David Lynch, Lion d'or et Palme d'or, n'a pas tourné de long métrage depuis 2006. Une longue absence. Heureusement il nous a offert une suite à Twin peaks pour la télé. Et on peut voir ses photos fétéchistes dans l'exposition de Louboutin au Palais de la Porte dorée. Il vient aussi de terminer un court métrage. Elephant Man ressort cette semaine en salles.



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ACTEUR SANS FRONTIÈRES





Bien sûr, il y a Michael Fassbender et Christoph Waltz, tous deux binationaux. Un peu comme lui. Mais depuis Gert Fröbe, Curd Jürgens, Klaus Kinski, Armin Mieller-Stahl, Ulrich Tukur et Thomas Kretschmann, aucun comédien allemand de la jeune génération n’avait réellement traversé les frontières. Daniel Brühl est l’exception. Fils du comédien et metteur en scène de théâtre mais aussi réalisateur pour la TV Hanno Brühl, et d’une professeur espagnole, il était prédestiné à une carrière internationale. Né à Barcelone mais résident en Allemagne, il parle cinq langues et un peu le japonais.

Avec son parfait physique de jeune premier, il parvient à se glisser dans des productions allemandes, européennes et même hollywoodiennes. S’il débute avec des doublages et des séries TV, il arrive rapidement sur le grand écran, à 23 ans avec Schlaraffenland, dame d’action où l’on retrouve un autre espoir du cinéma germanique, Franka Potente. De même on l’aperçoit dans Deeply, avec la jeune Kirsten Dunst ou dans une comédie lycéenne, Schule.
En manque d’un jeune acteur charismatique, le cinéma d’Outre-Rhin en fait rapidement l’un de ses talents prometteurs, lui offrant le rôle principal de Das Weisse Rauschen. Il gagne alors le César du meilleur acteur dans son pays, celui du meilleur jeune acteur aux « Oscars » bavarois, et le prix du meilleur comédien décerné par l’association des critiques de cinéma allemands. Comédie légère, romantique ou drame plus sombre, Brühl accepte ce qu’on lui propose. Et, bonne étoile oblige, ses films remportent du succès dans son pays, et même pas mal de prix dans les palmarès de Festivals ou de fin d’année. Boxeur, étudiant, camé halluciné ou même moine (dans Vaya con Dios, avec une coupe au bol à faire fuir tout son fan club), il prouve qu’aucun rôle ne lui fait peur et en moins de deux ans, son nom s’inscrit en haut des affiches.

Arrive 2003. Le jeune homme est très mignon, a tout du charmeur. Il s’engage sur un film qui transpose l’Allemagne de l’Est avant et après la chute du Mur de Berlin. Une comédie dramatique et nostalgique, familiale et sociale. Fils d’une femme qui croit que le monde socialiste est merveilleux, d’un père qui est passé à l’Ouest, amoureux d’une jolie infirmière, il rayonne en incarnant Alex, buveur de bière au sommet de sa virilité, manifestant épris de liberté, fils aimant qui stimule son imagination et ne ménage pas ses efforts pour ressusciter la RDA dans un monde où l’occidentalisation agit avec la force d’un rouleau compresseur. Good Bye Lenin ! est immense carton en Allemagne (6,5millions d’entrées), puis en France (1,3 million d’entrées et un César) et finalement dans toute l’Europe (6 European Film Awards, dont meilleur acteur et acteur favori du public pour Brühl). Sa carrière est lancée.

Il continue à jouer dans son pays (Parfum d’absinthe, qui lui permet d’obtenir pour la deuxième fois le prix du meilleur acteur européen, The Edukators, en compétition à Cannes). Hors-la-loi chez lui, il passe à d’autres rôles à l’étranger. Les dames de Cornouailles lui permet de côtoyer les « cougars » Judi Dench et Maggie Smith. Dans le film de guerre Joyeux Noël, du français Christian Caron, cité à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, il est l’Allemand qui va accepter la trêve de Noël durant la première guerre mondiale, sur le front. Avec Salvador, de Manuel Huerga, il est reconnu dans son autre pays, l’Espagne, où il glane de nombreux prix et nominations. C’est l’un de ses rôles les plus marquants : anarchiste, braqueur de banque, anti-Franquiste.
En anglais, en français, en catalan : le jeune Brühl continue d’explorer le cinéma d’auteur mondial, passant du jeune amoureux de Julie Delpy dans 2 Days in Paris au frère de Franka Potente dans La vengeance dans la peau, face à Matt Damon. On le voit dans In Tranzit à Cannes, aux côtés de Vera Farmiga et John Malkovich, en jeune nazi, dans une production pour la jeunesse, Le Maître des sorciers, dans un film historique, John Rabe, sur un épisode méconnu du Massacre de Nankin en Chine. Au milieu de comédiens reconnus et respectés, alors que son jeu s’étoffe, Brühl ne parvient cependant pas à trouver un rôle à la hauteur de Good Bye Lenin !. Delpy l’enrôle pour La comtesse, Tarantino l’invite à jouer les snipers parmi ses Inglourious Basterds, mais il apparaît toujours comme le jeune acteur allemand « qu’on connaît » sans jamais s’imposer au milieu de castings internationaux.

Dans son pays paternel, on le voit jeune amoureux menteur dans une comédie (Lila, Lila) tandis que dans son pays maternel, il flirte avec la science-fiction en savant hélas pas fou (Eva). En France, le public le revoit dans Et si on vivait tous ensemble ?, comédie « transgénérationnelle », où Jane Fonda et Pierre Richard cohabitent. Aux Etats-Unis, on le croise dans un thriller horrifique, Intruders, avec Clive Owen. Rien de trépident.

Il faut attendre 2013 pour que Daniel Brühl revienne en pôle position. Le voici Niki Lauda, transformé par un physique ingrat (puis brûlé) dans Rush, de Ron Howard. Le comédien déploie là tout son talent, toutes ses nuances, créant un coureur automobile aussi intelligent qu’associable, solitaire que combattif. Il oublie son aspect charmeur ou romantique pour ne devenir qu’un être qui accepte d’être détesté, pourvu qu’il soit le premier sur la ligne d’arrivée.
Dans Le cinquième pouvoir, autre biopic, autour de Julian Assange, il est l’alter ego et narrateur du film sur le créateur de Wikileaks. Et on l’attend aussi dans le nouveau film d’Anton Corbijn, A Most Wanted Man, avec Philip Seymour Hoffman et Rachel McAdams. Son agent à Hollywood semble s’être réveillé.

Sa carrière redécolle, sans doute liée à une nouvelle maturité. Depuis son plus jeune âge, il aime simuler (au point d’effrayer sa mère un jour om a joué un mort). Désormais producteur, passant sa vie entre Berlin et Barcelone, il se pose. Cuisinier hors-pair paraît-il, jogger invétéré, restaurateur (un bar à tapas à Berlin), musicien et chanteur à ses heures, pacifiste et finalement très normal, Daniel Brühl n’a rien d’une star, mais tout du comédien qui peut traverser les décennies, bon an mal an, et vieillir avec sérénité sur le grand écran. Il est sans doute le symbole même de ce que devrait être le cinéma européen : passe-partout, sans frontières et polyglotte.
Une sorte de comédien formé à Erasmus et qui désormais fait fortune avec les studios américains.

Vincy


 
 
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