Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



Karim Aïnouz
Toni Servillo
Félix Dufour-Laperrière
Jayro Bustamente
Gilles Perret
Hélène Giraud
Ryusuke Hamaguchi
Rohena Gera







 (c) Ecran Noir 96 - 22





Ariane Ascaride est certainement le compagnon de route le plus fidèle du cinéaste Robert Guédiguian et ce, depuis le premier film du cinéaste en 1980. Elle est son épouse depuis 1975 et a joué dans la presque totalité de ses films dont Marius et Jeannette qui lui a offert le César de la meilleure actrice en 1998. Nous l’avons rencontrée au dernier Festival International des scénaristes à Bourges où son mari était à l’honneur cette année. C’est d’ailleurs Robert Guédiguian qui devait être présent mais suite à des problèmes de santé, il n’a pu faire le déplacement. Ariane Ascaride est donc venue « remplacer » son mari et derrière ses lunettes rondes et sa petite taille se cache une femme qui s’affirme à chacune de ses paroles, une femme aussi sincère et franche que Robert Guédiguian, une femme heureuse de faire partie de cette bande d’amis, une femme droite dont le regard vous sonde sagement. Et vous parle de "complicité".


EN : Justement vous jouez toujours des personnages forts qui ont une vraie présence à l’écran. Pourquoi d’après-vous sont-ils toujours aussi intenses ?
AA : C’est d’ailleurs incroyable qu’un homme écrive souvent des personnages de femmes très fortes, qui sont des personnages décisionnels. Selon moi, Guédiguian pense que les femmes sont beaucoup plus fortes que les hommes. C’est vraiment quelque chose dont il est absolument persuadé. Et après, quand on lit des personnages comme ça sur un scénario, il faut monter à leur hauteur. Après, c’est aussi le fait de travailler avec une équipe qui est la même. Ce n’est pas simplement le réalisateur, c’est le chef opérateur, ce sont les acteurs. Vous savez, c’est toujours la même histoire, quand vous arrivez sur un film, il faut d’abord que vous rassuriez le metteur en scène en lui faisant comprendre qu’il a bien fait de vous choisir parce qu’en fait il est très inquiet. Il se dit « est-ce que j’ai bien fait de prendre cet acteur ou cette actrice ? ». Donc les trois premiers jours du tournage, l’acteur passe son temps à montrer au réalisateur qu’il a bien fait. Après, il faut que vous montriez à vos partenaires que ça va être bien de jouer avec vous. Nous n’avons rien à voir avec ça nous ! Donc, à partir de là, ça donne une liberté de création et de travail immense. Et c’est pour ça que les personnages sont pleins comme ça.

EN : C’est vrai qu’on a le sentiment que vous formez une communauté à part. Comme si c’était une bande de copains qui se réunissait pour…
AA : Mais c’est aussi ça. Très souvent la tournée d’été, on appelait cela notre université d’été. Faire un film avec Robert, c’est la possibilité d’être ensemble pendant deux mois tout le temps. Même si on se voit tout le long de l’année : il y en a toujours un qui tourne là ou l’autre qui est en tournée théâtrale, on ne peut pas se voir tous les jours. Pendant deux mois, on se voit au quotidien avec énormément de plaisir.

EN : Donc ça fait du bien de travailler toujours avec ces mêmes acteurs ?
AA : Ce sont des universités… c’est se poser aussi la question quand on travaille tous ensemble de où on en est - ça c’est en dehors du tournage - mais de où on en est par rapport à comment on se positionne dans la vie. Je ne peux pas vous dire mieux que ça. Où on en est dans notre parcours de vie. C’est aussi ça qu’il se passe quand on tourne avec Robert.

EN : C’est toujours une interrogation…
AA : C’est avoir le temps de se regarder un peu plus que lorsqu’on se voit une fois par semaine, c’est échanger plus par rapport à notre parcours de comédien ou par rapport aux enfants, comment ça va, est-ce qu’on est toujours avec la même femme ou le même mec. Qu’est-ce qui s’est passé dans le monde, quelles sont nos positions, comment on réagit par rapport à ça… Tout ça nourrit le tournage en plus de ce qu’on est en train de raconter. On est tous dans le même sens. On est dans le sens du film !

EN : Vous arrivez à faire la différence entre votre amitié, ce qui est en privé et l’histoire que vous racontez ?
AA : Bien sur ! On travaille énormément. Enormément ! Si vous voulez, quand vous dites « on a l’impression de voir une bande de copains », c’est formidable que vous me disiez ça parce que ça veut dire que vous ne voyez pas tout le travail. Et il y a énormément de travail.

EN : Je pense que c’est de là que vient toute la simplicité qui se dégage des films, le naturel…
AA : L’évidence ! C’est énormément de travail et cette alchimie du fait qu’on se connaisse bien.

Page précédentePage suivante