Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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De passage à Bruxelles pour la promotion de L'Histoire de l'amour, nous avons eu la chance de discuter quelques instants avec Radu Mihaileanu, un réalisateur plus romantique et optimiste qu'il n'y paraît. Rencontre.
Ecran Noir: Où L'Histoire de l'amour a-t-il été tourné ?





Radu Mihaileanu: Ça a été tourné à New York, bien évidemment. On y était pendant deux semaines. Après on a tourné une partie de New York à Montréal, comme tous les Américains le font aujourd'hui. Les parties polonaise et chilienne, ça a été fait en Roumanie.

EN: Vous avez choisi la Roumanie pour des questions de budget ?

RM: Non. Tout d'abord parce que je suis roumain d'origine et j'y ai fait 3-4 films donc j'ai mon équipe et je maîtrise mieux quand c'est fait là-bas. Et aussi pour trouver un village sans antenne parabolique, sans béton, etc. qui fasse village des années 1930-1940. C'était compliqué. Même en Europe de l'Est !

EN: Le tournage a duré combien de temps ?

RM: En tout, 11 semaines. Mais il faut y ajouter les temps de voyages entre les pays.

EN: Pas trop compliqué de gérer plusieurs équipes sur plusieurs continents ?

RM: Ah si, c'était compliqué ! Mais j'ai tourné dans le monde entier, souvent avec plusieurs équipes. Donc là il fallait juste gérer la logistique complexe. Mais une équipe de base créative et compétente était là tout le temps. Ce sont mes fidèles collaborateurs. Ce qui est compliqué finalement, c'est de préparer les tournages à l'avance et d'arriver dans le pays en espérant que tout sera prêt.

EN: Vous travaillez souvent avec les mêmes personnes ?

RM: Il y en a un qui a fait tous mes films, c'est mon assistant Olivier Jacquet. Chef-opérateur, décor, costumes, ils en ont fait quatre ou cinq sur six. J'ai beaucoup de membres fidèles dans mon équipe.

EN: La recherche de financements n'a-t-elle pas été trop difficile pour L'Histoire de l'amour, qui est un assez gros budget ?

RM: C'était moins compliqué qu'on ne le craignait. Il y a eu véritable enthousiasme au niveau du scénario et le fait que mes films antérieurs aient marché et qu'ils soient voisins en termes de thématiques a aidé. Les Américains l'auraient fait pour le triple du budget ! Il y avait énormément de travail à faire au niveau des décors, des ordinateurs partout sur le tournage. On a dû recréer des pages Facebook, MSN, etc. Mais quand on est entouré de gens compétents, ça va.

EN: Comment êtes-vous tombé sur le roman de Nicole Krauss ?

RM: Je l'ai tout d'abord lu comme un simple lecteur quand il est sorti en 2005 et je l'ai adoré. Ca m'a bouleversé, il me parlait d'une manière très profonde. Je ne pensais pas en faire un film. Et il y a trois ans, deux producteurs qui ont également aimé le livre ont mis une option dessus, sont venus me voir et m'ont dit 'On sait que t'as aimé le livre, il faut le faire, on va le faire, il n'y a que toi qui peut le faire.' J'ai relu le livre et je leur ai dit 'Ok.' Mais j'étais un peu affolé.

EN: Pourquoi cela ?

RM: Parce que notre monde manque d'amour. Ca se traduit par un tas de choses violentes, glauques, sombres. Je ne voulais pas me laisser aller, j'avais envie de dire aux gens avec L'Histoire de l'amour qu'il y a toujours de l'espoir. Je voulais montrer des exemples de dingues qui arrivent à rester debout !

EN: Dans le film, Sophie Nélisse dit 'L'amour n'existe que dans les livres.' Vous le pensez ?

RM: Je pense qu'aujourd'hui il y a beaucoup de gens qui ne croient plus que l'amour existe. Certains sont tellement déçus qu'ils manquent de confiance. On n'arrive plus à croire que l'autre puisse nous aimer longtemps. On ne veut plus s'engager pour pour ne plus souffrir. (…) Le désir du grand amour existe chez tout le monde. Il n'y a personne qui ne désire pas aimer et être aimé. Même Donald Trump.

EN: Ce désir, vous le constatez aussi auprès de vos enfants ?

RM: Plus ou moins. Les jeunes d'aujourd'hui ont tellement peur de la rupture qu'ils ne veulent pas entamer la relation. Ils ont peur que l'autre surfe sur la relation, que l'autre like mais n'aime pas vraiment, que cela ne dure pas longtemps. L'amour existe, ça je le crois. Il suffit de ne pas avoir peur de l'échec ou peur de se prendre une gamelle parce que ça fait partie de la vie.

EN: Mais en amour, n'y a-t-il pas aussi un facteur chance ?

RM: On m'a raconté une blague il n'y a pas longtemps: c'est un type qui prie tous les jours pour gagner au Loto, de ses 5 à 99 ans. Et à la fin de sa vie, Dieu lui dit : 'Mais pauvre con, pour que je t'aide à gagner, il faut que tu joues !' Aujourd'hui, on est dans une logique où tout le monde espère avoir un peu de chance sans jamais vouloir prendre de risque.

EN: Finalement, L'Histoire de l'amour c'est un film sur la quête de l'amour ou sur un amour manqué ?

RM: Je dirais sur la quête de l'amour. L'amour n'est pas bien vécu dans L'Histoire de l'amour mais ce n'est pas pour ça qu'il faut abandonner. Avec ce vieillard et cette jeune fille, on voit que le demi-échec de l'un peut favoriser la réussite de l'autre. Même si le personnage de Leo ne vit pas complètement sa relation avec Alma, il est rempli d'amour pour cette femme. Ce n'est pas un film pessimiste. Pour moi, le verre n'est pas à moitié vide mais à moitié plein ici !

EN: Vous vous retrouvez dans le personnage de Leo ?

RM: Je me retrouve dans sa force. Je ne dis pas que je pourrais aimer une seule femme toute ma vie mais je comprends sa volonté de se battre. Surtout ces jours-ci, quand on nous dit que tout perdu, que la politique c'est foutu, que la démocratie c'est foutu, que l'amour entre les gens c'est foutu. Même si on se prend des tsunamis dans la gueule, il faut se battre.

EN: Vous songez à re-tourner avec Gary, votre fils qui est acteur ?

RM: C'est un rêve ! Mais il faut que j'ai la bonne histoire et le bon personnage. Plus jeune, il voulait bosser en régie donc il a été stagiaire sur le tournage du Concert et il a un petit rôle dans La Source des femmes. Dans L'Histoire de l'amour, il fait une petite apparition lors de la scène du bateau, quand les immigrés arrivent à New York. Mais oui, j'ai vraiment hâte d'avoir un bon film entre les mains avec un personnage fait pour lui.

EN: Si vous deviez donne un seul conseil à vos enfants, ce serait lequel ?

RM: Soyez heureux ! Quoi qu'il se passe, faites en sorte d'être heureux, ayez des gens que vous aimez autour de vous parce que la vie passe vite. Quand ils étaient plus jeunes, qu'ils étaient perdus et qu'ils me demandaient conseil pour savoir ce qu'ils devaient faire dans la vie, je leur disais 'Je m'en fous du moment que c'est un travail qui vous rend heureux !'

EN: Quel est le dernier film qui vous a marqué ?

RM: Divines ! C'est évident, Uda Benyamina aura le César du meilleur premier film. Je trouve les deux actrices principales (Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, ndlr) incroyables. J'ai adoré le fait que, pour une fois, on montre la cité comme un lieu d'humanité, créatif et où il y a de l'amour.


   wyzman