Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Le silence des agneaux (The Silence of the Lambs)


USA / 1991

10.04.1991
 



J'AURAI TA PEAU





"- J'aurai aimé vous parler plus longtemps, mais j'ai vieil ami pour le dîner."

Le film est fascinant. Aucune scène ne semble superflue. Aucun personnage n'a l'air réel. L'histoire est une accumulation de surenchère. Et la psychologie envahit chacun des plans. Jonathan Demme a réalisé un chef d'oeuvre du genre, entre horreur (gore) et thriller, avec pour fil rouge, Clarice, au passé troublant, à l'avenir déterminé. Le film aux 5 Oscars les mérite pour les raisons qui suivent. Car ce Silence est un bijou de cinéma.
Le scénario. Il se divise en deux parties. La première offre un fil conducteur, c'est l'histoire du serial killer. Très brève dans les faits, elle prend de l'importance pour en devenir l'essence. Car il s'agira pour Clarice, étudiante, de devenir l'agent Starling. Mais aussi pour l'enfant de sauver un agneau, un seul, et ne plus les entendre crier. Car le scénario raconte autre chose : nos peurs d'enfant. En jouant avec tous les tabous - cannibalisme, transsexualisme, aliénation - le film se permet d'aborder en une fois tout ce qui nous semble effrayant, et qui n'est finalement que du grand guignol comparé aux véritables terreurs qui nous envahissent (la mort du père, l'abattage des agneaux pour une gamine). Et là le scénario, c'est toute sa force, n'est qu'un développement illustré d'une psychothérapie d'un être rationnel et intuitif. Cela donne des dialogues subtils et machiavéliques entre le psy - certes un peu spécial mais diablement intelligent - et sa patiente. Elle va fouiller son inconscient grâce à un fou dont la maladie n'a même pas de nom tellement il appartient à la catégorie des monstres.
La réalisation. De par son découpage, Jonathan Demme se facilite la vie et joue avec nos nerfs. Il y a une menace qui poursuit sa Clarice dès la première séquence, où on la voit s'entraîner. On la suit, on ne voit que son dos. Il joue avec les reflets pour mélanger les visages. Il nous fait croire à une piste et nous détourne vers une autre. Bref Demme, sans jamais s'égarer, détermine clairement le parcours à suivre, même lorsqu'on nous éloigne du sujet central. Car rien n'est périphérique. Il maîtrise parfaitement son film, de l'évasion d'Hannibal à l'intervention ratée du FBI, des résurgences du passé de Clarice à ce lien paranormal qui lie le cannibale avec l'adoratrice de mouton. Mais là où Demme réussit parfaitement son coup, c'est dans le final avec le serial killer. Descente aux enfers, la jeune femme est plongée dans le noir, perdue, sans aucun repère (intellectuel, rationnel, psychologique). Elle est aveugle. Et son ennemi la voit, prêt à la toucher, à la tuer. Séquence saisissante et pleine de suspens à foutre la chair de poule.
Le film. Tout y est soigné. Et, de ses racines très hollywoodiennes à ce genre qu'il a contribué à faire émerger (cela donnera Seven mais aussi la suite du film, Hannibal), Le silence des agneaux est devenu avec le temps un classique. Rien n'a trop vieilli et les sensations sont toujours identiques. Un mélange de plaisir, de transgression et de peur. Jouissif. Grâce à ce mix astucieux entre film d'action et enquête policière, avec une grosse dose de personnages forts et des phrases cultes, personne ne l'a surpassé depuis dans le genre. Il faut alors rendre grâce aux deux comédiens.
Anthony Hopkins et Jodie Foster. A quoi cela tient une alchimie au cinéma? Une complicité physique? Une intelligence perceptible? Une adéquation parfaite avec leurs rôles? Un talent immense pour avoir su restituer les nuances de leurs personnages? L'ensemble de ses raisons peut-être. Toujours est-il que les deux acteurs, qui deviendront après le film plus que sollicités et passeront au statut de star culte et cinéphile, ni trop glamours, ni trop anonymes, forment l'un des duo les plus passionnants du 7ème art. Il fallait un grand acteur pour incarner et inventer Hannibal. Cette composition de légende marquera les esprits longtemps. Leçon d'acteur dans e phrasé, les jeux de bouche et de langue, et le regard qui exprime la férocité et la détresse. Il fallait une grande actrice pour transmettre toute la vulnérabilité et la détermination du personnage de Clarice. Jodie Foster dévoile toutes la palette d'un jeu étonnant, de la séduction à l'ironie, de la frayeur à la terreur, de la tueuse de pervers à l'admiratrice d'un anthropophage.
Nous sommes comme elle : captivés par Hannibal, terrorisés par ce qu'elle voit. Nous sommes fiers d'elle : parce que son parcours du combattant, elle le termine enfin, et parvient au bout. Nous sommes fans d'elle. Et c'est pour ça qu'elle a eu raison de refuser Hannibal. La suite n'est pas fidèle au personnage qu'elle avait créé. Du coup, celui d'Hopkins devenait une caricature de lui-même.
Voilà 5 éléments chimiques qui, ensemble, donnent un film plus que parfait dans son genre.
 
vincy

 
 
 
 

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