Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



Ailleurs
Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary
Effacer l'historique
Ema
Enorme
La daronne
Lux Æterna
Peninsula
Petit pays
Rocks
Tenet
Un pays qui se tient sage



J'ai perdu mon corps
Les misérables
The Irishman
Marriage Story
Les filles du Docteur March
L'extraordinaire voyage de Marona
1917
Jojo Rabbit
L'odyssée de Choum
La dernière vie de Simon
Notre-Dame du Nil
Uncut Gems
Un divan à Tunis
Le cas Richard Jewell
Dark Waters
La communion



Les deux papes
Les siffleurs
Les enfants du temps
Je ne rêve que de vous
La Llorana
Scandale
Bad Boys For Life
Cuban Network
La Voie de la justice
Les traducteurs
Revenir
Un jour si blanc
Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn
La fille au bracelet
Jinpa, un conte tibétain
L'appel de la forêt
Lettre à Franco
Wet Season
Judy
Lara Jenkins
En avant
De Gaulle






 (c) Ecran Noir 96 - 22


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 24

 
Détention secrète (Rendition)


USA / 2007

09.01.2008
 



SILENCE, ON TORTURE

Le livre Bye Bye Bahia



" - Vous êtes nouveau dans ce domaine, hein ?
- C'est ma première torture, oui.
- Les Etats-Unis d'Amérique ne pratiquent pas la torture.
"

S'il y a bien quelque chose à envier au cinéma américain, c'est sa propension à porter quasiment en temps réel un regard critique sur les pratiques les plus sombres de son Histoire. Ces derniers temps, la politique "anti-terroriste" du gouvernement Bush en prend ainsi pour son grade, qu'elle soit dénoncée frontalement (Dans la vallée d'Elah) ou de manière plus détournée (Le Royaume). Dire du mal de la guerre en Irak étant en passe de devenir banal, le scénariste Kelley Sane a décidé de s'attaquer à un morceau passablement plus gros, la négation par le gouvernement de ses propres lois (détention arbitraire, torture, extradition illégale…), en violation éhontée de la Constitution, des Droits de l'Homme et du respect des libertés individuelles. Pour ce faire, il s'est adjoint les services de Gavin Hood, le réalisateur efficace quoi qu'apprêté de Mon nom est Tsotsi, qui livre ici une mise en scène plutôt admirable. On le sent à plusieurs reprises sur le point de céder à la tentation du sensationnalisme, voire de la sensiblerie (notamment par l'utilisation d'un thème musical un peu larmoyant qui souligne inutilement les moments forts), mais il tient bon, et réalise au final un film d'une facture tout à fait convaincante. Malgré un aspect très morcellé (on suit le destin de six personnages différents), il ne s'écarte en effet jamais de son fil directeur, les causes et les conséquences d'une arrestation arbitraire qui se transforme en cauchemar.

Mélange de thriller palpitant (grâce à une utilisation plutôt maligne du montage parallèle très "cut" des séquences), de réflexion philosophico-politique et de dénonciation sincère, Détention secrète a d'ailleurs créé la polémique aux Etats-Unis, sans doute parce qu'il présente la réalité frontalement, sous un jour qui n'est ni flatteur ni allégorique. Les séquences de torture sont ainsi à la limite du soutenable, entre complaisance sadique et volonté affirmée de choquer, tandis que les justifications des hommes politiques ou des membres de la CIA qui cautionnent ces pratiques sont extrêmement cyniques. A chaque spectateur de se faire sa propre idée, mais le film ne laisse pas vraiment de place au doute. Très intelligemment, il démonte le mécanisme qui a conduit à l'attentat fondateur et en montre les causes, en l'occurrence une surenchère dans la violence où forces de l'ordre comme groupes extrêmistes ont leur part de responsabilité. Cette démonstration magistrale, en contrepoint de la dénonciation de la torture et du phénomène de "rendition", élève le film au-dessus de la simple anecdote bien pensante pour lui offrir une portée plus universelle.

Il y est notamment question de l'effroyable solitude ressentie par les différents personnages, tous confrontés à un isolement affectif. Anwar parce qu'il est au cachot, torturé sans espoir de secours, Douglas parce qu'il doit surmonter seul son implication dans de telles pratiques, Isabella parce que personne n'est prêt à se mouiller pour aider son mari suspecté de terrorisme, un mal pire que la peste. Devenus le jouet d'éléments qui les dépassent, les protagonistes sont brusquement mis à part de la communauté des Hommes. Ils deviennent des parias à qui l'on nie toute humanité. Ainsi, Anwar est littéralement traité comme un paquet, balloté ça et là sans avoir son mot à dire, puis torturé et humilié. Dans le même temps, on exige de Douglas qu'il se comporte comme une machine dépourvue de sentiments. Ce que montre le film, c'est que se croire autorisé à détourner les lois (aussi bien pénales que morales) a des conséquences et des répercussions qui dépassent de très loin ceux qui commettent la transgression. Peu importent, ensuite, les justifications que l'on peut en donner, le prix à payer reste le même. Reste à chacun à déterminer s'il est trop élevé ou pas.
 
MpM

 
 
 
 

haut