Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 23



Présenté en séance spéciale lors de la Quinzaine des Réalisateurs 2011, El velador de Natalia Almada est un documentaire tendu et chirurgical sur un narco-cimetière du nord du Mexique. Simplement en filmant la vie quotidienne dans ce lieu en grande partie dédié à la mémoire des trafiquants morts, la réalisatrice parle d’une violence omniprésente qu’elle ne montre jamais. Un document fort, tantôt décalé et ironique, tantôt humain et chaleureux, sur une certaine réalité du Mexique actuel.
EN : Est-ce qu’il a accepté tout de suite de participer au film ?

NA : : Pas tout de suite. Il m’a laissé tourner et peu à peu, il a accepté. J’ai tourné pendant environ un an et il s’est habitué à moi, et je me suis habituée à lui.

EN : Et globalement, avez-vous rencontré des difficultés lors du tournage ?

NA : : A la fin, oui. On m’a dit de quitter le cimetière. Quelqu’un s’est plaint que j’étais là et j’ai compris que c’était un peu une menace. Mais avoir pu filmer et tourner pendant un an, c’est beaucoup ! C’est parce que les ouvriers et Martin, le veilleur de nuit, m’ont protégée. J’étais toujours avec eux. S’il y avait quelqu’un qui arrive, j’étais avec l’équipe de travail, j’avais même un chapeau au nom du cimetière. Et puis nous n’étions que deux : je fais la caméra et le son, et il y avait juste quelqu’un qui habite dans la région qui m’accompagnait en permanence. Un homme fort (elle rit) pour s’occuper de la sécurité s’il y avait un problème.

EN : Il y a un autre personnage qui revient souvent dans le film, c’est une femme qui entretient une petite chapelle consacré à son mari défunt. Vous avez parlé avec elle avant de tourner ? Comment ça s’est passé ?

NA : On n’a pas beaucoup parlé, surtout avec les yeux. Après elle a dit oui à la caméra. Mais de toute manière, la façon dont je m’approche avec la caméra, c’est évident que je filme. Ce n’est pas caché, en secret. Je dis bonjour, même si c’est juste avec la tête ou les yeux. Pour eux, c’est un moment de deuil, il faut respecter cela. Ce n’est pas facile d’aller voir la veuve et de lui dire « je fais un film, etc.»

EN : En tournant pendant un an, vous avez dû récolter des heures et des heures de matériel ! Comment s’est passé le montage ?

NA : Je suis aussi monteuse, donc j’ai commencé à faire le montage en même temps que je tournais. Les deux choses ont progressé en parallèle.

EN : Avant de commencer, vous aviez un scénario ?

NA : Oui, j’avais une trame de départ, c’est nécessaire pour trouver des financements. Mais il y a toujours des surprises, sinon on ne ferait pas de film. L’idée de faire quelque chose sur la violence en observant la vie quotidienne, de regarder comment les gens doivent continuer chaque jour malgré le climat de violence, tout ça n’a pas tellement changé entre l’écriture et le tournage. Pour comprendre ce qui se passe au Mexique, il faut comprendre la situation socio-économique. C’était très important de parler de violence sans la montrer car au Mexique, les images de violence sont toujours très graphiques. Et comme il y en a beaucoup, on ne réagit pas. On est anesthésié car c’est trop fort. On ne peut rien y faire. Les gens préfèrent fermer les yeux.


   MpM

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