Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Attack The Block


/ 2011

20.07.2011
 



RACAILLE & ALIENS

«- Welcome to London, motherfucker !»

Quand les spécimens les plus redoutables de la banlieue de Londres sont confrontés à l’espèce la plus dangereuse de la galaxie... Les gros envahisseurs de l’espace sont tombés au mauvais endroit, et les petits délinquants du quartier vont leur en faire voir de toutes les couleurs. Attack the block fait le grand écart entre la science-fiction débridée et la parodie horrifique, et son scénariste et réalisateur Joe Cornish saute à pied joint dans une comédie d’action jubilatoire et grandiose.

Il faut reconnaître que les films britanniques ont une certaine tradition de ‘cinéma social’ (comédies, romances ou drames qui parviennent à évoquer des thèmes comme le chômage, la maladie ou l’immigration). Le sujet de la jeunesse à casquette et/ou à capuche (les ‘chav’) est lui aussi questionné au cinéma mais plus rarement, avec par exemple des films comme Shifty avec Riz Ahmed ou Kidulthood avec Adam Deacon. Ces jeunes-là sont souvent précédés de clichés ambulants (vol, bagarres, drogues et autres trafics…), la tentation était forte d’utiliser cette image péjorative pour aller vers son inverse : ces gamins vont devenir des héros défandant Londres contre une invasion extra-terrestre ! Le film s’amuse avec tous ces stéréotypes pour en caricaturer certains et en détourner d’autres.
Cette bonne idée d’un combat déséquilibré tel David contre Goliath est la colonne vertébrale de Attack the block : ‘inner-city vs outer-space’ , soit la racaille de Londres contre la chienlit de l’espace. Et le film va au-delà d’une simple comédie avec quelques scènes mémorables car il s’agit d’une succession de séquences toutes aussi surprenantes les unes que les autres. C’est dans ce sens que Attack the block arrive dans la droite lignée du cultissime Shaun of the dead. Tout comme Edgar Wright avec ces prolétaires romantiques contre des zombies, Joe Cornish réunit les gamins de la cité contre des aliens avec le même brio. D’ailleurs Joe Cornish et Edgar Wright travaillent depuis en duo sur des scénarios, dont celui de Tintin, le secret de la Licorne réalisé par Steven Spielberg.





« - We should call the police ?
- You'd be better off calling the Ghostbusters !
»

Le film débute avec une musique majestueuse et une tonalité sérieuse de science-fiction : quelque chose d’étrange arrive de l’espace au dessus d’un quartier… Les gamins n’ont à priori aucune qualité de héros, présentés comme de vrais voyous : ils agressent en bande une jeune femme seule pour la voler. Notre regard sur eux va progressivement changer quand eux-mêmes seront attaqués par de féroces créatures monstrueuses. Le réalisateur Joe Cornish joue avec certains préjugés pour proposer avant-tout un divertissement où le politiquement correct est bousculé par une ironie mordante.
C’est tout du long un mélange de joutes verbales et de combats physiques en même temps. Les gamins de la cité se défient en se lançant des vannes entre eux et surtout envers ceux qui ne sont pas de leur bande (un ado bourgeois, une infirmière). Cette légèreté ambiante n’occulte en rien les combats contre les créatures (morsures bien sanguinolentes). Les jeunes à scooter et vélo bmx sont poursuivis à toute vitesse par des monstres, un autre va surgir dans une chambre de filles qui font se défendre avec ce qu’elles ont sous la main… Action et dérision sont donc les maîtres mots de Attack the block, pour la peur et pour le rire.

« Let’s go fuck them up ! »

Durant l’aventure, l'union sacrée des bons et des méchants pour faire face à l’effroyable danger qui les menace tous paraît naturelle. Ce triangle est une formule éprouvée depuis Assaut de John Carpenter dont la filmographie est ici une influence avouée (un héros au caractère proche de celui de New-York 1997, quelques situations pas éloignées de Ghost of Mars…). Les musiques de Attack the block (composées par Steven Price et le duo Basement Jaxx) résonne de certains instrumentaux d’ailleurs dans l’esprit de ceux de Carpenter, et d’autres morceaux participent bien à dynamiser l’histoire. Les créatures aliens sont des monstres qui ont à la fois un petit côté irréel de série b fauchée (une grosse forme de poils noirs dont on ne voit pas les yeux mais seulement les crocs) mais aussi et surtout une présence tout-à-fait fantastique et inquiétante (des déplacements très rapides, des attaques imprévisibles et mortelles), ici les extra-terrestres sont clairement des envahisseurs.

Chaque élément concoure à un délicat mix entre science-fiction et comédie pour un film détonant. Le secret de cette réussite réside en fait dans un subtil dosage entre un grand sens de l’humour et un grand sens du spectaculaire. Attack the block est à la croisée des genres et s’impose naturellement comme un des meilleures surprises du moment.
 
Kristofy

 
 
 
 

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