Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Sage femme


France / 2017

22.03.2017
 



(RE)GÉNÉRATIONS





«- J’ai eu la vie que je voulais

Sage femme est avant tout une grande promesse : la rencontre entre deux comédiennes populaires, deux Catherine qui dominent le cinéma français. Catherine Frot, parmi les actrices les mieux payées et les plus bankables depuis 20 ans, qui hérite d'un rôle en creux, très intérieur, presque ingrat si elle n'avait pas un si beau métier, et qui opère sa mue intérieure lentement. Terne, elle devient lumineuse avec talent et sans forcer. Et Catherine Deneuve, icône du 7e art, multi-récompensée partout dans le monde, attirant depuis 50 ans les faveurs du public et des critiques. A l’inverse de sa partenaire, elle semble trop heureuse d'avoir à jouer un personnage aussi cyclothymique, des rires aux larmes, s'en donne à cœur joie avec cette Béatrice flambeuse, fumeuse, alcoolique, malade, seule, ayant brûlé la vie à ne vivre que le présent hors du réel.

Un duo de cinéma c’est donc une promesse, et même une attente qui réside dans une alchimie complexe et précieuse, incalculable. Les deux Cathoches sont tout sauf cloches. Et comparé à d’autres duos féminins dans leurs filmographies respectives (Frot et Huppert dans Les sœurs fâchées, par exemple), le duo fait bien la paire. Qu’elles soient en opposition ou en complicité, les deux personnages sont campés avec justesse. Sans doute parce que, dans l’écriture même, Martin Provost n’a pas cherché à en faire des amies ou des ennemies, mais bien un mélange d’envie et d’affection.

Paire gagnante

Le film a ce qu'il faut de bons moments, de dialogues drôles et noirs («C’est où Louvain ? En Belgique. Ça tombe bien, j’aime bien la bière » alors qu’on parle d’une opération chirurgicale), de répliques un peu vachardes (« T’as toujours fait un peu plus que ton âge », balance Deneuve à Frot) et d'émotion manipulée pour toucher un public assez large. Bien sûr, c'est la présence de ces deux stars françaises qui relève le scénario au parcours attendu dont la fin un peu flottante laisse sur notre faim. Sans compter que la mise en scène épuise ses audaces au premier tiers du récit (il sait d’ailleurs faire montrer le désir jusqu’à l’apparition de Deneuve et se plaît à nous surprendre quand elle déboule telle une tornade comique dans le film). La réalisation, par la suite, devient plus banale, voire sans relief.

Si l'histoire est plaisante, malgré ses sujets dramatiques (une maternité qui ferme, un cancer, des solitudes, n'en jetez plus), si certaines « punchlines » sont même hilarantes, et si l'ensemble tend vers un discours anti-libéral économiquement mais ultra-libertaire individuellement, cela ne suffit pas à en faire autre chose qu'une œuvre populaire (ce qui n'est déjà pas si mal) sans réelle personnalité.

Voyage inattendu

Martin Provost s'essaie ainsi à la comédie-sociale-dramatique-réaliste (après des films d'époque tragiques) mais reste concentré sur ce qui l'intéresse depuis toujours, les femmes. Là, reconnaissons, qu'il est généreux. Avec deux actrices au tempérament si prononcé, aux personnalités (et au jeu) si différentes, et au charisme indéniable, il en profite largement.

Car les deux femmes pas si sages et plutôt cash, grâce à leur expérience et leur savoir-faire, incarnent efficacement et avec une facilité déconcertante ces deux femmes qu’a priori tout oppose. Personne ne gagne un match où les deux camps jouent leur très bon niveau, sans aller au-delà. Et c’est ce qu’on retient de Sage femme : leur duo, cette alchimie douce qui s'incruste dans cette relation tendue par un passé commun compliqué. Le réalisateur n'a pas résisté à l'idée de les rendre dépendantes l'une de l'autre, attachantes et amusantes, s'offrant même un baiser tendre et amical ou un massage apaisant entre "Yolande" et "Belle de jour". Il manque un petit quelque chose pour que cette relation de substitution (Frot joue la fille que Deneuve n’a pas eu, Deneuve fait accoucher Frot d’une nouvelle personnalité) nous accomplisse complètement.

La folie et les fantômes

Le réalisateur ne va jamais plus loin et reste en surface dans cette liaison étrange et mystérieuse, comme s'il avait peur de vouloir embarquer deux immenses comédiennes hors des sentiers battus, leur ouvrant de nouveaux horizons. C'est d'autant plus regrettable qu'on a le sentiment qu'elles étaient prêtent à aller beaucoup plus loin dans ce voyage commun où se confrontent le corps et l’esprit, la nature et la ville, la raison et la passion... Au lieu de ça, il nous embarque dans un épilogue légèrement surréaliste à bord d’un camion. En loupant ce dernier virage, il rend son film presque insensé, et nous laisse perplexe face à cette relation qui se « dévertèbre » au profit d’un sacrifice énigmatique et d’une renaissance évanescente.

Cependant, il s’agit d’un film subtil sur la vie, la mort et le deuil, sur l’équilibre entre excès et sagesse. Dans tous les cas, comme dans tous ses films, Martin Provost plaide le droit à une douce folie et à une liberté sans préjugés. Sage femme donne raison aux bons vivants et encourage tous les autres à profiter de tout ce qu'ils possèdent. Bref, une belle leçon de vie, où l’on passe aisément du rire aux larmes, comme elles.
 
vincy

 
 
 
 

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