Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 24



La censure, le manque de moyens et les interdictions de tournage sont le quotidien de Li Yang. Malgré tout, le réalisateur chinois deux fois sélectionné et récompensé à Cannes veut continuer à croire dans le cinéma comme témoin privilégié de son temps. Mais après deux œuvres fortes qui ont fait grincer les dents des dirigeants chinois (Blind shaft et Montagnes oubliées (Blind moutain)), il se tourne résolument vers un sujet moins polémique, qu’aucun gouvernement au monde ne voudrait censurer : une histoire d’amour. Membre du jury au Festival des Cinémas d’Asie de Vesoul 2009, ce cinéaste malmené a prouvé qu’il est toujours debout.
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Li Yang : L'an dernier, j'ai voulu faire un film sur les enfants qui quittent la campagne pour la ville et se retrouvent dans la rue, sans nulle part où aller. Le titre aurait pu en être "Blind exode"... Je pensais tourner en 2008. Mais comme c’était l’année des Jeux olympiques, il a été refusé et le sujet censuré, donc je ne pourrai pas le faire. Du coup, j'ai trouvé un autre sujet et je suis en train d'écrire le scénario. Cette fois-ci, cela n'a rien à voir avec quoique ce soit de "blind" : trois fois, ça suffit ! Même si, comme il s'agit d'une histoire d'amour, j'aurais pu l'intituler Blind date... (il rit). Jusque-là, je m'intéressais aux problèmes sociaux, mais l'amour aussi est d'ordre social. Je n’ai pas le choix : pour survivre, je dois continuer à faire des films. Aucun gouvernement ne va refuser un film d’amour…

EN : Comment s’était passé le tournage de vos deux précédents films ?

LY : Les conditions n’étaient pas très favorables. Même s’ils n’ont pas coûté très chers, nous n’avions pas beaucoup d’argent. Comme Blind shaft était censuré en Chine, personne n’a osé investir dedans. J’ai dû emprunter et utiliser mes économies personnelles… Il a été tourné en cachette et jamais montré en Chine. J’ai ensuite reçu une punition : l’interdiction de tourner pendant trois ans.
Montagnes oubliées est tiré d’une histoire vraie mais j’ai dû apporter des modifications au scénario pour qu’il soit finalement accepté. En tout, on a coupé 40 morceaux… Dans notre pays, il est difficile de trouver des investisseurs pour ce genre de films car même le Bureau du cinéma ne veut pas qu’ils soient tournés…

EN : Justement, qu’est-ce qui vous a poussé à traiter ce type de sujets ?

LY : Je m’intéresse aux problèmes sociaux et en plus c’est la réalité maintenant en Chine. Je voudrais être le témoin de cette réalité par le biais du cinéma. Le pays se développe très vite, il y a des changements fulgurants. Si je n’enregistre pas ça, toutes ces traces seront perdues avec le temps.

Montagnes oubliées était le récit terrible d’une jeune femme mariée contre son gré et retenue prisonnière dans un village de montagne isolé. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce film ?

LY : C’est un problème qui était courant dans les années 90 et qui existe beaucoup moins de nos jours. Ce que je voulais présenter, ce n’était pas la misère mais comment les gens sortent de cette misère. Comment on peut commettre un crime sans s’en rendre compte. Pour moi, c’est également terrible de garder les bras croisés face à un tel crime. Il n‘y a pas de références particulières dans ce film. J’ai simplement interviewé de nombreuses femmes qui avaient été victimes de ces pratiques et j’ai mélangé toutes ces histoires.

EN : Qu'aimez-vous dans le cinéma ?

LY Je cherche une bonne histoire dans un bon film. Seule une belle histoire peut transmettre ce que le réalisateur veut dire au public. Mais bien sur, une belle histoire ne suffit pas : il faut aussi la bonne façon de la transmettre. Personnellement, j'aime les metteurs en scène européens en général, mais je n'ai pas d'idole en particulier. Ce qui m'a influencé, c'est la manière dont les films européens rendent compte de la réalité sociale. La nouvelle vague français, le néo-réalisme italien, des cinéastes allemands du renouveau comme Wenders ou Fassbinder... Si mes films ressemblent parfois à des documentaires, c'est pour raccourcir la distance qu'il y a entre le cinéma et le public, pour qu'il pense que les choses montrées à l'écran ont vraiment lieu dans la vie. C'est ce à quoi j'aspire, montrer la réalité.

EN : Pensez-vous comme l'invité d'honneur Mohsen Makhmalbaf que le cinéma peut changer le monde ?

LY : Non, je ne pense pas. Par contre, il peut faire réfléchir les gens. Créer de nouveaux regards sur les choses. Pour moi, un film, c'est avant tout un moyen de communication entre un réalisateur et un public.


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