le personnage ne serait rien sans l'interprétation ciselée de Zellweger, ironiquement texanne, brune et filiforme, métamorphosée en anglaise, blonde et en chair. Jamais le moindre mépris, toujours digne dans sa cocasserie. Pour notre plus grand bonheur, elle est gauchiste, fumeuse, et prête à tâter du cochon. Elle apprend à s'aimer (et aussi à aimer), et le film lui donnera l'occasion de montrer à quel point elle est inculte et ignare (sauf en "people"), peu à l'aise en allemand et heureuse dans ses malheurs, comparés à ceux des femmes thaïlandaises. Un rôle féminin tellement fort qu'on tombe sous le charme. Elle apprend à relativiser!
Alors nous aussi nous relativisons : dans ce magma de comédies moyennes et de personnages stéréotypés, celle-ci n'est pas indigne ni déshonorante. On se fera la remarque que Hugh les bons tuyaux vieillit, semble trop statique et joue ad minima les invités vedette - on sent que son personnage n'a que peu d'utilité si ce n'est pour quelques répliques : "Je sais à quel point j'aime les femmes de Monsieur d'Arcy." Forcément. Et à propos de l'actuelle Madame d'Arcy? "- Tu as été élue meilleur coup de ma vie. - Le meilleur? - A part Simon, en Seconde..." Apologie d'une sexualité assumée et sous toutes ses formes, BJ est un film de son époque.
Quelques séquences absurdes marquent les esprits : séance d'habillage en pleine rue, le personnage de Rebecca, l'assistante plus que sexy et plus que parfaite, la réception chez les ténors du barreau, retour rythmé et mouvementé après un séjour en prison. De situations embarrassantes en questions existentielles et superficielles, le film nous accompagne pour un bon moment. Car Bridget est franche, intelligente et naïve. Ce triptyque est un catalyseur de gags dans un monde hypocrite, pavlovien et manipulateur. Pourtant le film ne juge et ne sanctionne personne. De même il ne choquera jamais et restera sage et consensuel, bref grand public, malgré les frasques dépeintes.
Quelques jolis plans très numériques, de beaux extérieurs exotiques et des dialogues assez durs et cruels parachèvent une sequel à la hauteur de l'original. Après tout, "on mérite tous une seconde chance. A part Hitler." To be Bridget or not to be Jones, that's the (final) question!

- Vincy