Cannes 2012 : notre palmarès et notre anti-palmarès pour ce bon 65e Festival

Posté par vincy, le 27 mai 2012

Cannes 2012 affiche poster marilyn monroeAvec autant de 4 étoiles que l'année dernière, mais un peu plus de films que nous n'avons vraiment pas aimés, on peut en conclure que la compétition était un peu plus inégale, mais d'un bon niveau dans l'ensemble.

Et on peut même dire que cette compétition était d'un très bon niveau avec des films potentiellement populaires, des oeuvres audacieuses marquantes et des histoires singulières, loin de tout formatage.

Notre palmarès, les favoris des critiques et notre anti-palmarès dans notre chronique cannoise.

Cannes 2012 : la Queer Palm pour Laurence Anyways

Posté par vincy, le 26 mai 2012

La 3e Queer Palm a changé de décor pour sa cérémonie. Après l'étroit Zanzibar (aujourd'hui disparu) pour son édition inaugurale et une plage l'an dernier, c'est sur la terrasse du Magic Garden que le jury, présidé par Julie Gayet, a révélé le gagnant de l'année. C'était The Place To Be samedi soir pour une grande partie des journalistes, ceux qui restaient en tout cas. Une sorte de Grindr en "live". La cérémonie a été rapide, mais tout le monde s'est largement attardé autour de cocktails (le cointreau/jus d'airelles eut beaucoup de succès).

Si le Festival de Cannes n'a pas manqué de personnages lesbiens, gais, bis et trans, assumés ou pas, peu de films en faisaient leur sujet central. Il restait cinq finalistes, cinq films qui ont fait débat pour emporter cette Queer Palm : l'amour lesbien suggéré d'Au delà des collines de Cristian Mungiu, le coup de foudre homo d'Hors les murs de David Lambert, le rapport sadomasochiste d'un journaliste avec sa sexualité dans The Paperboy de Lee Daniels, ou encore les très beaux portraits de gais et de lesbiennes d'un certain âge dans le documentaire Les invisibles de Sébastien Lifshitz.

Le cinquième est le vainqueur. Laurence Anyways, présenté dans le cadre d'Un certain regard, permet à Xavier Dolan de figurer enfin au tableau d'honneur. Il y a deux ans, Les amours imaginaires semblait le favori pour la 1ère Queer Palm. Le culte Kaboom de Gregg Araki avait finalement gagné. Pour succéder au sud-africain Oliver Hermanus (Beauty / Skoonheid), le jury a choisi le jeune cinéaste québécois pour son film épique autour d'un homme qui veut devenir une femme.

Le film a déjà été récompensé par le jury d'Un certain regard qui a décerné un prix d'interprétation féminine à Suzanne Clément.

Il ne reste plus qu'au distributeur MK2 d'afficher la Queer Palm sur l'affiche du film, lors de sa sortie cet été, pour que le message soit clair : il y a des films qui ouvrent les yeux et luttent contre les discrimination, sans être communautariste. Car s'il y a bien une chose qui frappe dans le film de Dolan, c'est le regard que portent les passants et les citoyens sur cet homme transformé en femme. On sent le chemin qu'il reste à parcourir entre le dégoût, le mépris, l'incompréhension, le rejet, le malaise et l'absence de préjugés, l'acceptation et l'intégration.

Mathieu Amalric s’empare du classique Le Rouge et le Noir

Posté par vincy, le 26 mai 2012

Deux ans après Tournée, Mathieu Amalric va repasser derrière la caméra avec une énième adaptation du classique de Stendhal, Le rouge et le noir. Le producteur de la société Les films du Poisson annonce qu'il s'agira du plus important budget pour un film réalisé par le comédien. Amalric écrit actuellement le scénario.

Le film a déjà été adapté plusieurs fois et notamment par l'italien Gennaro Righelli en 1947, par Claude Autant-Lara en 1954 (avec Gérard Philipe et Danielle Darrieux) ou encore par le russe Sergueï Guerassimov en 1976.

Le rouge et le noir, publié en 1830, raconte la vie de Julien Sorel et son entrée comme précepteur chez les Rênal, ainsi que son séjour dans un séminaire. Il migrera à Paris comme secrétaire du marquis de La Mole et son déchirement entre ambitions et sentiments, qui le conduira en prison.

Amalric est deux fois en compétition, comme comédien, cette année à Cannes : Vous n'avez encore rien vu d'Alain Resnais et Cosmopolis de David Cronenberg.

Cannes 2012 : Qui est Kim Kang-woo ?

Posté par MpM, le 26 mai 2012

Ce trentenaire à la beauté animale et sensuelle a simultanément commencé une carrière à la télévision et au cinéma au début des années 2000, apparaissant dans les séries Breathless et Three Leafed Clover et dans The coast guard de Kim Ki-Duk. Ses rôles pour le petit écran lui valent rapidement le surnom de "Mr Right", parce que ses personnages sont honnêtes et consciencieux.

En 2005, Kim Kang-woo a obtenu son premier rôle d’envergure dans The Aggressives de Jeong Jae-eun ; cela lui vaut, ainsi qu’à son partenaire Chun Jung-myung, le prix du meilleur acteur des "Film Critics Awards" de Pusan. Le film suit un étudiant qui s’ouvre au monde en intégrant une bande de virtuoses du roller, dont le chef, incarné par Kim Kang-woo, semble ne pas avoir de limites. L’année suivante, les talents de comédien du jeune homme sont une nouvelle fois récompensés lors du festival international de Turin. Le jury salue sa prestation dans The Railroad de Park Heung-sik, l’histoire de deux inconnus qui partagent leurs souffrances le temps d’une nuit, tandis que le film lui-même reçoit le prix FIPRESCI décerné par la critique internationale.

La carrière de Kim Kang-woo semble désormais lancée. Lui qui s’était battu pour donner une visibilité à The Railroad lors de sa sortie dans seulement dix salles sud-coréennes connaît un important succès commercial avec son film suivant, Le grand chef de Jeon Yun-su, où il est un cuisinier se battant contre son rival pour l’obtention d’un titre prestigieux. Top chef! Il enchaîne alors les rôles avec une belle régularité, s’essayant à des registres variés : les thrillers Rainbow Eyes de Yang Yun-ho et Marine boy de Yoon Jong-seok, le romantique film à sketchs Five senses of Eros, la comédie Ha Ha Ha de Hong Sang-soo ou encore l’œuvre de science fiction Doomsday book de Kim Ji-woon and Yim Pil-sung.

Ajoutant une nouvelle corde à son arc, il est l’un des personnages principaux du nouveau film d’Im Sang-soo, The Taste of money, que le réalisateur lui-même présente comme une "extension" de son film précédant, The Housemaid. Une œuvre qui explore les rapports ambivalents de l’avidité, du désir, du sexe et de l’ambition dans la bonne société sud-coréenne… Tout un programme qui, on l’espère, rendra autant hommage à la plastique de Kim Kang-woo qu’à ses talents d’acteur.

Cannes 2012 : No, Le Repenti et Camille redouble primés à la Quinzaine des réalisateurs

Posté par vincy, le 25 mai 2012

Après le Carrosse d'or remise il y a 8 jours à Nuri Bilge Ceylan, la Quinzaine des réalisateurs a décerné ses prix en prélude à sa soirée de clôture, ce vendredi 25 mai.

Le prix Art Cinema de la CICAE, Confédération Internationale des Cinémas d'Art et d'Essai, a récompensé le film chilien No, qui comptait parmi les grands favoris, notamment pour son potentiel au box office. Le prix apporte une aide à la diffusion à travers une information systématique des 2 000 cinémas adhérents à la CICAE, pour inciter les sociétés de distribution à signer les films repérés et favoriser ainsi leur circulation.
Ce film, basé sur des faits réels, a été réalisé par Pablo Larrain. Avec Gabriel Garcia Bernal en star, le film retrace le parcours d'un jeune et brillant publicitaire, René Saavedra, d’être le fer de lance de la campagne des dirgeants de l'opposition lorsque le dictateur chilien Augusto Pinochet, face à la pression internationale consent à un référendum sur sa présidence en 1988.

L'Algérien Merzak Allouache, avec son drame psychologique Le Repenti, a remporté le Label Europa Cinémas. Le Label mobilise les médias, les exportateurs, les distributeurs, et les exploitants en incitant financièrement ces derniers à programmer le film en première sortie et à le maintenir à l’affiche sur la durée.

Enfin, la réalisatrice française Noémie Lvovsky, avec Camille Redouble (voir notre actualité du 27 octobre 2011), qui faisait la clôture de la Quinzaine, a reçu le Prix SACD pour un film de cette sélection en langue française.

Cannes 2012 : Doroga Na, 1er prix de la Cinéfondation

Posté par vincy, le 25 mai 2012

Cette année, le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages du 65e Festival de Cannes était présidé par Jean-Pierre Dardenne, entouré d’Arsinée Khanjian, Karim Aïnouz, Emmanuel Carrère et Yu Lik-Wai. La Sélection comprenait 15 films d’étudiants.

Lors d’une cérémonie salle Buñuel, suivie de la projection des films primés, qui avait lieu cet après midi, trois films ont été récompensés..

Premier Prix (15 000 €) : Doroga Na (En chemin) de Taisia Igumentseva (Institut national de la cinématographie S. A. Gerasimov Russe). Son premier long métrage sera donc certain d'être présenté au Festival de Cannes.
Son film raconte l'histoire de Sergueï, vendeur dans le secteur des articles insolites. Sa vie ressemble à des millions d’autres, jusqu’à ce que la nuit tombe sur la ville.

Deuxième Prix (11 250 €) : Abigail de Matthew James Reilly (New York University)
Dans ce film, une jeune pompiste essaie de quitter la ville pour toujours. On découvre peu à peu des détails fragmentaires de sa vie alors qu’elle arpente cette friche en plein délabrement qu’on appelle chez-soi.

Troisième Prix (7 500 €) : Los Anfitriones (Les Hôtes) de Miguel Angel Moulet (Escuela Internacional de Cine y Televisión de San Antonio de Los Baños)
Félix, 65 ans, s’occupe des cochons dans une porcherie du village. Josefina, son épouse, est à l'hôpital pour y subir des examens. Félix a un accident presque fatal qui vient perturber sa routine quotidienne. Lorsque Josefina revient avec des nouvelles fatidiques ils affrontent le problème de la seule façon possible.

Cannes 2012 : Match SANG-SOO – IM vs. HONG

Posté par MpM, le 25 mai 2012

Hasard des circonstances, à moins qu’il ne s’agisse d’un élan de facétie plutôt cocasse, Thierry Frémaux et Gilles Jacob ont choisi de compliquer la vie des journalistes et festivaliers cannois en sélectionnant cette année deux cinéastes aux noms phonétiquement proches, surtout pour des oreilles occidentales, les Coréens Im Sang-soo et Hong Sang-soo.

On ne doute pas que cette double présence donnera lieu à quelques quiproquos, voire à des erreurs gênantes, dans les médias les moins aguerris, ou lors des conférences de presse. L’essentiel est qu’au moment du palmarès, si l’un des deux devait figurer, Nanni Moretti ne fasse pas de lapsus cruel… Pire, que personne ne se trompe au moment de rédiger le diplôme, ou de graver la Palme d’or ! Le plus simple serait peut-être de les récompenser tous les deux, ex-aequo, pour limiter les risques de confusion.

Mais on s’égare. Car le plus amusant dans l’histoire, c’est qu’Im Sang-soo et Hong Sang-soo étant coréens, leurs noms ne sont au final pas plus proches l’un de l’autre que ceux de Claude Miller et Claude Lelouch... Sang-soo, en effet, est leur prénom. Une fois qu’on le sait, il n’y a plus qu’à se concentrer sur la première syllabe pour les différencier. D’autant que leur style cinématographique, lui, est absolument impossible à confondre.

Hong Sang-soo est cet auteur d’apparence débonnaire qui semble se livrer année après année à une variation toujours plus subtile autour des mêmes thèmes : les relations amoureuses, la création, la solitude… Son premier film,  Le jour où le cochon est tombé dans le puits (1996), lui vaut des récompenses dans des festivals internationaux comme Rotterdam ou Vancouver. Il y est déjà question de chassés croisés amoureux décomplexés et modernes entre plusieurs personnages malheureux en amour.

En 1998, son deuxième long métrage (Le Pouvoir de la province de Kangwon) est présenté à Cannes, en section Un certain Regard. Le réalisateur continue d’explorer les triangles amoureux, sillon qu’il creuse avec La vierge mise à nu par ses prétendants, puis Turning gate, et globalement tous les films qu’il a réalisés depuis. A chaque fois, les évolutions de l’intrigue, le degré de dérision et les procédés narratifs viennent nuancer cette impression d’un seul et unique film répété à l’infini. Néanmoins, le dispositif cinématographique reste lui aussi sensiblement le même, basé sur le plan fixe et le zoom, et consistant souvent à faire boire les acteurs plus que de raison (à l’image de leurs personnages) avant de commencer à tourner.

Ce cinéma intuitif, à la fois réaliste, romanesque et ironique, séduit la presse et les organisateurs de Festival. La femme est l’avenir de l’homme et Conte de cinéma concourent pour la palme d’or, Les femmes de mes amis est présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Ha ha ha remporte le prix Un certain regard, Woman on the beach et Night and day sont projetés à Berlin, Oki’s movie va à Venise…

La série continue puisque voilà Hong Sang-soo de retour en compétition officielle à Cannes (la première fois depuis 2005) avec In another country, un film tourné en Corée avec l’actrice française Isabelle Huppert. Comme en écho à Night and day, tourné à Paris, avec un casting principalement coréen ?

Im Sang-soo, malgré un nombre plus réduit de films à son actif, est lui aussi un habitué des festivals internationaux. The taste of money représente en effet sa deuxième sélection officielle à Cannes, après The housemaid en 2010, et parmi ses films précédents, Une femme coréenne était à Venise et The president’s last bang à la Quinzaine des Réalisateurs.

Le cinéaste a d’abord commencé sa carrière en tant qu’assistant auprès de Im Kwon-taek, grand maître coréen à la filmographique riche et complexe, avant de travailler sur ses propres projets. Son cinéma, sociologique et sans tabou, aime à décortiquer la société coréenne, et notamment les contradictions des classes aisées.

Il s’intéresse ainsi aux derniers jours du président Park Chung-hee parvenu au pouvoir suite à un coup d’état (The president’s last bang), à l’émancipation d’une jeune épouse frustrée socialement comme sexuellement (Une femme coréenne) ou encore à l’hypocrisie feutrée d’une grande famille engoncée dans ses principes (The housemaid). L’argent, le sexe et la violence se mêlent ainsi dans toute son œuvre, souvent mis en scène avec un soin esthétique appuyé et presque ostentatoire.

Une tendance qui semble se poursuivre dans son nouvel opus que le réalisateur présente lui-même comme une "extension" de son film précédant, The housemaid, et qui explore les rapports ambivalents de l’avidité, du désir, du sexe et de l’ambition dans la bonne société sud-coréenne… Tout un programme qui devrait lui permettre de se distinguer définitivement du cinéma plus "rohmerien" de son compatriote Hong !

Le CNC confirme la 2e édition du Jour le plus court le 21 décembre 2012

Posté par vincy, le 25 mai 2012

La première édition du Jour le plus court, le 21 décembre dernier, avait séduit 1,5 million de participants. Le CNC, lors d'un déjeuner entre les différents partenaires de l'événement hier midi à Cannes, a lancé la deuxième édition.

Plusieurs parrains encadreront la manifestation : Xavier Beauvois, Jamel Debbouze, alérie Donzelli, Aïssa Maïga, Firmine Richard, Julie Gayet et Kyan Khojandi.

A noter que cette année, Le jour le plus court s'exportera dans plusieurs pays, dont la Chine.

Cannes 2012 : la Palm Dog décerne trois nonosses

Posté par vincy, le 25 mai 2012

La Palm Dog, créée en 2001 par Toby Rose, critique britannique de The Guardian, récompense chaque année le meilleur chien apparaissant dans un film du festival, toutes sélections confondues. Ce n'est pas un os que reçoivent les gagnants mais un collier en faux diamant (décoré de l'Union Flag en l'honneur du jubilée de la reine Elizabeth II).

Cette année, pour succéder au célèbre Uggie (The Artist) a décerné deux prix. La Palm Dog 2012 est revenue à Banjo et Poppy, deux Terriers, héros à quatre pattes du film Sightseers (Touristes), film anglais de Ben Wheatley présenté à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes.

Par ailleurs, un Grand prix du jury a également distingué Billy Bob, le Jack Russel qui accompagne Benoît Poelvoorde dans Le Grand Soir de Gustave Kervern et Benoît Delépine. Le film est sélectionné à Un certain regard pour cet épatant "chien à punk".

Cannes 2012 : Qui est Koji Wakamatsu ?

Posté par MpM, le 25 mai 2012

La vie de Koji Wakamatsu mériterait un film à elle seule : tour à tour yakuza, réalisateur de films érotiques (les fameux pinku eiga japonais) et cinéaste politique radical encensé dans les festivals internationaux, cet artiste japonais né en 1936 a à son actif plus d’une centaine de films… et quelques démêlés avec la justice du fait de sa sympathie pour l’extrême gauche japonaise et la cause palestinienne.

Son cinéma porte logiquement la marque d’un tel engagement, et s’avère parcouru par la question de la domination, qu’elle soit sociale, sexuelle ou étatique. On trouve en effet dans ses films des personnages humiliés, violés, séquestrés ou encore torturés, à l’image de la jeune femme de Quand l’embryon part braconner, qui devient l’esclave sexuelle de son supérieur hiérarchique.

Dès ses débuts, le jeune cinéaste utilise ainsi le prétexte du pinku eiga pour aborder les thèmes qui lui sont chers comme l’impuissance de l’individu, la déliquescence de la société ou la perversion du pouvoir. Au milieu des années 60, il fonde sa propre maison de production et s’abstrait du cinéma pink pour se concentrer sur des films d’avant-garde, tournés sans moyens, dans l’urgence, et dans une radicalité furieuse. C’est de cette époque que datent notamment Les anges violés (qui suit un homme passant du statut de voyeur impuissant à celui de meurtrier féroce) et Sex Jack (racontant comment un groupe d’étudiants révolutionnaires contraints à la réclusion tuent le temps en fumant, en buvant et en faisant l’amour), tous deux présentés à la Quinzaine des Réalisateurs en 1971.

En 1972, Koji Wakamatsu réalise L’extase des anges, un brûlot anti-système sur la faction armée d'un groupe révolutionnaire qui sombre dans le terrorisme individuel. Le film lui vaut d’être inquiété par la police, qui le soupçonne d’autant plus d’intentions terroristes qu’éclatent peu après les excès réels d’un groupe de jeunes révolutionnaires impliqués dans une prise d’otages sanglante. Ces événements, qui signèrent la fin de l’extrême gauche japonaise, sont d’ailleurs à l’origine de l’un des films les plus célèbres de Wakamatsu, United Red Army, réalisé 25 ans plus tard.

Peu à peu, le cinéaste tourne moins. Il s’oriente vers des œuvres que lui-même qualifie de "plus commerciales" et "moins érotiques", même s’il revendique toujours leur aspect politique.

Après la présentation d’United Red Army à Venise en 2008, qui marque son retour au plan international, Koji Wakamatsu tourne Le soldat Dieu, l’histoire d’un soldat de la deuxième guerre mondiale qui rentre chez lui après avoir perdu ses deux bras et ses deux jambes. Incapable de bouger ou même de s’exprimer, il est une charge permanente pour sa femme, contrainte de s’occuper de lui avec l’abnégation et l’humilité due à un héros de cette trempe...  Le film est présenté à Berlin, où il vaut un Ours d'Argent de la meilleure actrice à son interprète Shinobu Terajima. Il prouve surtout que Wakamatsu n’a pas perdu la main lorsqu’il s’agit de dénoncer les absurdités de la société japonaise et de mettre à mal les fondements du système. On est d’autant plus impatient de découvrir son nouveau brûlot, 11.25 the day he chose his own fate, inspiré des derniers jours de la vie de l'écrivain japonais Yukio Mishima, et présenté dans la section Un certain Regard.