Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Swagger


France / 2016

16.11.2016
 



THE OUTSIDERS





«- La partie où je vis, elle est calme. Je vais dire que c’est paisible. Mais c’est calme. »

Présenté à la sélection ACID à Cannes en 2016, Swagger a de quoi nous réjouir : ce portrait de jeunes vivant en banlieue parisienne n’est pas un documentaire comme les autres et n'a rien de désespérant. Le réalisateur Olivier Babinet filme ces ados comme des acteurs qui racontent leurs histoires. Il s’autorise des digressions proprement cinématographiques, flirtant avec le film de genre, le musical ou la science-fiction pour illustrer rêves et cauchemars. Il s’offre des plans aériens somptueux et saisissants sur une cité verticale, où la Tour Eiffel se dresse comme un phare lointain à l’horizon.

Swagger est à la fois jubilatoire et dramatique, attachant et touchant. Dans ce quartier d’Aulnay sous Bois, déserté par les « blancs », espèce aussi exotique qu’un pygmée ou un papou, la jeunesse est diverse, bien enracinée ou entre deux cultures. En creux, il y a ce sentiment d’exclusion, loin de Paris (pourtant à un quart d’heure de train), à l’écart des pavillons des « Français de souche » (comme les appelle une jeune fille), pourtant de l’autre côté de la rue. « On n’est pas pareils. On ne peut pas vivre ensemble ». Résignation face à une nation qui divise. C’est le constat d’une faillite du « vivre ensemble » du pacte républicain. Pourtant ces jeunes sont profondément républicains : l’école et la même langue les réunissent au-delà de leurs différences religieuses, ethniques, sexuelles. On peut tiquer aussi de la remise en cause des théories de l’évolution, de la place de la religion dans leur vie, prépondérante, tout comme on peut s’inquiéter de la méfiance vis-à-vis de l’avenir, de la peur au quotidien.

Si Swagger séduit c’est bien parce qu’il s’agit avant tout de cinéma. Des animaux égarés (lapins, chameau – sur un air brésilien) qui donnent au film une dimension onirique. Des touches parodiques. Des vannes sur Mickey ou Barbie. Des plans qui s’attardent sur les visages. Un « Singin’ in the Rain » dans un îlot de béton. Des personnages comme photographiés pour se présenter. Et une parole libre, drôle ou triste, paumée ou réfléchie. Documentaire « fictionné », le film est une histoire de rêves, atteignables ou pas, des petites histoires du réel. A ce titre, deux jeunes, Régis Marvin Merveille N’Kissi Moggzi et Paul Turgot se révèlent de véritables vedettes sachant jouer avec la caméra comme deux facétieux acteurs qui veulent séduire le public pour faire accepter leur singularité. Régis, dandy adorant sa maman, vénérant Obama et addict à la mode, s’offre parfois un One-Man Show (les « Feux de l’amour en 60 secondes chrono est une parenthèse hilarante). Tandis que Paul, d’origine indienne, élégant et lucide, est aussi à l’aise dans les blagues que dans les pas de danse. Et puis il y a cette gamine qui voudrait construire des tours moins hautes, ce gosse qui aime son frère par dessus tout, cette jeune fille très timide, complexée, qui oublie tout… Ça frime un peu mais chacun cherche sa voie et sa voix. Swagger ça veut dire fanfaronner. Ils fanfaronnent.

Tous ces divers destins, pittoresques par moments, produisent de l’enthousiasme et peuvent nous faire croire que tout n’est pas perdu malgré le contexte social pesant qui les entoure. Une belle jeunesse qui cherche son identité, qui revendique sa dignité. Loin des préjugés, Swagger est un film sur des citoyens de seconde classe qui ont tout simplement la classe.
 
vincy

 
 
 
 

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