Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 22



Dimanche 11 avril, dans l’après-midi au second étage de l’Hôtel Dassault, Louisa Maurin, déléguée générale, nous parle du festival du film de Paris qui s’est ouvert depuis le 6 avril.
Ecran Noir: Chère Louisa, le festival a commencé depuis mardi 6 avril dernier. On est à peu près à mi-parcours, et je voulais avoir votre sentiment actuel sur le plan de l’organisation, des films, sur le plan des relations avec les professionnels du cinéma ?





Louisa Maurin: Au niveau de l’organisation, déjà, on est très gâté par le lieu, que ce soit au Gaumont Marignan ou bien à l’Hôtel Dassault, c’est vraiment magique. Alors donc, c’est sûr que c’est plus facile de s’organiser. Ce qui me surprend, ce qui est extrêmement agréable, c’est qu’il y a vraiment un public énorme. On est, j’allais dire, en surcapacité en permanence, c’est-à-dire, qu’on refuse des spectateurs à certaines et on le regrette, parce que ça veut dire qu’il faut qu’on s’agrandisse entre 100, 150 personnes, que ce soit pour les métiers du cinéma, pour les films. Là, tout à l’heure encore, pour le film “C’est pas ma faute”, on a refusé 200 personnes. Mais c’est affreux parce que toutes les séances sont absolument pleines, même à 9h30 du matin. Donc ce qui veut dire que le public a répondu présent. Ca, c’est une chose essentielle: le public a répondu présent en masse, le message est passé, la mayonnaise à pris avec le public, c’est absolument génial. En ce qui concerne les professionnels, ce qui est le plus caractéristique cette année, c’est que toutes les équipes des films sont là, que ce soit des films en compétition ou même des films tout simplement en séance spéciale. Enfin, il y a énormément de gens des films pour soutenir les films. Il y a une sorte de rencontre magique entre le public et les professionnels qui sont formidables. Le bilan à mi-parcours, c’est que pour l’instant c’est un sans faute, mais c’est pas fini encore !

EN : C’est un succès justement. Comme vous le dites, le public est au rendez-vous...

LM: Oui, complètement, les professionnels aussi sont au rendez-vous, parce que vraiment cette année je suis très surprise par le nombre d’équipes du film, de réalisateurs, etc.. qui viennent soutenir leur film, ça c’est très bien, et là, à toutes les séances vous avez une présentation, l’équipe est là et c’est magique !

EN: Ca fait une équipe de combien de personnes au niveau de l’organisation que vous gérez sur le festival ?

LM: Là, sur le festival en ce moment, on doit être 130 personnes, sécurité, hôtesses compris, en permanence, et c’est très lourd. Je pense que ça va devenir de plus en plus lourd.

EN: Est-ce que c’est facile à gérer ?

LM: Oui, mais c’est quand même l’aboutissement d’un travail de toute une année. Donc, quand on voit le résultat, c’est bien, on en profite quelques part, on essaie d’en profiter le plus possible.

EN: On a vu qu’il y avait la séance d’autographe Sheaffer qui marchait très bien. Les acteurs répondent présents. Il y a l’espace multimédia Wanadoo qui est très consulté... Donc, cela fait aussi des choses que vous teniez à ce que ça fonctionne ?

LM: Ah oui... L’espace Wanadoo, c’est incroyable. Les gens sont collés toute la journée. Il y a énormément de monde. Les séances Sheaffer, vous avez vu le succès de Thierry Lhermitte tout à l’heure, c’est insensé. Et ce qui marche aussi beaucoup c’est les métiers du cinéma. Là aussi, on refuse énormément de monde, c’est affreux d’être victime de son succès. Donc, à la fois c’est bien, et à la fois ça veut dire qu’il faut penser à s’agrandir.

EN: Sur le plan des films, est-ce que vous avez eu le temps de voir des films qui sont passés sur le festival ?

LM: Je les ai tous vus avant.

EN: Est-ce que vous avez justement un coup de coeur par rapport à ces films ?

LM: Le fait que je les ai sélectionnés, c’est que je les ai aimés tous. J’en aime plus certains que d’autres, mais cela m’est difficile de dire l’un ou l’autre. J’aime beaucoup la sélection officielle, parce que moi, ce que je vois, je ne sais pas les critiques extérieures, c’est assez équilibré. On a essayé de faire à la fois du français et de l’international, même au niveau du contenu des films. Il n’y a pas d’inégalité entre les films. En tout cas, je ne pense pas. Dans la sélection publique non plus, les films se valent les uns les autres, enfin se valent n’est pas le mot, mais il n’y a pas trop d’inégalités. Après, il y a les films qu’on aime ou qu’on aime pas. Les films juniors du matin, c’est bien ciblé. C’est pour les enfants, ce qu’on appelle les juniors : 12 ans. Et puis, par exemple le film C'est pas ma faute tout à l’heure...

EN: Beaucoup de jeunes d’ailleurs...

LM: Oui, c’est un film pour les 4/12 ans. Il y avait d’ailleurs beaucoup de gens, des adultes, qui voulaient le voir, mais c’est un très beau film parce qu’on n’a pas beaucoup de films pour cette cible là, français en tout cas. Il y en a, mais pas français. Je trouve que Louis Becker, Thierry Lhermitte font une équipe formidable pour cette cible là. Les gosses dans la salle, tout à l’heure, étaient enchantés de savoir que Thierry Lhermitte était là parce qu’en fait ils pensaient que le film c’était une suite de “Un indien dans la ville”, ce qui n’est évidemment pas le cas du tout.

EN: Je voudrai revenir un petit peu à la sélection du jury. Donc l’année dernière, c’était un jury plus international, avec l’acteur américain Sean Penn, président d’un jury de tout horizon. Et cette année, c’est peut-être l’influence de monsieur Daniel Toscan du Plantier ?

LM: Non, c’était le premier jury d’adulte l’année dernière jusque là. Auparavant, c’était un jury de jeunes uniquement, donc on a eu de la chance d’avoir Sean Penn à ce moment... Donc, c’était forcément plus international. Ensuite, on a eu la chance d’avoir Mike Ecknall du groupe Simply Red. Cette année, on a eu la chance d’avoir Jean-Pierre Jeunet. C’est vrai que c’est un jury qui est très équilibré: Philippe Djian, c’est formidable, Nathalie Baye, Said Taghmaoui, André Dussollier... c’est à la fois homogène, équilibré.

EN: C’est la représentation de la profession ?

LM: Oui, la profession, mais à la fois vu des acteurs, des réalisateurs et des producteurs parce qu’il y a la productrice Claudie Ossard, puis l’écrivain Philippe Djian. Ca s’est fait naturellement... Vous savez, un jury, ça ne se fait pas... on ne calcule pas, on ne dit pas « on va mettre un étranger, un truc, un machin etc... » Ca se fait tout seul, comme ça, Jean-Pierre (Jeunet) a accepté, Nathalie (Baye) a accepté... C’est affectif un jury, donc je le trouve très, comment dire, ça a de la tenue, ils sont tous bien.

EN: Justement au niveau du jury comment ça se passe pendant le festival? Vous êtes très au contact du jury ?

LM: Ah oui bien sûr. Si vous voulez tout savoir, c’est une organisation, on a une, voir des personnes, qui s’occupe que du jury, donc à la fois de leur planning, etc... Eux sont là tous les soirs pour voir les films en compétition. Ils restent aussi après les projections. Ils se parlent et s’organisent entre eux. Vous savez, dans un festival, il y a plusieurs vies si je puis dire. Il y a la vie du public, la vie du jury qui s’organisent entre eux, mais aussi la vie des équipes de films, parce qu’on reçoit cette année pratiquement tous les étrangers, tous les films étrangers. Les gens se voient à l’hôtel, se connaissent, tout ce monde là se parle, se rencontre, se donne rendez-vous au festival. Donc oui, comme ils n’ont que 8 films à voir, enfin le jury officiel, j’entends, ils n’ont pas besoin de se parler tout le temps. Comme disait Jean-Pierre Jeunet : « Ca suffira le jour de la délibération », parce que 8 films ce n’est pas beaucoup.

EN: Et au niveau du prochain festival, est-ce qu’en ce moment vous commencez à travailler ou vous attendez que le 14e festival prenne fin ?

LM: Dans ma tête seulement, je le prépare, mais dans la réalité évidemment non. Dans la réalité, on est en plein dans celui-là. Ce n’est pas fini, il y a encore quand même 3 jours pleins. Mais tout de suite après celui-là, on prépare l’an prochain. Mais l’an prochain étant un festival assez spécial, parce que d’abord on rentre dans le cadre des festivités de l’an 2000, donc on va préparer des choses formidables qui demandent des mois de préparations. Donc effectivement, sorti de celui-là, je serai matériellement dans l’autre. Aujourd’hui, je n’y suis que dans ma tête. Parfois par moment, je me dis : “ca l’année prochaine , faut pas le refaire, pour l’année prochaine, faut voir si ou bien voir ça”. Sûrement que la capacité des salles, on va y penser. Ca c’est certain, on va y penser dès le lendemain du festival...

EN: Justement, le fait que le festival du film de Paris soit sur Internet, est-ce important pour vous d’être sur le plus grand réseau mondial de communication ?

LM: C’est important, c’est même très important. Personnellement, je ne suis pas encore utilisatrice, ça va venir, donc je ne m’en rend pas compte. Mais, intellectuellement, je sais ce que ça représente. Je pense que c’est un outil, bon évidemment, qui va devenir de plus en plus incontournable. C’est un moyen de communication qui est tellement pratique. Ca me fait penser au début du téléphone, quand on avait un téléphone, il fallait faire un numéro, l’opératrice qui vous donnait etc... et tout d’un coup, on est arrivé au téléphone portable. Et au niveau d’Internet, on est tout juste au début. On y va droit dedans, c’est-à-dire que dans très peu de temps, tous le monde sera équipé.

EN: Pas mal de professionnels du cinéma travaillent déjà avec cet outil comme dans la distribution, la production. Même les acteurs ont pour certain une adresse électronique. On sent une mouvance...

LM: On sent une mouvance énorme, parce que c’est un moyen d’avoir un accès aux gens chez eux, c’est encore plus affectif que la télé, c’est vraiment une relation à deux. Vous avez un site web pour un film, un festival etc... On est chez les gens, en relation directe avec la personne, il y a pas d’autres intermédiaires. Ca, c’est formidable! Chez des gens du monde entier en plus...

EN: Le festival compte s’ouvrir sur le monde, si j’ai bien compris, avec des capitales ou plutôt des grandes villes comme Los Angeles, donc ce sera d’autant plus utile de privilégier l’internet ?

LM: Oui, bien sûr. C’est indispensable. La première fois qu’on a eu un fax, ça a 12 ans les fax, c’est récent quand même, nous on ne peut plus sans passer, déjà c’était magique. On faisait porter des lettres à Paris. Puis un jour, il y a une copine d’un bureau, qui m’a dit ; “ Vous savez maintenant, il y a un truc magique c’est le fax!”, et aujourd’hui le fax c’est ringard. On est passé à autre chose avec les e-mails. Et là avec les Etats-Unis, nous ne communiquons que par e-mails. Il y a eu le fax etc...Et on reçoit des messages de Los Angeles, de professionnels du cinéma de là-bas parce qu’ils ont consulté Internet, c’est extraordinaire! C’est magique! J’espère qu’on pourra envoyer bientôt les extraits des films par Internet. Je trouve ça extraordinaire pour travailler vite. En tout cas eux (Etats-Unis) ils l’ont bien compris, parce que le nombre d’e-mails qu’on reçoit est important... D’ailleurs quand on leur envoie un fax, ils se demandent si on va évoluer (éclats de rire). Mais, c’est bien, on envoie des dossiers entiers, on gagne du temps et de la proximité avec les gens. Cette proximité que ne crée pas le téléphone bizarrement, alors que c’est tout aussi magique.

EN: Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la fin du festival? Plus de monde ?

LM: Ah non! (rires) Non, les pauvres on va les refuser, c’est dommage. Je souhaite juste que ça se passe bien, qu’il n’y ai pas de soucis, que le films primé, on le sera mardi soir, que ce soit un bon film, celui qui aura le Grand Prix, que les équipes du film soient contentes.

EN: Très bien, nous vous remercions beaucoup Louisa.

LM: Je vous en prie.


   Anne-Sophie & Bertrand & Chris