Berlin 2016
18 films en compétition pour le jury de Meryl Streep. Le grand chelem des festivals est lancé pour la saison 2016, avec, au programme Denis Côté, Jeff Nichols, André Téchiné et Mia Hansen-Love.


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 (c) Ecran Noir 96 - 22






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Jury de la compétition officielle

Patrice Chéreau (président)
Jean-Hugues Anglade
Lucas Belvaux
Enki Bilal
Mélanie Doutey
Irène Jacob
William Sheller
Anne-Louise Tridivic

Jury de la compétition Action Asia

Jan Kounen (président)
Marc Caro
Vahina Giocante
Mylène Jampanoi
Franck Vestiel

Hommages rendus à :
Im Kwon-Taek (réalisateur coréen)
Kôji Yakusho (acteur japonais)
Joe Hisaishi (compositeur japonais)
Jia Zhang-Ke (réalisateur chinois)
Jiang Wen (réalisateur et acteur chinois)



BAISSE DE TENSION A DEAUVILLE : BILAN DE LA 10e EDITION DU FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE





A quelques heures du palmarès, les concurrents sérieux au Lotus du meilleur film et au prix Action Asia ne se bousculaient pas forcément au portillon. La faute sans doute à une sélection en demi-teinte, reflet d’une production cinématographique semblant à bout de souffle. Résultat, les deux œuvres récompensées (With a girl of black soil de Jeon Soo-il et Héros de guerre de Feng Xiaogang) semblent avoir plus fait l’objet d’un compromis que d’un réel coup de cœur.

Action Asia : de la baston et peu de raison

Il faut dire que la compétition Action Asia s’est révélée plutôt décevante, méritant presque d’être requalifiée en section "Baston". Seul Crows zero du Japonais Takashi Miike, adapté d’un manga de Takahashi Hiroshi, est vraiment sorti du lot, grâce à une intrigue solide et un humour de bon aloi. Il nous a même offert l’une des plus belles séquences du festival, celle d’un véritable bowling humain où de jeunes élèves représentent les quilles… Rien à redire non plus aux scènes d’action, efficaces et chorégraphiées avec style. Pourtant, on attendait mieux de l’auteur des corrosifs Gozu et Dead or alive que ce teen movie certes rythmé, mais dans l’ensemble plutôt simpliste et gentillet. La concurrence n’avait toutefois pas grand chose de mieux à proposer.

On attendait notamment beaucoup de l’étonnant Opapatika du Thaïlandais Thanakorn Pongsuwan, en raison de son pitch particulièrement orignal : après s’être suicidé, un jeune homme découvre l’univers des opapatikas, des individus créés à partir du néant, bénéficiant de pouvoirs surnaturels aux contreparties terribles. Hélas, le film se résume à une succession de combats obscurs et répétitifs aux airs de boucherie morne auxquels on ne comprend pas grand chose. D’une manière générale, les enjeux de l’histoire, ainsi que ses rebondissements et une grande partie de son dénouement, restent parfaitement confus, voire incohérents.

Les autres films en lice souffrent eux d’un sérieux manque d’originalité, voire de scénario. Coq de combat de Soi Cheang raconte l’apprentissage du karaté par un loser de première à qui rien ne sera épargné, du viol en prison aux échecs cuisants. Kuro-obi (Ceinture noire) de Nagasaki Shunichi nous plonge dans le Japon des années 30, où deux karatékas formés par le même maître suivent des voies différentes. Le premier collabore avec l’armée et utilise ses talents pour réquisitionner par la force les dojos d’autres écoles tandis que le second refuse d’utiliser le karaté pour l’attaque, même quand il s’agit de sauver une jeune fille enlevée par des marchands de chair humaine… Malgré de très impressionnantes séquences de combat (notamment celles où le karatéka défait ses adversaires en se contentant de parer leurs coups), le film manque de rythme et de fond.

Restait donc Héros de guerre de Feng Xiaogang, éminemment représentatif d’un certain cinéma chinois se voulant à la fois spectaculaire, édifiant et patriotique. Avec le récit du sacrifice de quelques soldats de l’armée populaire pendant la guerre civile, puis le long combat pour faire connaître ce sacrifice, c’est réussi. Mise en scène pompière, intrigue réduite au strict minimum, idéologie patriotique bête et méchante… on se demande un peu comment le jury mené par Jan Kounen a pu se laisser prendre à la propagande à peine déguisée de ce film de guerre par ailleurs académique. Un choix par défaut, sans doute.

Le triomphe du cinéma social

Et côté compétition officielle ? Comme souvent dans les festivals, c’est le cinéma social qui tire la couverture à lui. With a girl of black soil du Coréen Jeon Soo-il remporte à la fois le Lotus du meilleur film et le Prix de la critique internationale avec l’histoire d’une petite fille prenant en mains le destin de sa famille lorsque son père commence à boire. D’une étonnante sobriété et relativement contemplatif, le film fonctionne malgré sa tendance à la surenchère dans le malheur et son côté manipulateur. Quelques très jolies scènes de chant (les enfants avec leur père, les mineurs tous ensemble) témoignent même un instant de la communion et de la chaleur humaine qui peuvent parfois adoucir les pires épreuves. Décidément séduit par les enfants livrés à eux-mêmes, le jury présidé par Patrice Chéreau a également récompensé Flower in the pocket, premier film du Malais Liew Seng Tat, prix du jury ex-aquo avec Wonderful town d’Aditya Assarat (Thaïlande).

Dans cette même veine d’un cinéma auscultant tous les maux de la société, on a également pu voir Fujian blue de Robin Weng, un premier film sur un groupe de jeunes Chinois désœuvrés vivant de petites arnaques et dont le seul espoir est d’émigrer en Occident, ainsi que le très fourre-tout The red awn de Cai Shangjun (déjà vu à Vesoul), abordant en moins de deux heures la plupart des problèmes de la Chine actuelle : les mariages forcés, la désertification des campagnes, l’explosion de la cellule familiale, l’endettement, la prostitution… Des œuvres aux intentions très louables, mais pas forcément très maîtrisées.

On retiendra plutôt le dérangeant Beautiful de Juhn Jaihong, écrit et produit par Kim Ki-duk, qui raconte la descente aux enfers d’une femme extrêmement belle ayant l’impression suite à un viol que cette beauté est une malédiction. S’il avait été réalisé par le fameux cinéaste coréen, le film aurait sans doute été plus loin dans l’horreur et le malaise, contraignant le spectateur à une véritable réflexion sur la beauté, l’attirance physique et le poids des apparences. Là, il se contente d’explorer son sujet sans grand génie, quoiqu’avec vitalité.

Tout aussi intéressant, Exodus de Pang Hu-Cheung confronte un policier consciencieux à la révélation d’un complot fomenté par des femmes pour éliminer tous les hommes. Plutôt inégal, et trop lent pour être un véritable polar, c’est toutefois indéniablement le film qui offre la séquence d’ouverture la plus réussie du festival. Sur un fond de musique classique enjoué, un long zoom arrière révèle à l’écran un portrait de la Reine d’Angleterre, puis un homme-grenouille en train de fumer une cigarette au pied de cette photo, et enfin la scène qu’il observe, plusieurs hommes-grenouilles tabassant un homme à terre. Absurde, cinglant et efficace.

Enfin, on a pu (re)voir avec un certain plaisir deux œuvres précédemment présentées au festival de Cannes : Ploy de l’inénarrable Pen-ek Ratanaruang (Vagues invisibles, Last life in the universe), une variation étonnante sur le désir, l’amour et l’absurdité de l’existence, et Funuke, show some love you losers, premier film du Japonais Yoshida Daihachi qui raconte les relations complexes (à la fois cruelles et délirantes) de trois frère et sœurs peu recommandables.

Valeurs sûres, belles découvertes et film choc

Mais finalement, c’est de la section panorama qu’est venue la confirmation des valeurs sûres avec les nouveaux films de Im Kwon-Taek (Beyond the years, une jolie fresque sur des chanteurs de pansori), Jiang Wen (Le soleil se lève aussi, une sorte de farce à la Kusturica, colorée et outrée) et Yoji Yamada (Kabei, our mother, une chronique familiale douce-amère sur l’absence du père). Côté découvertes, on a aimé le polar en costumes du Coréen Kim Mee-jeung, Shadows in the palace, qui se déroule à la Cour, avec ses innombrables intrigues, ses règles complexes et ses décors fabuleux, ainsi que le film à sketches Four women d’Adoor Gopalakrishnan, proposant quatre fables édifiantes sur la manière dont les femmes indiennes doivent se soumettre aux rôles que leur impose la société (la vieille fille, la prostituée, la femme mariée...).

Toutefois, le vrai grand choc du festival est venu du terrifiant Endless night de Pan Jianlin (Chine), où une femme raconte face caméra les expériences sexuelles traumatisantes qu’elle a vécues à l’âge de quinze ans. Chaque bribe de récit est suivie des commentaires souvent peu amènes d’une dizaine d’anonymes donnant leur avis sur le comportement de la jeune femme ou des hommes qu’elle a connus. Ces faits et les réactions qu’ils suscitent sont tous tirés d’événements réels, interprétés à l’écran par des acteurs non professionnels. Si au début on s’amuse de la manière dont les "commentateurs" mettent beaucoup d’eux-mêmes dans leurs interventions, projetant leurs propres fantasmes et désirs, on est peu à peu terrifié par ce que ces témoignages révèlent des mentalités réactionnaires et machistes des intervenants et, par extension, de la société contemporaine.

L’un des protagonistes explique en effet qu’il aurait participé au viol collectif s’il en avant eu l’occasion, tandis qu’un autre explique que si cela était arrivé à sa fille, il l’aurait rouée de coups pour la punir. Une troisième déclare sans détour que si la jeune fille a été violée, c’est qu’elle avait forcément fait quelque chose pour cela. Malgré une forme extrêmement sobre, à la limite du documentaire, où rien n’est jamais montré ni suggéré, le film s’avère quasiment insoutenable, tout en étant une réflexion passionnante et indispensable sur la manière dont la sexualité féminine est aujourd’hui encore perçue comme au service d’une sexualité masculine toute puissante.





MpM