Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Blood Diamond


USA / 2006

31.01.2007
 



A LA POURSUITE DU DIAMANT ROSE





"- Bizarrement vous ne faîtes pas trop "Unicef"."

L'Afrique fascine le cinéma occidental, documentaire ou fiction, depuis quelques années. Comme si ce continent oublié, humilié, méprisé, exploité, était la source ou la quintessence de nos erreurs, comme si le cinéma cherchait à faire prendre conscience d'une souffrance que la télé, ne sait plus restituer. Une forme de déculpabilisation par l'image qui conduit Blood Diamond dans le sillage de Constant Gardener, Lord of War, Hotel Rwanda... A cela s'ajoute les motivations du cinéaste. Zwick est passionné par les conflits (guerriers le plus souvent) qui permettent à l'homme de se confronter à sa propre vérité. Cette transfiguration par la confrontation peut donner le meilleur (Glory, The Siege) comme le pire (Le dernier Samouraï). Ce sont toujours des affrontement entre différentes cultures, civilisations. Comme un regard - lucide - sur l'Homme, contraint de coexister malgré sa violence et ses différences.
Zwick réussit là un film d'aventures qui sans être complexe, parvient à délier tous les noeuds de son sujet ancré dans un enjeu politique et humain à plusieurs facettes. L'Afrique, décor de Paradis, est filmée comme un enfer enivrant. Dès le prologue - le carnage dans un village africain - le héros s'appelle Djimon Housou. Figure emblématique et belle du continent noir, l'acteur est exceptionnel, tour à tour bouleversant et vibrant, discret et humble. Ce qui est en jeu c'est que le père retrouve son fils. Le reste n'est qu'accessoire. En tissant sa dramaturgie autour de la notion du père et du fils (donc de la transmission) et de la famille, Zwick se risque à un manichéisme malvenu. Le final pourrait d'ailleurs conduire à cette conclusion simpliste. Pourtant cette histoire de déchirures s'avère avant tout poignante. Et surtout, Blood Diamond s'enrichit et s'entiche de deux personnages complémentaires. Un Africain blanc dont les racines sont en Rhodésie. Son avidité et son amoralité en font a priori un méchant en voie de rédemption. Reprenant le flambeau des Bogart, Gable, Wayne et Redford, Di Caprio joue avec plaisir le chaînon manquant entre Hounsou et Connelly, entre cynisme et bienfaisance. Cette dernière est l'observatrice occidentale, celle qui a les moyens de pouvoir aider les gens, bousculer les logiques, en se servant du système. Ils sont tous les trois opportunistes, et tous les trois sincères dans leur motivations, qu'elles soient bonnes ou mauvaises.

Afrique, ton fric
Le film, s'il pèche un peu par optimisme sur la fin, ne se berce pas d'illusions, en évitant un happy end impossible. Eminemment moral, comme toujours chez le cinéaste, les coupables payent le prix fort, plus ou moins sauvés, ou pas, dans notre jugement par leur ultime acte, altruiste ou traître. Blood Diamond est clairement altruiste. Il dénonce l'horreur, le néo-colonialisme, ce circuit infernal entre l'exploitation des matières premières qui enrichissent des factions militaires pour l'acquisition d'armes génocidaires. La production de diamant, ou d'or, ou de caoutchouc, finance ainsi les guerres et tuent l'Afrique aussi sûrement que le SIDA. "Qu'ils ne trouvent pas de pétrole ici! C'est là que les vrais problèmes commencent!" C'est dire le constat épouvantable sur notre civilisation cupide.
C'est une mise au point qui prend tout son sens dans un mise à poil en prison. L'Afrique derrière les barreaux, nues, accusant un criminel de guerre, une âme damnée qui conduit des générations entières dans un bain de sang généralisé. Le scénario aborde tous les recoins de son thème, jusqu'à pointer le doigt accusateur sur ces "Américaines qui ont besoin d'un gros diamant pour leur mariage" et "ces pubs dans les journaux qui en font la promotion." Mais toutes les Américaines ne veulent pas la bague au doigt, comme tous les Africains ne sont pas des tueurs nés. Il coupe court à une pensée "fast-food" et des préjugés.
Le cinéma prend sa revanche sur la télé. "Un million de réfugiés, sans foyer, une minute sur CNN, entre le sport et la météo." Certes Zwick ne fait pas autre chose en insérant une scène sur les camps et les exodes entre deux poursuites. Cependant, au bout de 2h20 de film, nous n'avons pas zappé et nous avons suivi cette quête de vérité sans nous ennuyer. Le découpage est très habile. Il faudra même une heure pour que le trio se forme. Le script habile fera converger, à son rythme et sans longueurs, les intérêts de chacun vers le combat de tous. L'histoire va jusqu'à son terme sans dérailler et sans compromis. Même la sauvagerie d'une guerre civile est crûe. Ne manquant ni de tension, ni d'action, Blood Diamond est brut et sans compromis. La photo, sublime, de Serra esthétise à peine le film. La musique appuie même le métissage des relations humaines. On lui en voudra presque de nous piéger avec les trémolons des sons, les jolis mots, et les larmes de circonstances. Trop bien charpenté (les émotions sont minutées jusqu'aux tirs de mitraillettes qui nous rappellent à l'ordre) pourrait-on lui reprocher.

Entre le noir et le blanc
Mais en humanisant, presque à outrance son trio, Zwick essaie de se faire pardonner. Il n'y a pas bon ou de méchants. "Un moment d'amour même chez un homme mauvais peut donner un sens à sa vie." L'Afrique, territoire des extrêmes, des contrastes, est ainsi racontée. Sans illusions mais avec compassion et admiration. Désormais elle est regardée, respectée par un certain cinéma. On rêve désormais d'une Afrique qui serait filmée comme les autres. A égalité.
Hélas tant que ce continent n'aura pas les moyens de se doter d'une industrie cinématographique, le regard restera extérieur. Au mieux moralisateur comme ici; au pire comme un terrain de jeu exotique, comme souvent.
 
v.

 
 
 
 

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