Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Hannibal


USA / 2001

28.02.01
 



LE SAIGNEUR DES AGNEAUX





"- Je ne suis pas heureuse.
- Peut-être n’en êtes vous pas capable...
"

Il y a quelque chose de malsain dans le dernier Ridley Scott. Au dégoût se mêle l’horreur de ce que l’on a vu, l’incompréhension à mythifier un monstre, et le cauchemar éveillé d’un spectateur qui fait rimer " gore " avec porc.
On comprend aisément pour Jodie Foster n’a pas accepté ce projet. Non pas que le film est mauvais : Ridley Scott maîtrise plutôt bien la mise en scène et les effets du scénario. Mais la suite du Silence des Agneaux est inutilement immonde, indécemment inhumaine, voire " irregardable ". Alors quel plaisir y prend-on si l’on n’est pas sataniste ou cannibale ? On comprend tout à fait l’intérêt de Scott dans cette histoire : les thématiques, les décors, les personnages sont des échos plus ou moins proches à ses précédents films. L’Italie de Gladiator, son amour pour la Renaissance et l’Histoire de l’Art, une scène à la Black Rain, un personnage féminin en treillis et prêt à en découdre (Thelma et Louise, GI Jane, Alien)... A cela il puise dans les références : artistiques, cinématographiques (Léone), ... Quelques scènes sont habilement cadrées, voire esthétiquement parfaites. La beauté des arrières plans et des détails ornementaux contrastent avec la laideur des Hommes et de leurs actes. Scott n’évite pas quelques clichés sur le vieux continent, dont l’art de vivre local s’oppose à l’Internet mondialisant les relations humaines. C’est ainsi que tous les policiers italiens parlent anglaisŠ Le scénario, moins ignoble que le livre duquel il est adapté dit-on, plonge dans l’intimité du délictueux et " délicieux " Hannibal Lecter, second rôle inoubliable du premier opus. De ses pulsions à ses actions, rien ne nous est épargné. "Ce sera très douloureux" nous annonce-t-il vers la fin, après un bon quart d’heure déjà insupportable à voir des sangliers dévorés une boucherie d’humain, puis une trépanation au scalpel explicite.
Les sacs pour vomir devraient être distribués dans les salles, comme dans les avions. Bon appétit d’avance.
Au delà de ces (ses ?) crimes odieux et nocturnes, qui ne vaudront jamais le suspense du film de Demme, Scott n’est pas parvenir à nous faire bondir de notre siège mais plutôt à nous recroqueviller dessous. D’un polar psychologique génial, on passe au film d’horreur très bien fait.
La grande force du script est bien de nous faire désirer le " héros ", serial killer et monstre . On l’attend pendant une grande partie du film . Par vidéo ou souvenirs, par cassettes audio ou ombres furtives, on se remémore lentement ce docteur en chair et en os. Clarice est toujours manipulée psychologiquement, par ce personnage qui la hante comme par une de ses victimes atrocement mutilée . Et si Hannibal ­ toujours servi avec grandeur par Hopkins - met du temps à entrer en scène, la rencontre entre l’anthropophage et l’agent spécial du FBI nous fait patienter jusqu'au dernier tiers du film !
C’est d’ailleurs le seul aspect palpitant du film, cette relation ambiguë et destructrice, un peu trop manichéenne sur la fin. Mais tellement intelligente dans son rapport charnel et cruel (des points de suture aux menottes les attachant de façon sado-maso). Julianne Moore ne démérite pas malgré un rôle moins épais et plus passif que dans le premier film. De la révélation des agneaux, l’on passe à la théorie des pigeons rouleurs. On nous ressert même la scène de jogging dans la forêt...
Sinon, c’est un thriller hollywoodien banal où le méchant est glorifié, et les personnages bien écrits. On passera sur la morale, la non nécessité de tout montrer, et sur la déviance que prend la série. On gardera à l’esprit que cette expérience a donné l’occasion à Scott de mélanger les genres et de donner une cohérence à sa filmographie.
Pour le reste, il y a de quoi devenir végétarien et " disneyphile ".
 
vincy

 
 
 
 

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