Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



Ailleurs
Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary
Effacer l'historique
Ema
Enorme
La daronne
Lux Æterna
Peninsula
Petit pays
Rocks
Tenet
Un pays qui se tient sage



J'ai perdu mon corps
Les misérables
The Irishman
Marriage Story
Les filles du Docteur March
L'extraordinaire voyage de Marona
1917
Jojo Rabbit
L'odyssée de Choum
La dernière vie de Simon
Notre-Dame du Nil
Uncut Gems
Un divan à Tunis
Le cas Richard Jewell
Dark Waters
La communion



Les deux papes
Les siffleurs
Les enfants du temps
Je ne rêve que de vous
La Llorana
Scandale
Bad Boys For Life
Cuban Network
La Voie de la justice
Les traducteurs
Revenir
Un jour si blanc
Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn
La fille au bracelet
Jinpa, un conte tibétain
L'appel de la forêt
Lettre à Franco
Wet Season
Judy
Lara Jenkins
En avant
De Gaulle






 (c) Ecran Noir 96 - 21


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 0

 
Les étendues imaginaires (A Land Imagined)


/ 2018

06.03.2019
 



SINGAPOUR BLUES





« C’est comme s’ils avaient disparu. Et personne ne les cherche. »

Les étendues imaginaires est de ces films qui contraignent l’esprit à lâcher prise. Peu importe si l’on finit par ne plus savoir distinguer le rêve de la réalité, ou le rêveur du rêvé. C’est même tout le principe de ce film noir envoûtant où tout le monde souffre d’insomnie, traversant la réalité comme dans un songe, et les songes comme une forme améliorée de la réalité.

Les deux personnages principaux, Lok le policier et Wang l’ouvrier, rêvent ainsi l’un de l’autre, et nous entraînent dans une intrigue aux reflets changeants, entre fond social appuyé et tonalité onirique confuse. Le film fait en effet l’état des lieux sans fard d’un territoire (Singapour) dont le dynamisme ostentatoire dissimule mal les failles béantes. Dans ce pays qui se bâtit non pas sur du vent, mais sur l’eau, à grands renforts de sable et d’ouvriers venus d’ailleurs, les « étendues imaginaires » sont à la fois ces parcelles de terre arrachées à la mer, et ces lieux mentaux où errent les individus livrés à eux-mêmes, en proie à l’impossibilité du repos, réel et symbolique. Le réalisateur nous emmène de l’autre côté du mirage économique de la région, dans les dortoirs surpeuplés (« Comment font-ils pour dormir ? » s’interroge Lok), les chantiers épuisants, les cybercafés emplis de solitude. Autant de décors fascinants pour ce polar insomniaque baigné par la lumière artificielle des néons.

Car esthétiquement, Les étendues imaginaires est une splendeur, avec ses larges plans ultra composés, ses lumières vertes et rouges, sa musique envoûtante, qui ajoutent à la fascination qu’exerce sur le spectateur un récit imbriqué et mouvant, sans cesse surprenant et singulier. On se délecte ainsi de chaque image, et surtout de l’ambiance sublimement désespérée des nuits sans fin qui se succèdent de manière de plus en plus floue. Cette complexité formelle est celle d'un cinéma de la sensation, voire de l'impression la plus fugace, qui ne cherche pas tant à raconter qu'à faire écho en nous. La mélancolie qui nimbe le récit est alors comme un signe de reconnaissance entre les personnages, et finit par contaminer lentement tout ce qui se passe à l'écran, et même au-delà.
 
MpM

 
 
 
 

haut