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Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes. |







(c) Ecran Noir 96 - 25 |
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Les Immortels (Immortals)

USA / 2011

23.11.2011
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 INTERVENTIONS DIVINES
«- Les actes sont éternels, pas la chair. »
Oubliez la vraie légende de Thésée, et du Minotaure, tout ce que vous savez sur la mythologie grecque. Hollywood a remixé l'ensemble à sa sauce : un gros gloubiboulga historiquement incohérent. On apprend ainsi que les Dieux, immortels, peuvent mourir dans d’atroces tortures. Que Thésée, a priori fils de Poséïdon, se tape une oracle nommée Phèdre (en fait sa seconde femme, et loin d’être une vierge douce comme dans le films). On nous invente un roi cruel et destructeur (Minos aurait été amplement suffisant). Et caetera…
Les Immortels, déclinaison clinquante de 300 et du Choc des Titans, péplums boursoufflés par les effets des jeux vidéos, est aussi drôle (au second degré) que gore (hémoglobine de synthèse, tortures, castration, décapitations, égorgement, scarifications, et on en passe…). S’il n’y avait pas les comédiens, de chairs et d’os, le film ne serait qu’une BD violente, peu délicate, en relief. Là encore la 3D n’a pas d’utilité, sinon d’assombrir l’image.
Il y a 3250 ans, les forces du mal vont affronter un peuple qui a son élu. La Grèce de l’époque n’avait pas de dettes, mais des Dieux. On le comprend vite : entre combats à la Matrix, plagiats du Seigneur des Anneaux, arme de super-héros, Les immortels mélangent un peu tous les ingrédients du « fantasy » de ses dix dernières années. Le méchant est horriblement cruel. Un Rourke en mode veuf noir dans son monde de ténèbres, noir, rouge et flammes. Le gentil est diablement sexy. Henry Cavill prouve qu’il a l’étoffe d’un héros, même sans trop d’étoffes sur le corps. Jeune, vigoureux, beau, célibataire, vierge. Un bon branleur quoi. Il sait manier la hache et la lance à la force du poignet, mais il va devoir apprendre à bander son arc pour décocher les bonnes flèches. Une fois son Arc d’Epire trouvé, il pourra se laisser aller et baiser la jolie vierge que tout le monde convoite… Il aura une autre étreinte avec son ennemi, Hyperion, qui rappelle quand même que les grecs étaient bisexuels.
Les Dieux sont beaucoup moins crédibles. Qui voudrait vivre dans leur Olympe glaciale en jupettes (même si les voir se battre dans cette tenue relève d’une perversion sexuelle amusante)? Qui peut croire qu’ils peuvent mourir et qu’ils maîtrisent mieux le kung-fu que Bruce Lee ? Le minotaure n’est plus une bête mais une brute surentraînée. La mise en scène n’aide pas à valoriser les faits d’armes de Thésée. Le labyrinthe est filmé de manière désastreuse. Les combats entre Dieux et Titans manquent d’originalité. La femme (l’oracle) est vite oubliée au milieu des combats frénétiques. Ne parlons pas des dialogues, écrits pour être efficaces. On nous répètera ainsi plusieurs fois qu’il faut avoir la foi, ou avoir les foies. La virilité avec des jupes, c'est un concept qu'on réserve aux écossais d'habitude.
On devrait pouvoir en rire : mais il faut quand même s’inquiéter de cette stylisation de génocides, de guerres, de cette aspiration à banaliser l’horreur sans donner le moindre tourment, la moindre émotion à tout cela. En oubliant les tragédies grecques poue se focaliser sur du jeu vidéo vaguement scénarisé, les producteurs fournissent des œuvres éphémères, pulsionnelles et primitives qui sont ce que le langage sms est à l’orthographe : une grave déformation de la culture.
La bouillie mixée au Kitchen Aid de cette mythologie grecque n’aura finalement qu’un intérêt : faire d’Henry Cavill un futur Superman.
vincy
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