Berlin 2017 : portrait de femme en demi-teinte avec Félicité d’Alain Gomis

Posté par MpM, le 11 février 2017, dans Berlin, Critiques, Festivals, Films.


Deuxième film français en compétition de la 67e Berlinale, Félicité d'Alain Gomis est un étonnant portrait de femme situé dans le Kinshasa contemporain. Félicité, le personnage principal, travaille comme chanteuse dans un bar. Cette femme fière et indépendante est décrite par ceux qui la connaissent comme quelqu'un de dur, voire d'autoritaire. Lorsque son fils adolescent a un grave accident en moto, elle se lance logiquement dans un combat âpre pour réunir la somme destinée à payer l’opération.

Pour sa deuxième sélection dans la compétition berlinoise, après Aujourd'hui en 2012, Alain Gomis revient avec un film radicalement différent, où l'aspect rituel et la tonalité fantastique laissent la place à un hyper-réalisme couplé (maladroitement)  à des interludes musicaux et d'autres quasi oniriques en communion avec la nature. On est clairement face à un film hybride qui hésite à la fois sur ce qu'il veut raconter (une ville ? un parcours initiatique ? une drôle de comédie romantique ?) et sur le ton qu'il souhaite adopter, entre mode documentaire, tragédie lacrymale et comédie douce-amère.

Résultat, on a l'impression qu'il cherche à tout faire et tout dire en même temps, ce qui donne un film inégal et interminable. Même le portrait de femme ne fonctionne pas complètement, tant il semble ambivalent. On a en effet l'impression que la force et la fierté de Félicité sont des défauts aux yeux des autres (sous-entendu : pour une femme). Aussi, lorsqu'elle s'effondre, cela sonne presque comme une punition divine pour avoir fait preuve d'une ténacité proche de l'hybris : s'assumer financièrement, avoir rejeté son mari, prétendre auprès du médecin que l'argent n'est pas un problème... Son cheminement (de l'ombre à la lumière, de la mort à la vie) n'est alors pas tant un parcours initiatique qu'un chemin de croix appelant une nécessaire rédemption. Or de qui vient en partie cette rédemption ? D'un homme. Plutôt maladroit.

Dommage, car on se laisse a contrario séduire par les aspects les plus documentaires du film, notamment lorsqu'Alain Gomis filme la ville de Kinshasa avec sa foule compacte, ses quartiers ultra-urbains et ses rues non goudronnées, ses embouteillages et sa justice populaire expéditive. Il se dégage de ces longues séquences naturalistes une énergie et une atmosphère particulières, quelque chose d'indicible qui dynamise le récit. Malheureusement, le cinéaste ne va pas jusqu'au bout, et revient bien vite à son intrigue principale. Même chose avec les interludes qui ne sont pas assez aboutis, pas assez intégrés à la narration pour y trouver leur place. Même si l'on comprend la démarche, elle semble trop artificielle pour fonctionner, et s'enlise même carrément dans sa dernière partie, lorsque le réalisateur, comme incapable de conclure, rallonge inutilement la démonstration.

Félicité est ainsi de ces œuvres ambitieuses et singulières que l'on aurait adoré aimer, mais qui ne se laissent pas faire si facilement. C'est toujours mieux qu'un film trop facile, si aimable qu'il en devient écœurant. Mais il faut malgré tout savoir admettre quand une tentative, aussi louable soit-elle, n'atteint pas son but.

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