Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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Mathieu Amalric serait-il l’homme de l’année ? On l’a vu cette année pas moins de six fois à l’écran, dont trois fois à Cannes (Le scaphandre et le papillon, La question humaine, Actrices) et toujours dans des films bénéficiant d’un retentissement important. Son rôle chez Julian Schnabel, en homme prisonnier de son propre corps, pourrait même lui valoir les honneurs des Oscars, à peine deux ans après Rois et Reine. Et ce n’est pas fini, puisqu’il est attendu en 2008 chez Arnaud Desplechin, Bruno Podalydès, Bertrand Bonello, Alain Resnais… sans oublier Marc Foster, aux commandes du 22e James Bond. De son propre aveu, le comédien ne sait pas dire non, et enchaîne les tournages, au détriment de sa propre carrière de réalisateur. Il travaille pourtant sur son prochain long métrage (le quatrième) dont il est venu parler à Poitiers, à l’occasion de la 30e édition des Rencontres internationales Henri Langlois. Mais attention, pas question d’administrer doctement une leçon de cinéma classique ! Accompagné de son coscénariste Philippe Di Folco, il a improvisé sur scène une séance de travail passionnante et dynamique, dévoilant les dessous du processus de création. Mathieu Amalric est comme ça : spontané, généreux et avide d’expérimenter. Rencontre.
EN : quel regard portez-vous sur le cinéma ? Comment le voyez-vous évoluer ?

MA : C’est drôle, hier je répétais avec Alain Resnais et il me disait justement que depuis 1917 il paraît que le cinéma est mort ou en crise, surtout le cinéma français. Je n’y crois pas. Les moyens techniques ont changé. La grammaire s'est accélérée. Ca modifie la manière de raconter une histoire. C'est excitant. Mais cela ne signifie pas du tout que c'était mieux avant. Je pense qu’il y a des gens qui inventent continuellement des choses et qu’on s’en rendra compte plus tard. La vidéo, on commence à connaître, et on se rend compte maintenant que les inventions dans le domaine datent de 1970. Là je crois qu’on est au-delà de la vidéo. Après, il y a également le plaisir de la salle, de voir les films ensemble. Les gens voient les films autrement maintenant, souvent à la maison. J’essaye de réagir à ça. Je suis assez… c’est pas optimiste, mais il se trouve que je rencontre plein de gens passionnants. Par moments on peut se sentir déprimé, mais non. Il y a quand même 230 films en France chaque année. Il y en a quand même pas mal qui sont intéressants. Les gens disent " il n’y a plus rien depuis la Nouvelle vague" : mais ce n’est pas vrai ! Regardez la production de l’année 1960, vous allez voir le nombre de "daubasseries" ! On n’en retient que certains, toujours les mêmes, et on oublie le reste !

EN : Vous parliez de Cronenberg tout à l’heure. Qu’est-ce que vous appréciez chez lui ?

MA : Cronenberg, c'est très impressionnant. Il a fait tellement de choses. C’est toujours assez touchant les gens qui reviennent dans une forme qui pourrait sembler classique. Le classique est nourri de tellement de folie ! C’est la première fois par exemple qu’il retravaille avec le même acteur. On voir la complicité qu'il a avec Viggo Mortensen. Ca me touche beaucoup.

EN : Qu’aimez-vous d’autre dans le cinéma actuel ?

MA : En ce moment, je trouve que les filles qui font des comédies en France sont très fortes. Elles sont très culottées : prenez Noémie Lvovsky, Faut que ça danse. La scène de l’accouchement… Elle m’a fait mourir de rire. Il y a longtemps que l'on n'avait pas vu Azéma s'amuser comme ça. Et Actrices de Valeria Bruni-Tedeschi ! Ca me fait hyper plaisir ! Malheureusement, je ne suis pas allé beaucoup au ciné ces derniers temps. Je n’ai pas vu le James Gray, le Coppola… Il y en a plein !

EN : Et vous, allez-vous faire un film culotté ?

MA : J’espère, oui. Et déculotté, aussi car c’est sur des femmes qui se déshabillent. Mais en fait, il ne sera pas déculotté du tout car elles n’enlèvent jamais leur culotte ! Ce sont des femmes du New Burlesque américain, parfaitement ordinaires, qui se déshabillent sur un mode plutôt comique, très joyeux et parodique, en rébellion contre les corps formatés et la chirurgie esthétique...

EN : A part le cinéma, qu’est-ce qui vous nourrit en tant que cinéaste ?

MA : Je crois que c’est ça qui est bien : les gens qui font du cinéma sont des gens qui n'ont pas réussi à choisir, en fait. Tout nous nourrit tout le temps. Bertrand Bonello est un très grand pianiste, par exemple. Moi, pour tout vous avouer, j’aurais voulu être chanteur de rock….

EN : Vous aimeriez interpréter un musicien dans un film ?

MA : Hier, je rencontrais Joan Sfar, le dessinateur. Il va faire un film, là. Il voudrait s’inspirer de la vie de Gainsbourg. On doit faire des essais la semaine prochaine. Donc je dois essayer d'être Gainsbourg. Bon. Ca fait tellement peur… Un vrai fantasme.


   MpM

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