Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Ave César! (Hail, Caesar!)


USA / 2016

17.02.2016
 



FIFTIES SHADES





«- Dieu veille sur Hollywood.»

Avec un titre et un sens de la parodie à la Mel Brooks, Avé César (traduction aseptisée du plus provocateur Hail, Caesar !) se révèle être une farce brouillonne qui glorifie l’industrie du mensonges. Hollywood est une usine à recycler la réalité à sa façon (sur grand écran) et à fabriquer des légendes autour de ses stars (comme on créé un univers publicitaire pour vendre un yogourt). Difficile d’être honnête à Tinseltown, comme le prouve ce prologue au confessionnal où Josh Brolin, mécanicien chef chargé de resserrer tous les boulons quand la machine déraille. Ce pro du mensonge officiel culpabilise à l’idée de mentir à sa femme parce qu’il fume en cachette. Hollywood, royaume des hypocrites ?

Sans doute était-ce le message que voulaient faire passer les frères Coen, qui reviennent à la comédie décalée. Mais Avé César est avant tout un cocktail un peu anarchiste. Ici, quatre représentants des religions judéo-chrétiennes s’embrouillent sur la définition de Jésus mais ne trouve rien à redire aux libertés historiques prises pour les besoins d’un scénario sur le fils de Dieu. Le héros a un léger doute sur l’avenir de la bombe nucléaire, vantée comme un élément indéniable du progrès. Les méthodes des communistes (avec un clin d’œil à 1941 de Steven Spielberg) ne sont pas vraiment valorisantes pour l’utopie que ses partisans sont censés promouvoir…

Pensé comme une plongée ironique dans le milieu du cinéma hollywoodien, Avé César donne parfois l'impression qu'il se contente de juxtaposer des séquences diverses sans réel fil conducteur. Sorte de film de sketches à l’italienne où les guest stars font leur caméo solitaire (et parfois brillant). Ainsi Scarlett Johansson et Channing Tatum héritent chacun de deux moments à eux, Tilda Swinton dédoublée passe en coup de vent dans trois séquences, Jonah Hill n’est présent que quelques minutes et Ralph Fiennes joue les Laurence Olivier par intermittence (deux scènes). Clark Gable, pardon George Clooney, est irrésistible en star de catégorie A un peu larguée et capable d’oublier le dernier mot (si significatif) d’un long monologue où il se transcende (à la surprise de tous).

Hymne à l'amour du cinéma

Certaines scènes ont beau être extrêmement réussies (visuellement comme scénaristiquement), il résulte de cette construction un aspect décousu qui rend le récit poussif. Et même assez vain. On passe un peu artificiellement d'un ballet aquatique à un western, d'une comédie musicale (crypto gay) au péplum, du mélo sophistiqué au film noir... tous les genres cinématographiques étant ainsi conviés à tour de rôle pour des hommages (modernisés) plus ou moins appuyés qui finissent par donner l'impression d'un catalogue honorifique pour célébrer le Hollywood technicolor et carton pâte des années 1950. Les deux réalisateurs font revivre sans nostalgie un âge d'or révolu, mais sous la forme d'un exercice de style qui manque singulièrement d'élan. Ça fait plouf.

Heureusement, comme toujours chez les Coen, il y a d'excellentes idées de scénario (comme le "groupe d'études" d’auteurs gauchistes qui enlève la star du studio ou la reconversion express d'un acteur habitué aux rôles de cow-boy, génialement incarné par Alen Ehrenreich), des personnages truculents, souvent assez linéaires cependant, des petits détails réjouissants, et un sens inné de la comédie et des dialogues, mais aussi un fond plus introspectif qui apporte une véritable profondeur à certaines parties du récit. Cette fois, c'est la condition des auteurs dans la grosse machinerie hollywoodienne, la fabrique artificielle des stars, la dictature et la cupidité du studio... De quoi mettre en perspective passé et présent, et offrir un deuxième niveau de lecture au vitriol sur "l'industrie" actuelle.

Mais plus généralement, Ave Cesar vante bien sûr l'indicible plaisir de faire (et de voir) du cinéma. Malgré ce qu'il en coûte, dit-il en substance, les films sont encore ce qu'il y a de plus important au monde. Et sur ce terrain-là, on ne contredira pas les deux frères.
 
MpM

 
 
 
 

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