Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Mongol


Russie / 2008

09.04.2008
 



LE DESTIN D'UN EMPEREUR





«- Tu laisses partir ton pire ennemi.
- Non, je laisse partir mon frère.
»

Les affiches sont souvent trompeuses. Celle de Mongol, dernier film du cinéaste russe Sergei Bodrov, ne déroge malheureusement pas à la règle en illustrant un guerrier sombre au visage serein armé de deux sabres gigantesques. La figure du héros qui nous est présenté – inflexible dans sa fureur rentrée –, nous fait tout de suite penser à un film mi historique, mi fantastique, bourré d’effets visuels, de ralentis et de combats titanesques. A tort. Si la dimension héroïque est bien présente, point de surenchère visuelle ni de scènes d’actions censées combler l’apathie d’une histoire dénuée de consistance. Heureusement, le film ne se présente pas comme un avatar folklorique du système d’entertainement américain. Conscient du risque, le cinéaste prend un autre chemin. Pour faire concis, il délaisse tout apanage bourrin au profit d’un long métrage qui soigne son esthétique et sa prise de risque narrative. La caméra, aérienne, virtuose, inspirée, s’abandonne au-delà de l’essai historique et s’isole dans la contemplation de paysages ancestraux accueillant le formidable destin d’un homme. Si Mongol n’est pas exempt de défauts – dont un certain manque de consistance épique et politique –, il n’en demeure pas moins suffisamment maîtrisé dans sa reconstitution et sa mise en scène pour nous transporter au cœur de la steppe mongol du XIIème siècle.

Magnifiquement photographiée, cette fresque historique se concentre exclusivement sur l’incroyable destin d’un jeune garçon du nom de Témudjin qui deviendra quelques années plus tard le légendaire Gengis Khan, empereur de la Mongolie unifiée. Conscient de la nécessité d’y apporter prochainement une suite, Bodrov prend son temps. En posant tranquillement le décor via un flash-back des plus appropriés, le réalisateur nous ouvre le ciel d’une Mongolie divisée par ses nombreux clans et chefs de clans, ses rites, ses coutumes et ses luttes d’influence. Il écarte à loisir une géographie infinie en filmant l’univers aride et dur d’une steppe qui contraint le futur empereur à l’exil et à la servitude. Enfin, il entremêle habilement mais sans aucun didactisme, la personnalité imagée de Témudjin avec l’histoire d’un peuple conquérant.

Le film, malgré sa progression faite d’ellipses, de flash-back, de scènes de bataille et de passages un brin plus oniriques, reste assez étale dans sa narration, devenant par moment redondant et même archétypal. Sans doute pas assez de rythme. Ni de personnalisation. Peu importe me diriez-vous, car l’utilisation des motifs contemplatifs comme source d’inspiration, humanise un personnage en total symbiose avec les forces telluriques qui dominent les steppes d’Asie ; mais occulte l’image du tyran sanguinaire qu’il est censé devenir. L’enjeu de Mongol est alors tout trouvé. Bodrov fabrique la légende dans l’intime recréé. Silencieuse et impassible, la nature rend compte d’une histoire qui marche sur les pas de Témudjin enfant lorsque celui-ci s’en va chercher une épouse à l’âge de neuf ans. Son histoire sera par la suite faite de brimades, d’humiliations, d’épreuves mais aussi de combativité et d’abnégation. Si elle répond sans conteste à l’exigence héroïque d’un individu capable d’unifier tout un peuple (charisme, amour envers son peuple…), elle ne dégage pas suffisamment le tempérament du chef militaire en devenir capable de conduire le peuple mongol vers la victoire dans maintes et maintes provinces, de la Chine à la Russie.

Mongol reste néanmoins admirable dans sa composition scénique, entre batailles et souffrance personnelle. L’adhésion réussie envers cette Mongolie du moyen âge est avant tout une question de dosage. Dosage par l’histoire, avec un petit h et un grand H dans sa présentation et sa réappropriation, sa réécriture symbolique et l’humanisation qui crée l’engouement. Louons donc l’effort du réalisateur pour ne pas jouer de l’emphase et de l’invraisemblance historique. En nous rendant attachant un homme qui prend conscience de son formidable destin, Sergei Bodrov nous donne sacrément envie d’aller chevaucher avec les soldats mongols dans un deuxième opus narrant les conquêtes de Gengis Khan.
 
geoffroy

 
 
 
 

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