Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Into the Wild


USA / 2007

09.01.2008
 



HUMAN / NATURE





- Je n’ai pas besoin d’argent, il rend prudent.

Quête identitaire à la fois réaliste et fantasmée, le quatrième film de Sean Penn est un voyage philosophique qui trace le chemin solitaire d’un coeur à la recherche du vrai bonheur. Tiré d’une histoire authentique, Into the Wild rend compte de ce formidable parcours, celui d’un jeune américain originaire d’Atlanta, qui décide de tout plaquer pour partir vers le Grand Nord. En choisissant de communier avec la nature dans l’exclusive d’une relation sans retour, le personnage principal rompt définitivement avec cette pesanteur d’une société faite de mensonge (son père), de trahison (sa mère) et de souffrance. Destinée fulgurante qui empreinte les voies contraires à celles de la civilisation, ce passage aux affleurements discontinus répond à un besoin vital : confronter son absolu avec la nature sauvage afin d’y trouver la paix.

Cette reconstitution cinématographique est l’occasion de comprendre la force d’engagement d’un artiste en marge d’une industrie qui a toujours assumé ses convictions et ses choix artistiques. Pari risqué car obligatoirement sincère, celui-ci est tenu haut la main. La rencontre qui s’offre à notre regard provient autant d’une histoire (qu’elle soit véridique ou pas) que de celui qui la profère ; Penn donne ainsi vie à un film magnétique qui vous touche profondément.

En adaptant le livre "Voyage au bout de la solitude" du journaliste américain Jon Krakauer qui s’inspira lui-même des nombreuses notes laissées par Christopher McCandless, Sean Penn répond à une double exigence. Tout d’abord respecter le plus possible les différents évènements qui ont parsemé la route du jeune Christopher – chemins empruntés, escales supposées, gens rencontrés – pour tisser avec précision cette incroyable chevauchée. Ensuite sortir du carnet de voyage ou de la simple reconstitution journalistique afin de nous offrir un chant poétique inventé, original, à la texture colorée mais respectueuse du cheminement intérieur comme géographique du personnage. Cette libéralisation permet au cinéaste d’offrir une double lecture passant simultanément de l’intime au monde extérieur. Cette spécificité, marquée par un temps qui associe cheminement et arrêt, permet de mettre en avant l’exclusive idéologique d’un jeune homme oeuvrant littéralement pour son salut.

Pour réussir à retranscrire cet isolement, le réalisateur à la bonne idée d’inscrire la complexité psychologique de son personnage dans les paysages traversés. Malgré les rencontres, il continue invariablement son chemin, comme détaché de l’affection que laisse entrevoir ceux qu’il croise. Sans jamais bafouer la mémoire de McCandless, Penn arrive à mêler son cinéma au travers de cette histoire dont le dénouement sera tragique. Il crée ainsi une œuvre à part entière qui ose retranscrire les pulsions d’un artiste conscient de la difficulté d’arpenter la vie. Celles-ci épousent la quête d’un jeune homme dans sa démarche, son abnégation et sa vérité. Malgré l’impératif temporel et linéaire de tout road-movie supposant un départ et une arrivée, le film évite ce formalisme pour structurer habilement une narration découpée en flash-back, ponctuée durant tout le film d’une voix off et habillée d’une inventivité de mise en scène par moment étourdissante. Penn « casse » alors sans crainte l’idée de pérégrination pour nous entraîner vers un état d’esprit. C’est la force de ce film très travaillé visuellement (mention spéciale pour le chef opérateur français Eric Gautier) qui, par ce parti pris, ne cède jamais dans le mauvais cliché tape à l’œil.

A ce titre les différentes rencontres – un fermier, un couple hippie, un retraité (émouvant Hal Holbrook) – seront l’occasion de confronter les points de vue et d’installer subrepticement un paradoxe. Qu’est-ce qui compte vraiment le plus, le cheminement vers un objectif ou l’objectif lui-même ? Sa traversée sera le temps du choix et des certitudes ; sa communion dans l’immensité de l’Alaska celui de l’épreuve et de la volonté. Pourtant, quelque chose de spécifique parsème le film. A l’instar du personnage principal nous sommes happés par ce désir de connaître la liberté totale, la communion parfaite, le but émancipateur. Tout le film tend vers cela. Quand Sean Penn nous montre Christopher au cœur de cette nature sauvage, il symbolise une solitude béate mais terriblement exigeante. A bien regarder, les moments de bonheur sont illuminés par les rencontres qui accompagnent son désir de solitude. Paradoxe d’une nature humaine qui tangue entre fantasme et réalité, doute et certitude, peur et confiance.

D’un naturel confondant, Emile Hirsch compose un Christopher McCandless aussi physique que résolu. Confirmant sa compétence de directeur d’acteur hors pair (personne n’a oublié Jack Nicholson dans Crossing Guard) Sean Penn nous livre un film lyrique à bien des égards. Voir ce jeune homme parcourir l’immensité d’une Amérique en pleine guerre du Golfe c’est délivrer un message d’espoir teinté de pessimisme. Comme notre époque.
 
geoffroy

 
 
 
 

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