Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Shutter Island


USA / 2010

24.02.2010
 



BRINGING OUT THE MADS





«- A croire que la folie est contagieuse… »

Maître Scorsese sur son Oscar perché tenait en son bec un gros fromage : un pavé de Dennis Lehane, auteur de Mystic River, avec tous les ingrédients pour un grand polar, avec en décor un hopital psychiatrique qui a des allures de prison. Un huis-clos (une île), une star (DiCaprio, again), un scénario a priori malin où les apparences sont souvent trompeuses. Disons-le, nous étions le renard alléché par le fromage.

Mais derrière l’imposance de la production, le talent indéniable des acteurs, le brio d’une mise en scène maîtrisée, Shutter Island n’a ni la force ni la folie qu’on attendait d’un tel projet. Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord le scénario, qui est censé nous surprendre par son twist final, et dont anticipe assez facilment trois quart d’heure avant la fin du film, le subterfuge qu’on va nous « vendre ». Cela ne retire rien à sa construction, parfaite, et Scorsese en tire même quelques séquences très fortes.

On est davantage surpris que ce cinéaste qui nous a tant épaté avec un usage subtil et adéquat des musiques ait accepté une partition sonore si pompière et complètement décalée à certains moments par rapport aux images.
Surdramatisation qui gâche parfois le spectacle.

Scorsese s’est laissé happer par une forme de démesure formellement classique qui ne sied pas à son sujet. Il a voulu faire son Hitchock et nous gave de références cinématographiques, ce qui est inutile le concernant. Pourquoi vouloir imiter un Fincher par exemple? Son œuvre a prouvé à quel point il pouvait les assimiler pour mieux s’en défaire. De lui on attend autre chose qu’un minimum de tension et de manipulation visuelle. On cherche encore, dans ce film, la rage et la démence de ses personnages, quelque chose qui les place dans une position moins confortable qu’un gros film noir bien policé.

Il manque un grain dans ce film. Un grain de folie. Un grain de poussière. Un grain dans l’image. Quelque chose qui le rende moins formaté. Le spectateur, qui, à l’instar du personnage de DiCaprio a lui aussi de « remarquables mécanismes de défense » reconnaîtra Le mystère de la chambre jaune, Sueurs froides, La mort aux trousses, Le silence des agneaux, Vol au dessus d’un nid de coucou au fil des séquences. Sans compter le prisonnier George Noyce qui semble un cousin de Gollum. Quant aux diversions vers la Shoah, assez grossières, elles démontrent que Scorsese n’a toujours pas digéré le fait de ne pas réaliser La liste de Schindler. En échange, il a fait Cape Fear (le remake), dont on trouve là aussi de nombreux échos, sans la trouille qui suinte avec.

Shutter Island flirte avec trop de films de genres pour être complètement original. Avec son zest gothique, et quelques obsessions qui traversent la filmographie du cinéaste, il s’ajoute un discours psychanalytique assez binaire. La culpabilité tient lieu de fil conducteur. Encore faut-il qu’il y ait vraiment culpabilité.

Mais voilà, cela reste Scorsese. Et Shutter Island s’avère, malgré tout, un bon divertissement, entre action et suspens, avec les moyens qui y affèrent. Les décors sont stupéfiants. La caméra sait en profiter. Les comédiens ont l’égo qu’il faut pour nous emmener dans leur voyage au bout de l’enfer. L’hallucination visuelle et auditive fait le reste, quitte à nous éblouir avec un miroir quand on cherche le soleil.

Dans ce film labyrinthique, où nous sommes immergés au cœur du mental paranoïaque d’une victime, où la dialectique est toute aussi réelle que virtuelle, on aurait adoré se perdre complètement et se faire prendre comme un bleu par la révélation finale. On reste ébahis par l’histoire, entre méthodes de tortures et camps de concentrations, meurtres sauvages et méthodes de guérison, où la noirceur de l’Homme atteint des profondeurs abyssales. En cela, Scorsese a essayé de faire un film kubrickien. Avec ses couloirs, ses méandres mentaux, ce discours sur l’Homme et sa nature (violente), le système plus fort que l’individu, les illusions de notre environnement. « Vivre comme un monstre ou mourir en homme libre… »

L’ennemi est toujours à l’intérieur. Et pour Scorsese, l’ennemi c’est cette aspiration à vouloir faire toujours plus gros, en guise d’une reconnaissance publique, maintenant qu’il a eu celles de ses pairs.
 
vincy

 
 
 
 

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