Cinéma et politique

Posté par MpM, le 2 février 2008

Les rencontres avec le public sont parfois éprouvantes pour les réalisateurs. L'Indien Shivajee Chandrabhushan, dont le premier long métrage Frozen est en compétition, l'a un peu appris à ses dépends. Après sa participation à plus d'une douzaine de festivals internationaux, il s'est vu interroger pour la première fois sur la portée politique de son film lors de la première française à Vesoul. Parce que l'intrigue familiale qui suit une jeune fille grandissant aux côtés de son père et de son frère se déroule dans un village reculé du Ladakh (situé dans la partie orientale du Jammu-Kashmir, à la frontière du Pakistan) où l'armée fait des manœuvres, les spectateurs y ont vu une violente diatribe antimilitariste...

Très surpris, Shivajee a expliqué que l'inspiration du film lui venait pour moitié d'une expérience personnelle (un ami imaginaire lui ayant tenu compagnie lors de son enfance solitaire) et pour moitié de la bande dessinée Calvin et Hobbes (!) où la peluche de tigre se transforme, dès que les adultes ont le dos tourné, en un formidable compagnon de jeu. Les "ennemis" traqués par les soldats sont ainsi une simple métaphore de l'ennemi intérieur que chacun a en nous, et qui est le plus difficile à combattre, en opposition à ces "amis intérieurs" qui nous accompagnent dans tous les moments de notre existence. Chacun apporte ce qu'il est et ce qu'il perçoit dans les films qu'il regarde, ce que le jeune réalisateur a admis bien volontiers. Mais dans le cas présent, s'en tenir à cette vision engagée et militante n'est pas faire honneur à cette œuvre à la portée éminemment plus riche, de sa beauté plastique époustouflante et novatrice à ses résonances humaines et intimes (le passage à l'âge adulte, le sens du devoir, la filiation...) complexes et profondes.

Curiosités

Posté par MpM, le 1 février 2008

Pour être un bon festivalier, il faut être curieux, voire carrément aventureux. En cette veille de week-end, le panorama du cinéma tadjik offrait deux occasions de repousser les frontières de l'expérience cinématographique. Roustam et Soukhrab de Boris Kimiagarov, d'abord, un peplum improbable de 1971 où deux formidables guerriers s'entretuent sans savoir qu'ils sont père et fils. Adapté en cinémascope d'un poème extrait de l'oeuvre Chahname de Ferdousi, qui compte les guerres perpétuelles entre Perses et Tourans aux 8e et 9e siècles, il exacerbe les grandes émotions (haine, vengeance, amour, honneur) sur fond de fresque épique à l'esthétique kitsch et plutôt fauchée. Curieusement, il propose assez peu de scènes d'action, hormis quelques combats singuliers peu spectaculaires et d'innombrables chevauchées échevelées dans des paysages sauvages, mais d'interminables dialogues élégiaques qui font ressembler ces farouches guerriers à de vieilles femmes plaintives. Le destin et l'ironie du sort y jouent bien sûr un grand rôle et sous les yeux ébahis du spectateur, malgré tous les indices, Roustam aveuglé par la haine ne reconnaît pas son fils. Une fois décillé, il se lancera dans une longue diatribe contre l'infamie de la guerre décidée par les gens puissants pour faire mourir les plus modestes...

Dans un genre très différent, Les enfants du Pamir de Vladimir Motyl, également adapté d'un poème (Lénine au Pamir de M. Mirchakar) est une sorte d'ovni cinématographique qui, malgré sa date de réalisation tardive (1963), s'inscrit dans la droite ligne du cinéma soviétique des années 20 d'un point de vue aussi bien esthétique (utilisation de la profondeur de champ, contre-plongées expressives sur les enfants, choix des cadres...) qu'idéologique (il y est questions des bienfaits de la révolution dans un hameau lointain du Pamir). Mais ce qui fait réellement son charme, c'est le mélange extrêmement novateur de scènes expressionnistes, de séquences d'animation et même de passages muets qui donnent à cette histoire désuète une véritable force dramatique.

Voice over

Posté par MpM, le 1 février 2008

Pas toujours facile de trouver des versions françaises d'oeuvres kazakhes ou indiennes, surtout quand elles sont anciennes et inédites. D'où les bienfaits du sous-titrage électronique qui permet aux festivals de proposer une traduction spécifique adaptée aux spectateurs. Mais la technique étant ce qu'elle était, on n'est jamais à l'abri d'une panne ! En pleine projection des Enfants du Pamir, film tadjik, la programmatrice et traductrice Eugénie Zvonkine a ainsi pris le relais au pied levé, proposant une traduction "live" des dialogues, le temps que les circuits électroniques se remettent en route. Les spectateurs, qui ont découvert lors des éditions précédentes les joies des "voice over" soviétiques (une voix-off unique lit une traduction éthérée des dialogues, couvrant les voix des acteurs), ont à peine sourcillé, juste satisfaits que, quoi qu'il arrive, il soit toujours possible de suivre l'histoire.

Mauvais pressentiment pour Masahiro Kobayashi

Posté par MpM, le 31 janvier 2008

Le réalisateur Masahiro Kobayashi, qui avait accepté d'être le président du grand jury international de cette 14e édition, a été rappelé en urgence au Japon dans la nuit de mercredi à jeudi suite au décès de son père. Après s'être associée à sa douleur, l'organisation du festival a demandé au réalisateur hongkongais Stanley Kwan de devenir son porte-parole pour la durée de la manifestation.

Brave story

Posté par MpM, le 31 janvier 2008

Premier coup de coeur du festival, cet animé de Koichi Chigira, adapté d'un roman à succès de la littérature japonaise, séduit par la fluidité de son graphisme, notamment l'utilisation du mouvement pour recréer de effets de mise en scène traditionnelle, et son sens de la narration. Véritable enchantement visuel (on passe du monde coloré et gai de 'Vision' à la réalité terne et froide de 'Reflet', en passant par les moments d'épreuve franchement glauques et sombres), il nous emporte dans une suite d'aventures jamais niaises ni faciles, mais toujours fascinantes.

Comme souvent dans le manga ou l'animation asiatique, le coeur du film s'avère par ailleurs une réflexion douce amère sur la question du destin. Peut-on modifier le cours de son existence à n'importe quel prix ? A-t-on le droit d'exiger le bonheur au détriment de celui des autres ? La prise de responsabilité et le choix du meilleur chemin possible font partie du voyage, forcément initiatique, mais sans la lourdeur morale qui caractérise souvent les dessins animés occidentaux à destination des plus jeunes. Ici, le public adulte y trouve lui aussi son compte, émerveillé par les prouesses esthétiques comme par la cohésion de ce monde complexe et chatoyant.

Le Cahier

Posté par MpM, le 31 janvier 2008

Aucun doute, Hana Makhmalbaf ne renie pas son nom. Sur les traces du cinéma engagé et symbolique de son père, elle met en scène dans Le Cahier une petite fille de l'ère post-taliban lancée dans un étonnant combat pour apprendre à lire. Le film suit les différents obstacles qui se dressent devant elle (économiques, idéologiques, historiques, politiques...) et livre une vision étonnante de cette micro-société afghane recluse dans des grottes. Vécues à hauteur d'enfant, ces difficultés semblent étonnamment déformées, à la limite du supportable. L'indifférence des adultes et la cruauté des enfants se répondent dans une sorte d'écho tragique qui ne laisse aucune lueur d'espoir. Les jeunes garçons endossent avec la même facilité le rôle du Taliban lapidateur que celui de l'Américain traqueur de terroristes, et jouent inlassablement à la guerre, incapables d'imaginer un autre horizon que celui qui a baigné toute leur vie.

Il y a beaucoup de choses dans Le Cahier, et sans doute trop. Le symbolisme massif, un peu lourd, de chaque étape dans le chemin de croix de Bakhti, veut dénoncer tous les problèmes à la fois. La condition des femmes (privées d'école, pourchassées parce qu'elles sont jolies, menacées à tout bout de champ de lapidation...), la misère, l'obscurantisme, et le désordre laissé par l'union (efficace) des forces talibanes et de l'armée américaine. Les premiers pour avoir opprimé et décérébré le peuple, les seconds pour avoir achevé cette confusion des valeurs sous couvert de libération, mais en vérité par la violence et l'impérialisme. Qu'aurait-il fallu, que faut-il, pour sauver Bakhti de ses bourreaux, sinon le minimum d'éducation qu'on lui refuse ? "Qu'as-tu appris à l'école ?" lui demande son ami Abbas, le seul qui la comprenne. "On ne m'a rien appris, j'ai appris toute seule", répond-elle, étrangement visionnaire et déjà consciente de ne pouvoir compter que sur elle-même.

L'atout certain d'Hana Makhmalbaf, c'est justement Bakhti, Nikbakt Noruz, une merveilleuse petite boule d'énergie de 6 ou 7 ans qui porte le film de bout en bout, et emporte l'adhésion. On regrette alors d'autant plus plus que la réalisatrice se soit laissée aller à une mise en scène manipulatrice et lacrymale qui en rajoute des tonnes, quand il suffisait de capter l'émotion brute sur le visage de son actrice.

Le Cahier, Hana Makhmalbaf, sortie le 20 février.

Stanley Kwan

Posté par MpM, le 30 janvier 2008

Stanley Kwan

En recevant le cyclo d'honneur pour l'ensemble de sa carrière, Stanley Kwan a tenu à remercier l'industrie cinématographique. "Elle m'a donné beaucoup plus que ce que je mérite", a-t-il précisé. Il a également évoqué ses débuts en tant qu'assistant de grands noms comme Ann Hui ou Patrick Tam, grâce auxquels il a "énormément appris". Enfin, il a rendu hommage aux équipes techniques qui l'ont accompagné sur tous ses films, soulignant l'importance, pour un réalisateur, d'être entouré par des techniciens de pointe.

Il ne s'agit pas de la première venue du réalisateur hongkongais à Vesoul puisqu'il y a reçu le Cyclo d'Or en 2002 pour Lan Yu, l'un de ses rares films à être sorti en France, contant une très belle histoire d'amour homosexuelle dans le Pékin de la fin des années 80.

Le jury

Posté par MpM, le 30 janvier 2008

Le jury

Première apparition publique du grand jury international : le réalisateur japonais Masahiro Kobayashi, l'actrice et réalisatrice iranienne Niki Karimi, le réalisateur tadjik Safarbek Soliev et la réalisatrice libanaise Jocelyne Saab.

C’est parti !

Posté par MpM, le 29 janvier 2008

Invitation

J – 1

Posté par MpM, le 28 janvier 2008

 

Le cahierLe Festival des cinémas d'Asie de Vesoul ouvre ses portes demain avec la projection en ouverture du premier long métrage d'Hana Makhmalbaf, Le Cahier, en salles le 20 février, qui traite des milliers de familles afghanes tentant de survivre dans les grottes situées aux pieds des Bouddhas géants détruits par les Talibans. La jeune réalisatrice, à peine âgée de 20 ans, est la fille du célèbre réalisateur iranien Mohsen Makhmalbaf (Kandahar) et la soeur de Samira Makhmalbaf récompensée à Cannes pour Le tableau noir et A cinq heures de l'après-midi. Cette avant-première donne le coup d'envoi de la plus ancienne manifestation française consacrée aux cinématographies du continent asiatique qui présentera cette année 75 films en une semaine.