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8e RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DE LA SEINE-SAINT-DENIS

Jean-Pierre Thorn

SOIREE JEAN-PIERRE THORN
(27/11/97)





Dans le cadre des 8e Rencontres Cinématographiques de Seine-Saint-Denis, Catherine Haller, la directrice du cinéma l’Ecran 1 et 2 de Saint-Denis nous propose :

“Faire kiffer les anges”
de Jean-Pierre Thorn (1997/1h28)
avec Franck De Louise et Gabin Nessier
(Aktuel Force compagnie)
Un film racontant merveilleusement bien la culture hip-hop en France.



Présentation de la soirée
La salle est complète pour la projection de ce soir. Beaucoup de jeunes sont venus, même Meaux, pour assister à ce film qui explique la provenance en France du mouvement hip-hop. Le réalisateur Jean-Pierre Thorn et Franck De Louise arrivent devant les spectateurs impatients (présence d’enfants). L’animatrice, Catherine Haller annonce le déroulement de la soirée dont la projection d’un court-métrage qui s’intitule “Sans papier de France”, puis donne la parole au cinéaste en guise d’introduction : “ Je crois que pour nous tous c’est important à Saint-Denis, parce que Franck est originaire de la ville. Tout à l’heure on est passé à coté de sa cité qui est juste à l’entrée. Et puis, Gabin Nessier habite aux Francs-Moisins, donc c’était un peu normal qu’on soit là. Je crois que le 93, c’est vraiment un des lieux des racines du hip-hop, voilà. Donc Franck (il le présente de la main) était le breaker fou de l’émission de Sydney. Donc la première émission de Sydney à la télévision qui parlait du hip-hop.”.

Le réalisateur passe le micro à Franck De Louise : “ Je vais dire que que je suis bien content d’être là, et ça me fait chaud qu’il y est autant de monde, les mecs y vont gallérer pour voir le film, mais je vous remercie. Et en fait, j’étais même jamais rentré dans ce cinéma, parce qu’à l’époque quand j’avais 15 ans y avait pas de cinéma, y avait le petit Écran au théâtre Gérard Philippe. Et y avait rien pour la culture surtout à Saint-Denis, pour une ville de cent mille habitants. Justement le hip-hop est venue vraiment au bon moment au début des années 80, justement enfin... le hip-hop est venue pour moi comme quelque chose, comme une réponse à ce que j’attendais parce qu’à Saint-Denis y avait rien du tout, ça ne ressemble pas à celui d’aujourd’hui. Alors, je suis très content d’être à Saint-Denis aujourd’hui avec vous, voilà et bon film et à tout à l’heure si vous avez des questions.”

Ils ressortent de la salle sous les applaudissements du public.Le film montre les rencontres des danses urbaines qui a eu lieu en 1996 au parc de la Villette en fond d’histoire, pour mieux présenter certains groupes de hip-hop comme Aktuel force, MBDT et bien d’autres afin qu’ils nous parlent des racines de ce mouvement musical et culturel dans notre société.

Par exemple, Franck De Louise explique qu’il a fait des études d’éléctro-technicien qui n’avait rien avoir avec sa vie future. Il raconte qu’il doit tout au hip-hop pour être là aujourd’hui. Pareil, pour Gabin Nessier expliquant où il venait breaker dans sa cité et faisant une figure de free-style pour le plaisir à ses copains. Le hip-hop est mélangé à beaucoup d’autres danses contemporaines afin de le faire reconnaître comme un art à part entière. Cet art est l’espoir de certains jeunes de banlieue pour s’en sortir. Le film se termine sur les rencontres de danses urbaines à la Villette.

Le débat
La base de l’histoire du film est racontée par le réalisateur : “Moi, j’ai découvert le hip-hop y a pas longtemps, il y a quatre ans à Lyon où il y avait une rencontre régionale qui rassemble toutes les compagnies hip-hop. Puis, y avait 200 danseurs, 4 000 jeunes à la Maison de la danse de Lyon. J’ai été époustouflé par la beauté car pour moi avant tout c’est la force, la beauté de cette danse et l’énergie de ces danseurs. Et puis bon en discutant un peu, j’ai été épaté par cette énergie, cette volonté qui travaille, et en même temps j’avais assisté aux répétitions. Et là, je me suis dis faut faire un film. Je suis allé voir les chaînes de télévision, et ce qu’était incroyable, c’est que toutes les télévisions nous disaient : “Oh! c’est pas intéressant, c’est de la sous-culture, ça leurs passera c’est de la sous-culture américaine”, je vous jure! Et moi j’étais sidéré ; je leur dit :”vous vous rendez pas compte mais il y a des millions de jeunes qui sont en train de développer ça et c’est une chance formidable pour notre pays que ce mouvement artistique existe “, et j’ai été extrêment surpris devant la frilosité pour pas dire plus, même des fois le mépris franchement d’un certain nombre de responsables culturels des chaînes qui résonnent en terme d’audimat, ils disent :”C’est une mode, ça leurs passera!”.

Jean-Pierre ThornEt du coup, j’en ai été plus convaincu qu’il fallait faire un film, parce que je crois qu’un des problèms de la France, c’est ce côté obtu où les responsables culturels des chaînes ne voient pas que dans la jeunesse il y a un tel mouvement qui bouge en ce moment et qui produit un art à part entière avec ses codes, avec son message, son écriture extrêment précise et que j’étais assez scandalisé de ça. Donc, le film a mis un certain temps à se faire parce que à des moments donnés, j’ai même fini en Hi-8 avec des petites caméras, car personne ne voulait produire. J’ai même eu une aide de l’Europe, c’est ce qui m’a permis de démarrer, une aide du documentaire Editor Médias. Et puis au bout de trois ans, je travaillais, contactais les groupes, je filmais les rencontres jeunes mais j’arrivais pas à faire le film que je voulais qui était de rentrer dans les familles de voir qui était ces personnalités qui faisaient le hip-hop. A la longue, j’ai convaincu France3 Rhône-Alpes, donc par des petits moyens, j’ai fait un premier montage qui s’appelle : génération hip-hop, qui s’est passé à Lyon. Et ayant fait ce film, il était reconnu puisqu’il a été sélectionné à Biarritz. Du coup, Arte qui l’a vu m’a dit : “C’est incroyable! il faut qu’on aille plus loin, il faut qu’on vous donne les moyens de continuer”, c’est comme ça que j’ai pu avoir les moyens là de filmer avec des moyens à la danse avec trois caméras pour travailler comme j’avais envie vraiment près du sol, arriver à montrer tout ce que j’avais envie moi de filmer sur le hip-hop.

Et peut-être, que c’était bien aussi d’un côté, comme dirait mon ami Gabin (Nessier) : “Transformer le négatif en positif” d’avoir cette contrainte que j’ai eu du temps, finalement à été bénéfique. Parce que ça m’a permis moi de vraiment prendre beaucoup plus de temps de rencontrer les compagnies et puis moi j’avais peur qu’ils se découragent et disent : “Finalement, ce mec là, c’est un bluffeur, il fait jamais son film”, donc il a fallut que je leur montre des images, ce que je ne fais jamais d’habitude. C’est tous les rushes que j’avais tourné quand j’ai démarré début 1993, j’ai tout montré aux compagnies et du coup ça leur a donné confiance, ils ont vu ce que je cherchais. On a discuté ensemble, comment aller plus loin, et même je crois pour convaincre Aktuel Force, et puis d’autres danseurs comme Ibrahim, Akim Aîche et tout ça de participer au film. Le fait que j’avais fais un film avant, a permis de ce fait de voir comment je travaillais, et a permis vraiment d’avoir plus de confiance ensemble. Voilà, donc finalement, je dois remercier aux chaînes de télévision d’avoir eu tellement peur de faire ce film, que à l’arrivée ça m’a permis moi, d’avoir du temps pour travailler, parce que je crois que la qualité pour un cinéaste, c’est d’avoir le temps d’écouter les gens, le temps de pas partir des idées qu’on a a priori, mais vraiment se pénétrer, rester en dialogue, connaître et puis c’est aussi échanger, donner de soi pour que en face, on puisse se respecter, donc aller plus loin pour dépasser les idées préconçues et à toucher à des choses fortes.Voilà l’histoire de "Faire kiffer les anges.”

Franck De Louise ajoute à ce commentaire de Jean-Pierre Thorn : “ Moi, quand il est venu me voir, moi j’ai été frimer un peu... je sais pas l’image... enfin il m’a dit que ça serait bien que je sois dans le film pour parler un peu de mon chemin, et en fait, j’étais pas trop d’accord. Et effectivement, quand j’ai vu le monde qu’il y avait derrière, bon les Aktuels et tout ça? Gabin m’a dit : “Ouai, ça serait bien et tout, parce que c’est bien de le montrer quoi”, parce que tout le monde ne connaît pas, apparemment, même si on a l’impression d’être connu des gens depuis longtemps. Pour nous on est pas au courant de ce qui se passe réellement à travers ça. Notamment, le fait de reconnaître cette nouvelle culture, et ça c’est déjà un grand pas.

Quand je dis culture c’est que dans le hip-hop on retrouve, ce qu’on peut appeler des disciplines, bien connues de nous. A savoir l’expression graphique (la peinture, les graffiti), le rap, la conception musicale quand le DJ fait des remix instrumentaux et tout ça et puis la danse. Je veux dire à l’intérieur de ça on a assez d’éléments pour exprimer quelque chose qu’on a au fond de nous. Parce que c’est une une réaction, enfin moi je l’explique comme ça, c’est une réaction à un système qui justement qui ne veut des gens qui peuvent pas s’affairer. Et à travers ça, on arrive à s’exprimer et donc c’était bien de pouvoir le montrer dans le film. Et je trouve que c’est une expérience intéressante, puisque aujourd’hui on est là pour appuyer le film et ce qui permet de faire des rencontres, de voir la réaction des gens. Et ça, c’est vachement important parce que nous de l’intérieur, on se rend pas vraiment compte de l’impact que ça peut avoir sur les gens qui sont de l’extérieur. Et c’est toujours bien d’échanger des réactions. Donc, je voudrais remercier Jean-Pierre pour sa démarche, et puis sâchez qu’en prévision on a une fiction sous forme de comédie musicale et j’espère que ça va aboutir parce que ça serait bien de faire un film français là dessus.”

Le cinéaste pose une question dans la foulée à ses deux acteurs : “Pourquoi Franck au début tu étais très méfiant, c’est intéressant je trouve.” Franck préfère laisser Gabin Nessier répondre à cette question sur leur méfiance à tous les deux : “Pour moi, ça fait longtemps que je suis dans cette culture. Le fait que Jean-Pierre avait déjà fait un premier film, qui n’a vraiment pas touché la véritable identité de la culture hip-hop. Pour moi, c’était un moyen de remettre un petit peu les choses à niveau. De dire voilà, on est une compagnie, ça fait longtemps qu’on est là, on a vraiment une bonne racine et ça serait bien qu’on arrive à montrer quelque chose de différent par rapport de la culture de Lyon. Parce qu’il faut dire ce qui est, chaque région, chaque ville de la France ont plus ou moins une influence contemporaine, ça peut être une influence plus africaine, à Paris c’est beaucoup plus, il y a une plus grande souche, ça part sur l’Afrique, il y a beaucoup plus de divergences plus importantes. Mais c’est vrai, on peut voir du côté de Roubaix, c’est plus commercial un peu dans les styles de clips commerciaux. Donc si tu veux le travail qu’il avait fait premièrement, avec le film, je me suis dis que ça serait bien qu’on arrive à remontrer un petit peu cette culture et pour moi et toute la compagnie c’était quelque chose de très intéressant. Par la suite, c’est vrai qu’il y a eu des choses positives, ça veut dire que ça a touché un argument public, le film à été bien vu par Arte et pour nous le fait qu’on arrive à remontrer cette culture, qu’on puisse prouver qu’on est capable de faire des choses artistiques avec une écriture chorégraphique, pour moi je trouve que c’est vraiment important. C’est pour ça que je dis que chapeau à Jean-Pierre Thorn qui a fait ce film. Bon, j’avais cette opportunité d’être l’un des premiers sur ce film, donc j’ai donné des amis, des gens qui sont dans la culture depuis longtemps, j’ai donné des noms à Jean-Pierre entre autres Franck De Louise qui a fait beaucoup pour la culture au sens de la musique.”

Un premier spectateur pose une question à Franck De Louise : “ Pourquoi tu dis que le hip-hop c’est pour les caïllra (signifie racailles), les jeunes des banlieues?”, l’air étonné de cette question ambiguë, il répond : “ Enfin je sais pas qui dit ça dans le film, mais je pense qu’on fait allusion, quand on dit hip-hop, on fait allusion au rap. Et ce qui est véhiculé dans le rap, et l’expression qui est utilisée actuellement, c’est clair que ça vient qu’on sais d’où voilà. Ca vient de la culture des cités, si on rap en verlant c’est presque tout juste. Ce que je veux dire, il y a association pour l’instant du hip-hop au rap, et ce que ce film veut démontrer, il y a pas que ça, et que même si le rap il véhicule si c’est pas des messages négatifs, c’est de la démagogie en général. Et nous dans la danse , on est complètement, enfin je pense, on a pas le même discours et on parle avec le corps et d’un sens complètement positif. Et c’est ce qu’on voulait défendre justement, c’est qu’on veut montrer une autre image du hip-hop, que c’est pas simplement du rap, et que le rap est associé à racaille, c’est l’image donnée par les médias, l’attitude des gens qui font du rap, c’est pas l’attitude bon chic bon genre, faut pas se fermer les yeux là dessus.”

Un spectateur prend la parole, et se présente comme un rappeur s’appelant Mistik : “ Le rap c’est une culture d’échange, faut pas dire n’importe quoi”, Gabin répond à son interlocuteur : “La culture hip-hop c’est quatre grandes branches :le rap, le DJ, le graffiti, et la danse. Quand on parle de hip-hop, ce sont ces quatre branches qui sont ensembles. Tout à l’heure, il a parlé de, si je fais allusion à ce que je sais, il a parlé de racaille dans la culture hip-hop. En fin de compte cette culture, on ne peut pas dire que tout le monde sont des racailles, des gens qui sont dans des banlieues ou dans Paris ce sont des racailles. Mais, je pense que cette culture amène une communication. Pourquoi ça touche des gens qui sont un peu délestés, qui ont du mal dans la société à trouver un apport, parce qu’il y a une histoire de communication, avant tout la vie est une communication. Si y a pas de dialogue avec l’autre , il y a un sentiment de peur, quelque chose qu’on créé et qu’on a du mal à s’approcher de l’autre. Cette culture hip-hop arrive dans les milieux défavorisés, des gens qui ont du mal à se canaliser. Et grâce à la culture hip-hop, ils arrivent à trouver un canal d’échange de communication vis-à-vis de l’autre, aussi bien par le rap, le graphe, la danse et la musique. Et moi je trouve que c’est vraiment important, et que si y a de plus en plus de masse qui arrive et qui rentre dans cette culture hip-hop, c’est pas spécialement pour la culture hip-hop, mais pour la communication. Et elle ne s’arrête pas seulement en France, cette communication déborde actuellement dans tous les pays, parce qu’on constate que la culture hip-hop prend ses racines aussi bien au Japon, en Suisse, en Allemagne, en Hongrie. On consacre la culture hip-hop. C’est non seulement un phénomène national, mais mondial Je constate que cette culture qui arrive à notre époque, c’est qu’elle ramène une certaine source d’une communication, qu’elle pouvait pas ramener avec les autres arts. Donc, c’est pour ça que cette culture n’est pas faite que pour les racailles, mais c’est une culture qui nous permet de nous comprendre et de mieux nous connaître.”

Une dame demande comment est né le titre du film ? le réalisateur nous répond : “J’ai hésité longtemps à quel titre donner, et c’est un titre que dit un des danseurs. C’est Akim Aîche quand il pose la question : pourquoi tu danses? c’est pour faire kiffer les ANGES. C’est le verlant de GENS. Et kiffer est un terme très répandu. Aujourd’hui dans le langage jeune... je dirais qui vient du mot KIF au Maroc, et qui signifie PLANER, AIMER, le titre c’est du hip-hop”.


Texte et photo : Bertrand Amice.

© 1998 Ecran Noir / Christophe Train.