Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Tunnel (Teo-neol)


/ 2016

03.05.2017
 



BURIED





«Vous allez entrer dans un tunnel…»

Un papa est en route pour l’anniversaire de sa petite fille. Il doit passer dans un long tunnel sous une montagne : patatras, un énorme éboulement s’écroule sur lui, sa voiture est coincée sous des tonnes de roches. Les opérations de secours vont s’organiser pendant que les médias et les politiques profitent du drame. Quelque part là-dessous l’homme va essayer de survivre en attendant, et au-dessus sa femme attend en espérant. Parvenir au milieu de la montagne s’avère très complexe, et au fur et à mesure, les jours passent…

Le point de départ de Tunnel est connu, le ‘pitch’ du film semble simple (l’homme coincé va-t-il survivre ?), d’ailleurs la situation d’un sauvetage à priori impossible est la trame de base d’un film catastrophe ou d'un survival. Si ce genre de film est balisé par des blockbusters hollywoodiens, d’autres pays ont produit ce type de films à grand-spectacle dont la Corée du Sud avec un gratte-ciel en feu dans The Tower de Kim Ji-hoon, un tsunami dans The last day par JK Youn, et récemment un accident de centrale nucléaire dans Pandora de Park Jong-woo... Le genre se renouvelle à un niveau plus humain et parfois plus approfondit en abordant d'autres thèmes (écologie, corruption, déshumanisation, médiatisation etc...). Toutefois ici pas d’héroïsme exacerbé, c’est presque un contrepied car Tunnel se concentre non pas sur des effets spéciaux mais sur un drame humain à la fois poignant dans son suspens et drôle dans son déroulé.

Le réalisateur Kim Seong-hun nous avait conquis à Cannes avec son polar Hard day et son jeu du chat et de la souris surprenant (un policier doit dissimuler qu’il a tué un homme…), et de nouveau il nous séduit avec ce Tunnel. Déjà il évite le piège d’un début trop long; dès les 10 premières minutes le conducteur se retrouve piégé sous l’effondrement d’un tunnel et le suspens commence. La grande réussite du film est d’aller bien au-delà de ce ‘pitch’ basique pour raconter l’histoire de cet évènement selon plusieurs points de vue en parallèle : l’homme coincé, à la surface, les secouristes qui doivent creuser, les médias qui réclament du sensationnel, des politiques qui s’en mêlent, et sa femme qui attend…

Tunnel parvient à équilibrer un drame intime autour d'une victime qui désespère et de ceux qui espèrent avec une comédie satirique autour d'une organisation des secours inefficace et une gestion déplorable du fait-divers par les médias et les politiques. Il faut savoir que ici on fait allusion aussi au traitement de certains vrais évènements en Corée du Sud (le naufrage du ferry Sewol, la présidente du pays qui a été destituée…), ce qui rend les différents traits d’humour sarcastiques. Le fait que les autorités soient pointées du doigt pour leur relative incompétence ainsi que la voracité des médias est d’ailleurs une constante en générale dans ce genre de film, depuis toujours (comme en 1951 Le gouffre aux chimères de Billy Wilder) et partout (comme en Espagne Un jour de chance de Alex de la Iglesia).

Le succès de Tunnel vient aussi des performances qui nous font nous attacher à ces personnages. Si les familiers de cinéma coréen connaissent déjà leurs visages les autres vont découvrir leurs noms : le conducteur est incarné par Ha Jeong-woo (connu pour Mademoiselle de Park Chan-wook, The Terror live de Kim Byeong-woo, The Chaser et The Murderer de Na Hong-jin…), l'épouse est jouée la star Doona Bae (Sympathy for Mr Vengeance de Park Chan-wook, The Host de Bong Joon-ho, Air doll de Hirokazu Kore-Eda, A girl at my door de July Jung, aussi dans les dernières œuvres des Wachowski comme Cloud Atlas et la série Sense8…), et en secouriste on a Oh Dal-Su qui à souvent un second-rôle dans quantité de grands films (Old Boy de Park Chan-wook, Crying fist de Ryoo Seung-wan, Le Bon, la Brute et le Cinglé de Kim Jee-woon…).

Tunnel est une nouvelle illustration du savoir-faire du cinéma coréen en terme de divertissement avec plusieurs niveaux de lecture. Le film est rythmé et tendu comme il faut pour maintenir le suspens. Les circonstances aident bien le scénario: la batterie d’un téléphone qui s’épuise, l’eau qui manque, d’autres glissements de rochers, où faut-il creuser, doit-on limiter le budget des secours, peut-on abandonner les recherches... Tous ces rebondissements, autant de pistes, de questions, d'impasses, pour finalement s'interroger sur la capacité et le temps de survie d'un individu dans ce monde où la nature est capricieuse et l'humain irrationnel.
 
Kristofy

 
 
 
 

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