Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Golden Door (Nuovomondo)


Italie / 2006

24.03.2007
 



ELLIS QUI LISSE LES ELUS HALLUCINES





"- Salvatore, je ne vous épouse pas par amour.
- Amour? Mais on ne se connaît même pas. Il faut du temps pour ces choses là.
"

Nous étions impatients de découvrir le nouveau film d'Emmanuel Crialese. D'une part nous avions adoré Respiro, sa précédente oeuvre. D'autre part, l'ambition de Golden Door et son prix à Venise aiguisait nos appétits. Le film est à l'image de la première séquence. Une Italie écrasée de soleil, deux hommes grimpants - pieds nus mains sales caillou dans la bouche - une montagne hostile et difficile. Deux femmes consultant une sorcière et un fils apparemment sourds muets. Sortilège, exorcisme, croyance, superstition et foi s'entremêlent dans ce long prologue peu accueillant.
Golden Door n'est pas une porte qu'on ouvre facilement. Il faut mériter le passage de cette pauvreté rurale et illettrée à l'Amérique de toutes les promesses, Terre promise du siècle dernier. En ce temps, c'était partir et ne pas revenir. L'émigration a toujours les mêmes cause et demeure toujours l'unique remède à ces problèmes. La recherche d'une vie meilleure quitte à braver la mort, le rejet, se couper de ses racines. Ce dont Crialese nous parle, avec un discours universel, ce n'est jamais rien d'autre que les motivations d'un individu à braver les danger d'un exil, à fuit vers l'inconnu. Quelle différence y a t il entre Salvatore et un Albanais ou un Malien sur son esquif en Adriatique ou vers les Canaries?

Le cinéaste démontre aussi un véritable talent de mise en scène, puisant aussi bien dans le néo-réalisme italien que l'onirisme fellinien (Fellini étant un pays en soi). Les scènes d'hallucinations auraient pu alourdir le propos. Au contraire elles amènent la dimension utopiste et rêveuse qui déterminent un paysan au fin fond de ses terres à traverser la planète pour changer de vie. Des illusions d'arbres à dollars et de rivières de lait. Toute cette poésie sert aussi à survivre au sordide ambiant.
Si l'histoire met du temps à décoller, si les scènes de chaos et de foules semblent confuses, si les relations entre les personnages ne réussissent jamais à nous emballer, à être charnellement incarnées, si même l'auteur abuse du cliché de l'intermède musical un peu chiant, Golden Door parvient malgré tout à bon port. Il faut s'accrocher.

En trois temps le film se mette à flot.
La description du pays d'où l'on vient. La traversée vers l'ailleurs. L'arrivée en Amérique (qu'on ne voit jamais). Lorsque le bateau quitte le quai, la foule se scinde : celle à terre et celle sur mer. La césure est visible. Le plan est cinématographiquement impressionnant et maîtrisé. L'image parle d'elle-même : il y a ceux qui restent et ceux qui partent, il y a un même peuple unit, qui se désunit. Le passage sur l'océan "Tante Tic" permet l'intrusion d'une Charlotte Gainsbourg, bizarrement pas très belle, mais toujours juste dans ses gestes, ses sourires, ses mystères.
La rare interaction entre les personnages ne permet pas de sortir d'une forme de contemplation frustrante, jusqu'au troisième acte, à Ellis Island, porte d'entrée à deux pas de la statue de la Liberté. On peut regretter quelques effets visuels inutiles (le ralenti avec les deux femmes sur fond de musique liturgique). Mais les tests et autres conditions d'admission, jusqu'aux mariages arrangés et marchandés, nous donnent l'occasion de nous impliquer complètement dans le film, de nous intéresser à sa finalité, d'être intrigué ou intéresser par les destins de chacun.

Alors Golden Door, en impression finale, nous laisse ce sentiment de sérénité. Putain de chemin, escalade et escapade, qui en valait la peine. Malgré tous les obstacles. Pour peu que l'on garde une part de rêve. Un film où le cinéma écrase son histoire, où les acteurs deviennent des pantins allégoriques représentant toute cette misère du monde qui poussent l'Homme à devenir nomade et se mélanger aux autres. Ode au cosmopolitisme. Echo à nos soucis contemporains. Légèrement abstrait mais séduisant.
 
vincente

 
 
 
 

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