Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 22



Membre du jury du prochain festival de Cannes, la comédienne Sarah Polley est désormais une jeune cinéaste. Sous le regard de son mentor, le réalisateur Atom Egoyan, et avec les conseils de son mari, le monteur David Wharnsby, elle a adapté un film touchant et grâcieux, Loin d'elle. A l'Hotel Costes, dans un salon chaleureux et caché, elle nous reçoit, souriante, suave, pétillante.
Ecrannoir : Parlez-nous du quasi "coup de foudre" que vous avez eu pour le récit d'Alice Munro (L'ours qui traversa la montage) qui est à l'origine du film ?





Sarah Polley : Ce livre m'a profondément émue. J'ai aimé que l'histoire d'amour soit à la fois si complexe et si intéressante, c'est ce qui m'a d'abord captivée. En plus, elle met en scène un couple qui est marié depuis très longtemps. Il y avait également l'idée de la mémoire, du rôle qu'elle joue dans leur relation : qu'est-ce qui se passe quand on oublie ou au contraire quand on se rappelle trop ?

EN : Comment avez-vous travaillé sur l'adaptation du roman ?

SP : Quand je l'ai lu la première fois, il y avait déjà le film dedans. C'est très visuel la manière dont elle décrit le paysage. J'ai changé des choses bien sûr, j'ai ajouté des éléments issus de mes recherches personnelles ou de ma propre expérience, mais quasiment tout était déjà là.

EN : Pourquoi passer derrière la caméra ?

SP : Ce livre a été une grande inspiration, c'est ce qui m'a poussée à franchir le pas et à réaliser un long métrage. J'avais auparavant réalisé des courts métrages, mais pas du tout comme une préparation, plutôt parce que j'apprécie ce format. Ca a été l'occasion de constater qu'en tant qu'actrice, je n'avais rien appris de ce côté-là, je ne savais pas mettre en scène…

EN : Vous avez dû faire pas mal de progrès en peu de temps car Loin d'elle est vraiment réussi. Comment avez-vous fait ?

SP : Les courts métrages m'ont aidée, et puis j'ai posé des questions, j'ai regardé des tonnes de films. Mon mari (????) m'a aidée (???). Je n'ai rien fait d'autre que d'essayer d'apprendre pendant plusieurs années. A mon avis, la seule manière d'apprendre à faire un film, c'est d'en réaliser un. Regarder les autres faire ou lire des livres ne suffit pas.

EN : Est-ce que cela ne va pas vous faire bizarre de recommencer à jouer dans des fims en tant qu'actrice mais sans vous impliquer d'avantage ?

SP : J'ai été si concentrée sur Loin d'elle pendant deux ans que j'ai hâte de recommencer à jouer. Je dois tourner cet été et ça va être formidable de se concentrer seulement sur le rôle. J'aime l'idée d'avoir tantôt de grandes responsabilités, tantôt des responsabilités plus restreintes, d'aller de l'un à l'autre.

EN : Pourquoi Julie Christie dans le rôle de Fiona ?

SP : Je ne pouvais imaginer personne d'autre dans le rôle. Quand j'ai lu le roman, je venais de tourner avec elle dans No such thing de Hal Hartley, et je voyais son visage en le lisant. Entre temps, nous sommes devenues amies [NDLR : les deux actrices se sont retrouvées sur The secret life of words d'Isabel Coixet en 2004]. Elle représente l'actrice sexy qu'ont aimé les baby-boomers. On ne l'imagine pas avoir cette maladie. Alors c'est un peu comme un miroir, comme une prise de conscience pour la génération du baby-boom qui se retrouve dans ce personnage et dans cette histoire.

EN : Votre film évoque la maladie d'Alzeimer. Espérez-vous changer le regard des gens sur cette maladie ?

C'est vrai que l'on n'aime pas parler de la maladie ou plus généralement du vieillissement mais je ne sais pas si un film peut changer les choses. De plus, l'histoire n'est pas tant sur alzeimer que sur la mémoire. La mémoire conduit tout ce qu'on fait : elle induit la manière dont on se parle, dont on s'aime. Tout ce que l'on fait au début d'une relation a de l'influence sur la suite, selon si on s'en souvient ou non. J'ai toujours été fascinée par cela.

EN : Pourtant, vous êtes très jeune et mariée depuis peu de temps…

Justement, je suis mariée depuis quatre ans, mais je trouvais intéressant de voir ce que ça donne après quarante-quatre ans de vie commune. Les premiers temps d'une relation ne sont pas très intéressants, il n'y a pas grand chose à en apprendre. Souvent, les premières impressions sont basées sur le narcissisme et l'égocentrisme. Je préfère regarder ce qui arrive après. Du coup, j'ai mis dans le film cette idée que j'ai du mariage.


   MpM, Vincy