Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Faubourg 36


France / 2008

24.09.2008
 



PLUS BELLE LA VIE





«- Quand on auditionne, faut toujours avoir la foi »

« Pourquoi ferais-je autre chose que ce dont j’ai vraiment envie ? » Cette phrase, prononcée par le réalisateur Christophe Barratier en réponse à celles et ceux lui conseillant de ne pas se répéter après le succès des Choristes, est loin d’être anodine et conditionne l’angle avec lequel il convient d’analyser son dernier long métrage, Faubourg 36.

En prenant soin de poursuivre les thématiques qui lui sont chères – dont ce goût prononcé pour la musique – le cinéaste applique peu ou prou les mêmes recettes, les mêmes choix artistiques et surtout la même volonté de faire du vieux avec du vieux. Inconsciemment, mais sait-on jamais, Barratier est en train de lancer une franchise étonnante d’un cinéma construit à la façon des Duvivier, Carné, Prévert ou Renoir sans y greffer une once de modernisme. Pire, ce désir totalement assumé de (re)visiter la France d’entre-deux-guerres dans la nostalgie vaine d’un formalisme exacerbé ne manquera pas d’en agacer plus d’un. Sa mise en scène, beaucoup trop expressive, surajoute sans cesse l’idée d’un regret lointain d’une France cultivant encore un patriotisme honorable et triomphant qui se vivait à coups de lutte de classe et d’occupation ouvrière. En faisant de Pigoil – interprété par un Jugnot plus vrai que nature – cet archétype du français parisien humilié, trahit mais toujours volontaire, Barratier "icônise" le portrait d’une société plus idéale et solidaire qu’elle n’est rongée par la misère et les difficultés politiques de cette période charnière.

Non pas que le cinéaste oublie d’instaurer un contexte, mais il n’en dessine que des contours flous, approximatifs et très peu dramatiques. L’approche du réalisateur, c'est-à-dire sa vision historico-romanesque à la mode d’antan, demeure son principal défaut. Refuser toute lecture moderne d’une histoire revient, en quelque sorte, à amoindrir la part d’interprétation des évènements relatés. Ce faisant, Barratier favorise l’existence d’un espace temps improbable car non réaliste où les histoires racontées sont « plus belles que la vie ». Réduire le Front Populaire à sa seule symbolique des congés payés en bord de mer souligne la mièvrerie de l’entreprise et renforce le sentiment d’assister à un spectacle fort beau mais inoffensif.
Que Pigoil perde la garde de son enfant, que Jacky (Kad Merad) se retrouve à faire rire les membres d’un parti d’extrême droite ou que Milou (Clovis Cornillac plutôt crédible) appel à l’occupation des usines rien n’y fait. L’aseptisation du discours dans sa théâtralisation narrative ruine les quelques velléités du cinéaste à proposer du dramatique, du social et du politique. Ventre mou d’une histoire définitivement morne, la reprise du théâtre par nos trois chômeurs ne reflète en rien les tensions de l’époque ni même le réalisme poétique des cinéastes dont le réalisateur se fait volontiers l’écho.

Cette lecture n’est pas interdite, évidemment. Elle nous semble juste désuète et angélique, Faubourg 36 ressemblant plus à un village de conte assiégé de temps à autre par la vraie vie. Et encore, il faut chercher les aspérités qui font mouches et donnent du peps aux destins croisés de nos amis. Mais alors, pourquoi diable le cinéaste n’a-t-il pas construit une histoire plus dense capable d’affirmer les psychologies et les détresses de chacun au lieu de circonscrire tout ce beau monde dans un univers clos, statique et terriblement surfait ?

Que reste t-il alors ? Des décors somptueux, des costumes tout pareil, un casting quatre étoiles, une lumière maîtrisée (merci Tom Stern, chef opérateur de Clint Eastwood) et une mise en scène coulée, parfois aérienne mais indéniablement pépère. Les longs travellings, les mouvements de grue au dessus des toits et le plan séquence inaugural ne changeront rien à un scénario passéiste qui sent bon la naphtaline. Barratier dit qu’il filme ce dont il a envie. C’est son droit. Tout comme le notre de considérer que ce n’est pas forcément dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures.
 
geoffroy

 
 
 
 

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