Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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Rohena Gera







 (c) Ecran Noir 96 - 21





La voix humaine. Un appartement au fond d’une impasse du quartier Bastille. Une pièce à la décoration dépouillée où trône un canapé de velours rouge. Assise dessus, une actrice blonde qui semble sortir d’un film d’Hitchcock, de Lynch ou d’Almodovar. D’une grande beauté, elle fume des cigarettes fines tout en parlant. Le visage lisse de Micky Sebastian invite à l’ombre comme à la lumière et suscite le fantasme des metteurs en scène. Au cinéma : Jean-Michel Ribes, Michel Drach, Claude Lelouch, Jean-Marie Poiré, James Ivory… Au théâtre : Robert Hossein, Raymond Gérôme, Jean-Pierre Bouvier, Jean-Luc Moreau… Micky Sebastian interprète aussi des héroïnes télévisuelles (Avocats et associés, Marion Jourdan, Sur le fil…) et prête sa voix aux stars hollywoodiennes. Dans Sex and the city, elle est la VF de Kim Catrall alias Samantha la croqueuse d’hommes. Pour Ecran Noir, elle parle du doublage, ce métier méconnu dans l’univers de la comédie. Il faudrait pouvoir joindre la bande son à cette conversation tant la voix de Micky Sebastian est à son image : grave et enjouée, rapide et profonde. Belle, totalement.
La voix de son être

EN : La voix de l’acteur de doublage épouse celle de l’original. Dans votre cas, ce qui est troublant, c’est la ressemblance avec les stars à qui vous prêtée votre timbre
MS : C’est un pur hasard car j’ai aussi doublé Whitney Houston dans Bodyguard. Je me souviens qu’au casting plusieurs actrices noires étaient sur les rangs. Pour moi, il ne faisait aucun doute que leur grain convenait mille fois mieux que le mien. Eh bien, non ! comme quoi… Cela demeure pour moi un souvenir très troublant d’identification à un personnage et à son interprète.

EN : Est-ce que l’appel de l’image de l’autre au point d’en être happé vous est arrivé ?
MS : Oui, mais cela dépend de l’œuvre que l’on double et de l’empathie que l’on ressent avec l’actrice et son personnage. Mais c’est vrai qu’il m’est arrivée d’être happée par une partition. D’avoir l’impression étrange de vraiment jouer le film alors qu’être debout dans le noir devant un micro et un studio avec des consoles ne prédisposent pas vraiment à cet état… Cela m’est arrivé lorsque j’ai doublé Jessica Lange…

EN : Dans Music box de Costa Gavras ...?
MS : Oui. Je redoutais la scène de la fin où elle règle ses comptes avec son père. Pourtant, elle n’a demandé qu’une seule prise. C’est Roland Bertin qui doublait Armin Mueller-Stahl. Je me souviens d’une émotion immédiate, absolue. Mais c’était un doublage particulier. Tout aussi prenant et prégnant qu’un véritable tournage.

EN : Pourquoi ?
MS : J’ai eu une chance énorme dès mes débuts dans le doublage. Je jouais à l’époque Jacques et son maître de Kundera sous la direction de Georges Werler. J’avais pour partenaire Jacqueline Staup qui me proposa un jour de faire du doublage. J’ai dû lui répondre : « C’est quoi le doublage ? » parce que par culture, par éducation, je ne voyais les films qu’en VO. Elle m’a appris que Costa Gavras faisait un casting de voix pour Missing. J’ai passé un essai et j’ai été choisie pour doubler Sissy Spacek. Je suis vraiment entrée par la très grandes porte ! (rires) J’avais pour partenaires Daniel Gélin, Catherine Allégret, Robin Renucci. Simone Signoret passait nous voir sur le plateau. À l’époque, le numérique n’existait pas et l’on doublait en « boucle ». Le doublage a pris quinze jours - une éternité par rapport à aujourd’hui ! - sous la direction de Costa Gavras et de Jacques Lévy, directeur qui travaillait aussi sur les plateaux des films de Roman Polanski. Costa et Roman sont des metteurs en scène particulièrement attentifs et exigeants pour le choix des voix. À la sortie de cette expérience, j’étais enchantée. Dans de telles conditions, le doublage devient une véritable création avec l’exigence et la rigueur artistiques que cela suppose.

EN : Et quelques années plus tard, vous retrouvez Costa Gavras avec Music box...
MS : Avec pour partenaire Roland Bertin. De voir cet acteur si brillant qui n’avait plus rien à prouver devenir comme un enfant tremblant devant cet exercice qu’il maîtrisait difficilement. C’était magnifique !... Le doublage est vraiment l’école de l’humilité puisque personne ne vous reconnaît et qu’aucun mérite ne vous est jamais accordé. Au mieux, votre nom est inscrit à la fin du générique, mais personne ne lit ça…

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