Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 24



A moins de trente ans, Anthony Chen est devenu en mai dernier le nouveau réalisateur asiatique à suivre. Il est en effet le premier Singapourien à recevoir la prestigieuse Caméra d’or pour son long métrage Ilo Ilo. Déjà remarqué pour ses courts métrages (dont Ah Ma, mention spéciale à Cannes en 2007 et Haze, sélectionné à Berlin en 2008), le jeune cinéaste a séduit le jury emmené par Agnès Varda avec une chronique familiale sensible sur fond de crise financière, directement inspirée de son expérience personnelle.
Ecran Noir : Que signifie le titre de votre film, Ilo Ilo ?





Anthony Chen : Une jeune femme philippine a travaillé comme domestiquee dans ma famille pendant 8 ans. Elle s’appelait Teresa. Elle est partie quand j’avais douze ans. Je ne l’ai jamais revue. Mais il y a une chose dont je me souviens précisément, c’est le lieu d’où elle vient. Cela s’appelle "Ilo Ilo". C’est une province des Philippines. Le nom est si joli qu’il est toujours resté dans ma tête, et j’ai décidé d’en faire le titre du film.

EN : Cette jeune femme vous a laissé un souvenir si prégnant que vous avez décidé de faire votre premier film sur elle, et de lui donner ce titre…

AC : En fait, je n’ai pas vraiment choisi ce sujet. Je n’ai pas du tout pensé à elle pendant des années. Et puis il y a quelques années, mon enfance a commencé à me revenir en mémoire. Je repensais au passé. Et je me suis souvenu de combien j’avais pleuré à l’aéroport le jour où elle est partie. Je me suis saisi de ce petit morceau d’émotion. Je ne suis pas trop sûr de ce qu’il représente, mais j’ai commencé à écrire à partir de ça. Plus j’écrivais et plus l’émotion devenait plus claire, plus précise. Donc ce n’est pas comme si j’avais pensé à elle sans arrêt pendant touts ces années, mais parmi mes souvenirs d’enfance, elle était là.

EN : Dans quelle mesure diriez-vous que le film est autobiographique ?

AC : Il est inspiré par mon enfance, mais je ne dirais pas qu’il est autobiographique parce que j’étais un petit garçon très sage, pas aussi turbulent que mon personnage ! Mais certaines émotions, certains traits de caractère des personnages sont assez semblables. Mon père a perdu son travail quand j’avais sept ans. Il y a eu une grosse crise financière. Les marchés financiers asiatiques se sont tous effondrés. Beaucoup de sociétés ont fermé. Et après avoir perdu son travail, mon père n’en a jamais retrouvé un du même niveau. Je me souviens aussi des poulets que notre bonne tuait et qu’on mangeait… Toutes ces images sont authentiques. Mais j’ai aussi dramatisé les situations.

EN : Au fond, c’était assez naturel pour vous de raconter cette histoire dans un premier long métrage…

AC : Oui, c’était assez naturel. Je voulais raconter quelque chose de personnel, quelque chose qui vienne du coeur. Pour mon premier film, je voulais que le sujet soit sincère et modeste. Il n’y avait pas besoin de quelque chose de cher ou de spectaculaire.

EN : Dites-nous quelques mots sur vos personnages qui s’avèrent tous, à la fin du film, très différents de ce qu’on aurait pu penser au début.

AC : Je crois que tous les personnages se donnent beaucoup de mal pour atteindre un but : le succès, l’argent… Ils en oublient que ce qui compte dans la vie, ce sont les gens, la famille… C’est ce qui leur arrive à la fin : ils se rendent compte qu’ils ont beaucoup perdu. Et en même temps, ils comprennent plus de choses sur les rapports humains et les liens familiaux. Quand ils se retrouvent sans rien, ce n’est pas qu’ils soient plus heureux, mais ils ont plus d’espoir qu’avant.
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