Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Catch me if you can (Arrête-moi si tu peux)


USA / 2002

12.02.03
 



JEUX DE LOI





"- Il ne s'agit pas de gagner ou de perdre, il s'agit de risquer."

Retour à la légéreté pour Steven Spielberg qui s'était employé, ces derniers temps, à mettre un peu entre parenthèses son penchant pour le spectacle ludique et purement distrayant. Oscarisé pour ses actes de mémoire et reconnu pour ses compétences de visionnaire avec ses deux derniers films d'anticipation, le réalisateur décompresse radicalement avec Catch me if you can. De la biographie de l'escroc Frank Abagnale qui défraya la chronique en son époque, il trouve matière à construire un film rythmé s'appuyant sur le principe de la course poursuite, sur un tampo toutefois plus proche du swing que de la surenchère épileptique de ses meilleurs créations. La démarche de Spielberg n'est plus la même, s'il s'amuse évidemment ici, l'occasion n'est plus de tenter une nouvelle régression vers une adolescence dont il commençait à peiner à s'extraire dans ses dernières fantaisies (Hook, Jurassik Park 2 et leurs lourdeurs respectives). L'homme a définitivement mûrit mais il reste conscient qu'une partie de l'inspiration qui fait la force de sa créativité, se situe dans ses jeunes années. Place donc à une nostalgie idéalisée des sixties - un âge doré où l'existence était facile et les opportunités de réussite nombreuses - qui évite l'épanchement cafardeux et favorise l'exaltation du rêve américain. Rêve américain que représente bien naturellement le wonderboy qui se compare volontier à Abagnale dans sa détermination naïve et son absence de complexes des débuts (On notera aussi que l'enfant prodige fut très affecté par le divorce de ses parents...).

Spielberg nous offre donc de feuilleter un véritable catalogue de souvenirs. Ceux-ci prennent forment tout d'abord par bon nombre de références cinématographiques dont la plus évidente reste l'inévitable James Bond, que le réalisateur rêva longtemps d'inscrire à sa filmographie, et dont Di Caprio emprunte l'accoutrement l'espace d'une scène. Ce n'est qu'un des multiples costumes qu'il revêtera par ailleurs, car la production n'a pas lésigné ni sur sa garde-robe, ni sur le nombre d'accessoires indispensables pour reconstituer l'atmosphère Happy days. L'ensemble du staff semble avoir trouvé matière à inspiration dans ce revival bondissant et chaque spécialiste livre le meilleur de lui-même, y compris l'éternel complice John Williams qui fait preuve d'audace en mariant à ses compositions symphoniques un soupçon de musique d'ascenseur pour un résultat singulier du plus bel effet. Catch me if you can ne déroge donc pas à la règle à laquelle nous a habitué Spielberg: artistiquement irréprochable et techniquement extrèmement solide.
Rien à redire non plus au niveau du casting qui s'appuie sur des interprètes qui ont fait leurs preuves depuis belle lurette (Sheen, Walken) et qui semblent trouver là un terrain de jeu inespéré pour décliner en toute quiétude leur sens de la composition. Un peu frêle pour figurer le charisme de chef de gang chez Scorsese, Leonardo Di Caprio s'acquite avec beaucoup plus de crédibilité de son rôle de flambeur mythomane. Quant à Tom Hanks, ses compétences lui permettent sans problème de coller à toutes les situations que rencontre son incorruptible personnage d'agent du FBI, de la pure comédie au sérieux qui sied à ses fonctions, avec un faux air de chat de gouttière. Les femmes seront peut-être moins gâtées, car de ce côté de la distribution, et c'est une habitude avec lui, on peut dire que Spielberg revient à ses traditionnels stéréotypes peu valorisants frisant parfois la mysoginie simpliste. Le film est ainsi peuplé de blondes pas vraiment futées et facilement embobinables ou de vampes vénales dénuées de tout scrupule. La mère qu'incarne Nathalie Baye, n'embellit pas franchement le tableau. De mœurs légères - c'est une française !! - elle fuira rapidement devant ses responsabilités maternelles. L'actrice réussit en tout cas son incursion à Hollywood et on ne s'étonnera pas de la voir s'y faire encore courtiser, pour peu que son accent soit définitivement adopté.

Les superlatifs seraient donc nombreux pour témoigner de la parfaite maîtrise qui caractérise la confection de Catch me if you can. Le film pourra pourtant difficilement prétendre dépasser le stade de la simple sympathie. Son absence d'enjeux (on attend juste que la fin arrive, puisqu'on connaît la conclusion dés le début… ) limite l'amplitude des tensions. La séparation des deux protagonistes principaux dans le récit, respectant les faits réels, désamorce l'antagonisme et porte souvent l'intérêt hors du thème moteur.
L'insouciance qui constitue l'ingrédient principal de cette partie de gendarme et de voleur gagne en fait rapidement le spectateur, qui se prélassera avec beaucoup de plaisir devant cette somptueuse réalisation sans pour autant se sentir profondément concerné. Car finalement bien que déroulant avec brio sa comédie, Spielberg reste aussi un peu trop à la surface de ses éléments. Un bel exercice de style plus qu'une fable aboutie.
 
petsss

 
 
 
 

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