Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Le Diable s'habille en Prada (The Devil Wears Prada)


USA / 2006

27.09.2006
 



DEVIL INSIDE

Le livre Bye Bye Bahia



"- Les détails de votre incompétence ne m'intéressent pas."

Entre Working Girl et Comment se débarrasser de son patron?, la comédie acerbe made in USA prend racine dans la satire des rapports sadomasochistes de l'apprenti et du maître. Le scénario est certes trop convenu pour nous emballer, mais l'ensemble est plus que convenable pour nous séduire.
Trop formatée, cette adaptation du best-seller de Lauren Weisburger suit toutes les étapes nécessaires pour transformer une jeune candide en belle affranchie. Cependant, sa fidélité à l'esprit du livre et son portrait du milieu "fashion" rendent le "produit" intriguant. Mais ce sont les deux comédiennes qui lui permettent d'être divertissant et de tenir la longueur. Anne Hathaway retrouve un personnage proche de Princesse malgré elle. Sorte de Bridget Jones un peu plus assumée et moins gaffeuse. Physique un peu suranné des années 50, à la fois jolie et ingrate, charmante et quelconque. Elle parvient à imposer une forme de grâce, banale et clairvoyante, face au monstre Meryl Streep. Cheveux à la Glenn Close (dans Les 101 Dalmatiens), la Streep nous "tease" avec un jeu minimaliste rare dans ce genre de rapports dominateurs. Toute en retenue, elle impose son autorité, sa tyrannie avec une voix un peu cassante ou lasse, un geste infime mais méprisant, et plus évidemment ses costumes, sa démarche, son statut de grande dame du cinéma.
Si l'histoire n'était pas si routinière, son allure outrancière aurait été moins lisse, plus subtile. Hélas l'excentricité n'est pas plus frappante que certaines pages de magazines du genre où les mannequins s'exhibent dans des positions bizarres. Pour le néophyte, la caricature du milieu des médias et de la mode paraîtra cliché. Il faut souligner que ce Diable là existe vraiment, qu'elle s'habille vraiment en Prada, qu'elle a le droit de vie et de mort sur les créateurs. Seul clin d'oeil à ce lien avec le réel, la chanson de Madonna, Vogue, qui rappelle de quelle rédactrice en chef on parle.
La réalisation, hélas, ne transcende pas les névroses décrites : soumission, superficialisme, ambition (et arrivisme), trahison... Trop plat, le traitement est plus proche de l'industrialisation façon Gap que de l'artisanat manière Hermès. Pourtant, on y retrouve tous les ingrédients pour une comédie efficace, où un zest de psychologie s'est glissé pour que le Diable s'humanise légèrement.
Moins binaire que le livre, mais moins mordant aussi, le film est surtout symptomatique de notre époque : un mode de vie despotique, entre cafés Starbucks et sacs Louis Vuitton, voyage à Paris et métier de rêve (ou de cauchemar). Loin d'une réalité plus insupportable à vivre : précarité du journalisme, enfer des voyages d'affaires durant les fashion week, inutilité de la marque (devenue référence culturelle), vie prête à porter, prête à emporter, qui file vite et se découd en nous laissant, au final, en lambeaux. Le diable, alors, a gagné, sur tous les tableaux. Le diable n'est pas celui qu'on croit. C'est un système, où même la diva capricieuse en haut de son Olympe, n'est qu'une servante d'un hydre invisible, assez malin pour nous faire de ce genre de film une propagande à sa gloire.
 
v.

 
 
 
 

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