Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 24





Pour son portrait, et malgré sa résistance à s’épancher, Françoise Fabian a accepté d’égrener pour Ecran Noir quelques souvenirs de son cinéma. Voici les bribes d’une conversation subjective avec, entre les lignes, le talent qui rivalise avec la pudeur.


EN : Le voleur de Louis Malle
FF : J'adore les costumes. J’adore les créateurs de costumes. Quel plaisir de changer d’apparence, de se transformer ! C’est pourquoi je n'aime pas faire des photos parce que je ne suis que moi-même. Quand je joue au théâtre, je suis complètement investie par le personnage pendant la représentation. Au salut, je suis livrée à moi-même, et je ne sais plus où me mettre. On me dit : "- Souris au public, souris..." Moi, ça m'intimide terriblement ! J'aimais beaucoup Louis Malle. Le plus beau film que j’ai vu de lui est son dernier : Vanya, 42e rue inspiré de Tchekhov. Une œuvre magnifique. Sublime ! Louis Malle ne faisait pas d'esbroufe. C’est un immense metteur en scène classique qui a réalisé les films qu’il avait envie de faire. Pendant le tournage du Voleur, il était très tranquille, pas du tout autoritaire, très bien élevé. Mais il savait aussi se faire respecter. On ne plaisantait pas avec lui. Sur le plateau, on entendait une mouche voler... Malheureusement, j’ai une histoire avec Louis Malle qui est un peu douloureuse car, au départ, il pensait à moi pour le rôle de Geneviève joué par Marie Dubois. Son costumier sur le film qui était aussi son alter ego a remis son choix en question lors des essayages. Il me voyait plus dans le personnage d’Ida, la modiste. Rôle beaucoup moins riche que celui de Geneviève. J'ai pleuré un peu. Malgré cela, j’ai accepté parce que j'avais très envie de travailler avec Louis Malle. Mais, j’ai eu du chagrin.

EN : Raphaël ou le débauché de Michel Deville
FF : Ce film enlevé, aérien se joue comme une comédie. Il demande de jouer dans un rythme précis. C'est ce que j'appelle le "jeu jazz". Des acteurs jouent jazz, d’autres pas. Je crois que j’ai été choisie sur Raphaël... lors d’une soirée chez mon agent Olga Horstig. J'étais un peu spectaculaire ce soir-là. Je portais un grand chapeau de velours noir. Bref, je m'étais faite belle... Je voyais bien que Nina Companez et Michel Deville me regardaient intensément. Je pensais : "- Qu'est-ce que j'ai ?... Je suis ridicule ?" Nina s'est approchée de moi et m’a dit : "- On a quelque chose pour vous." C'était à l’époque du succès de Ma nuit chez Maud. J'étais très à la mode. On me proposait tout. Même des choses qui n'étaient pas pour moi. J'ai dit non à beaucoup de films. J'ai refusé aussi de faire de la publicité parce que n'avais pas envie de faire n'importe quoi. D'être tout le temps sur le devant de la scène. Je n’ai jamais été carriériste. J'avais des désirs de liberté, de voyager, de ne pas être visible tout le temps et de me livrer à tout le monde. Et, il ne faut pas l'oublier, je n'ai jamais quitté le théâtre. J'aurais fait davantage de cinéma si je n’avais pas fait de théâtre...
Plus que devenir star, j’ai essayé d’être une bonne comédienne. Vous savez, ce métier est difficile. Quand on choisit de faire un film, on ne sait pas à l'arrivée quel sera son résultat. On dépend tellement du regard du metteur en scène. Son amour est indispensable car il est le premier spectateur auquel on se livre. Même si son regard est au-dessous de vos espérances, si l'aventure s'avère négative ou peu brillante, il faut essayer d’être au meilleur de soi-même. Je n’ai jamais voulu qu'on me reproche d'avoir été mauvaise...
L’aventure de Raphaël... a été un vrai bonheur. C’est une œuvre élégante et lyrique comme un livret d’opéra. Un film travaillé avec beaucoup de cœur et de talent.

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