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Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes. |
(c) Ecran Noir 96 - 24 |
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La maison de sable (Casa de Areia)
/ 2006
20.12.2006
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LES PRISONNIERES DU DESERT
"- J'aime cet endroit. Aucun homme ne me donne d'ordre ici."
Andrucha Waddington aime les récits métaphoriques, les vies qui se tracent un sillon allégorique entre la réalité sociale et la beauté cinématographique. Cette Maison de sable met le temps en vase clos ; c'est aussi un lieu propice pour jouer avec ce temps, comme un sablier qui s'écoule, et se renverse, redonnant une chance à l'éternité. Dans ce paysage exacerbant les passions, ces captives du désert ne voient pas les années, le progrès, les avions, la guerre. Le monde s'écroule et elles vieillissent sans jamais vraiment mourir. Film existentialiste?
Le cinéaste nous confond volontairement en donnant aux deux actrices, la deneuvienne Fernando Montenegro et l'adjanienne Fernanda Torres, des personnages d'âges et d'époques différentes. Tour à tour la doyenne est la grand mère puis la mère, quand la cadette mue de fille en petite fille. Si l'on met du temps à comprendre ce méli-mélo, une fois éclaircie, cette contemplation de la filiation et du lien invisible entre les générations nous hypnotise dans ces mirages qui servent de décors.
Ode au métissage et à la sagesse qui émousse nos excès, la sublimation esthétique de ces espaces désertiques accentue la perdition de ces deux femmes, leurs vies paumées. Le réalisateur nous démontre aussi que l'isolement n'est pas possible. La désolation des alentours ne fait que souligner la démolition de l'intime. De femme émancipée on passe à catin autodestructrice. Le film, tel le grain de sable immuable, passe le relais entre les générations, et donc réincarne ses personnages. Leur fait comprendre que l'autarcie n'est pas la solution pour fuir le réel.
Tout en contraste, l'oeuvre oppose ainsi leur statut d'esclave à cette peau blanche conférant normalement le pouvoir. A l'oasis qui appartient aux noirs, se confronte ce sable qui n'appartient à personne, qui envahit tout. Les temps changent, le temps passe, les paysages bougent, les échanges se multiplient, mais les gens demeurent finalement les mêmes.
Cette intensité, lente et presque maniérée, ne laisse pas indifférent celui qui se laissera aspirer par ces sables mouvants... Un poème qui s'achève sereinement, hors du monde. Dedans les gens. vincy
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