Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Au bonheur des ogres


France / 2013

16.10.2013
 



PENNAC À LA PEINE





«- J’ai vue beaucoup de choses horribles dans ma carrière mais votre pyjama tient le haut du pavé.»

Etait-ce impossible à adapter ? La langue de Daniel Pennac était-elle si riche que le cinéma devait la lisser pour la transformer en usines à vannes drolatiques et machine à gags édulcorés ? Au bonheur des ogres est donc la première (et sans doute dernière si le film est un échec) aventure de Mallaussène, héros malgré lui d’une série de livre aussi noir que jubilatoires imaginée par Pennac.

Le film transforme cette causticité en comédie familiale presque sage, où cet homme dépassé par les événements, toujours là où il ne faut pas, devient juste un souffre douleur maladroit et burlesque. Un bouc émissaire parfait dans un monde où la folie et la frénésie sont illustrées, ici, par une esthétique fantaisiste. L’intrigue paraît moins complexe que dans les livres et la plupart des seconds-rôles tellement stéréotypés qu’ils en deviennent caricaturaux (image-t-on aujourd’hui une journaliste parisienne vivant dans un duplex parisien, avec champagne à volonté dans son frigo ?).

Si la direction artistique du film accentue les situations presque baroques, voire fantasmagoriques, de cette comédie policière, que dire de la vision « amélie poulain » d’un Paris populaire là où Pennac décrivait un monde en mutation, entre métissage et gentrification (dès les années 80). Bien sûr, tout cela est loufoque. Pourtant on ne rit pas. La faute au rythme ? à un enchaînement des séquences trop plats ? à un déséquilibre entre la forme et le fond ? Même l’angoisse que pourrait procurer ce piège qui se referme sur un innocent ne prend pas. Le scénario est cousu de fil blanc, heurté par des flash backs qui se veulent mystérieux mais qui en disent déjà trop. Il manque de la cruauté, le cinéaste ayant préféré la fable. Il aurait fallu un regard social sur cette famille barrée et baroque, qui dépasse l’idée du « feel good TV movie » de France 2. Même l’arrivée d’Huppert, en guest, ne suffit pas à donner le piment nécessaire à ce plat finalement assez fade. Tout manque de peps et de légèreté, ou au contraire, de tension et de noirceur.

La dérision n’est pas si sérieuse mais elle est affaiblie par une mise en scène solide pour la métamorphoser en délire. Ici les ogres ne sont pas si monstrueux. Et Mallaussène, incarné par le trop beau Raphaël Personnaz, ressemble davantage à Pierre Richard qu’à un « bobo-col bleu » dont le monde s’écroule. Ce n’est pas déshonorant, juste hors-sujet.

En ciblant les enfants et en oubliant les adultes, les producteurs n’ont pas seulement trahi l’œuvre littéraire, ils ont livré un film sans personnalité, misant tout sur « l’apparence ». Un comble pour Pennac qui ne fait que contester les préjugés au fil de ses livres.
 
vincy

 
 
 
 

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