Les prix France Culture récompensent Costa Gavras, Sébastien Laudenbach et Rudi Rosenberg

Posté par vincy, le 23 mai 2017

Les trois prix France Culture ont été décernés à Cannes dimanche 21 mai. Costa-Gavras a reçu le Prix France Culture Consécration pour l’ensemble de son œuvre. Le cinéaste, réalisateur et producteur français a signé plusieurs films très engagés dès les années 1960? et notamment Z, qui avait reçu deux Oscars, et deux prix au Festival de Cannes. Depuis juin 2007, il est élu à l’unanimité à la tête de la Cinémathèque Française. Son dernier film, Le Capital, date de 2012.

Sébastien Laudenbach est le lauréat du Prix France Culture Cinéma des étudiants pour son film d'animation La Jeune Fille sans mains. Enseignant, réalisateur et illustrateur, cet auteur de 8 courts-métrages avait présenté l'an dernier à l'Acid au festival de Cannes son premier long, La jeune fille sans mains, mention spéciale du jury au festival d’Annecy. Il a aussi été nommé pour le César du meilleur film d’animation et a remporté le Grand Prix du Festival d’animation de Tokyo.

Enfin, le prix International Students Award UniFrance / France Culture a distingué Rudi Rosenberg pour son film Le Nouveau. Ce prix est choisi par des étudiants étrangers en écoles de cinéma. Le film était sorti en décembre 2015. Il succède à Deniz Gamze Erguven pour Mustang.

Le plus dandy des James Bond, Roger Moore, tire sa révérence (1927-2017)

Posté par vincy, le 23 mai 2017

Sept fois 007, Sir Roger Moore est décédé ce mardi 23 mai à l'âge de 89 ans, en suite, des suites d'un cancer. Le James Bond le plus nonchalant et gentleman, n'a pas pu échappé à la mort cette fois-ci. A 5 ans, une pneumonie avait failli l'emporter. Dans les années 1990, il avait du soigner un cancer de la prostate. En 2003, il s'était écroulé sur une scène new-yorkaise, victime d'un arrêt cardiaque. "Il me semble que je me suis évanoui" avait-il expliqué par la suite.

De tous les acteurs ayant incarné l'espion de Ian Fleming, Roger Moore avait été le plus prolifique, en tournant sept films de la franchise. Ce qui avait passablement bousillé sa carrière. De 1973 à 1985, 007 avait eu une emprise sur lui bien trop importante pour que d'autres cinéastes lui proposent d'autres rôles consistants. Contrairement à Sean Connery, Moore s'est laissé emprisonner par le cachet mirobolant et un certain confort. Trop beau en 1962 et recalé pour Dr. No, il est devenu trop vieux sur la fin pour jouer les héros. Il avait déjà 45 ans quand il a succédé à Sean Connery. Nabab, il rechignait à faire le moindre effort sportif, abusant des doublures même pour des courses à pieds.

Il a su insuffler un charme très british, une forme de dandysme au personnage. Cet humour distillé dans des 007 inégaux, du Moonraker voguant sur la vague Star Wars au burlesque Octopussy en passant par le très sobre Homme au pistolet d'or, aura malgré tout permis à 007 de résister aux blockbusters américains qui commençaient à envahir les salles.

Roger Moore a surtout été une star du petit écran: éternel The Saint qui l'a rendu mondialement célèbre dans les années 60, puis compère de Tony Curtis dans Amicalement Vôtre au début des années 70, il était la quintessence du beau mâle aristocratique britannique, désinvolte et dragueur. Playboy, il l'était aussi dans la vie. Il avait aussi essayer la réalisation en tournant des épisodes des deux séries.

Une carrière de remplaçant

Outre James Bond et la télévision, la carrière de Roger Moore au cinéma n'a pas beaucoup croisé de grands cinéastes. Plutôt abonné aux comédies, films de guerre ou thrillers de deuxième catégorie, signalons pour la postérité: La Seconde Mort d'Harold Pelham (The Man who Haunted Himself) de Basil Dearden, Les Oies sauvages (The wild geese) d'Andrew V. McLaglen, Bons baisers d'Athènes (Escape to Athena) de George Pan Cosmatos, L'Équipée du Cannonball (The Cannonball Run) de Hal Needham, ou encore L'Héritier de la panthère rose (Curse of the Pink Panther) de Blake Edwards. Il se souciait peu de de la qualité des scénarios et dépréciait souvent ses personnages, considérant même des situations de 007 comme ridicules.

Star mondiale maniant l'humour anglais avec brio, conservateur dans l'âme, évadé fiscal notoire, il était philosophe: "Si je conservais toutes les mauvaises critiques sur moi, il me faudrait deux maisons" confiait-il. Mais il était assez fier d'être une star, et pour lui une star c'était un acteur dont on pouvait épeler le nom à Vladivostok.

Né le 14 octobre 1927, d'un père policier et d'une mère au foyer, officier militaire, il a débuté en figurant en 1944 dans César et Cléopâtre, avec Vivien Leigh. Il s'inscrit ensuite à la Royal Academy of Dramatic Art et tient son premier succès avec la série Ivanhoé dans les années 1950.

Selon lui, son plus grand rôle était celui d'ambassadeur itinérant de l'Unicef pour le Fonds pour l'enfance des Nations unies, où il succéda à Audrey Hepburn. "Dresser le sourcil pour Bond était une chose mais sensibiliser l'opinion pour la cause des enfants est beaucoup plus important" disait-il en 2003.

Cannes en Séries : Quand le « P’tit Quinquin » ravit la Croisette

Posté par wyzman, le 23 mai 2017

Si l'édition 2014 du Festival de Cannes a été marquée par la présidence de Jane Campion (seule réalisatrice à avoir remporté la Palme d'or) et le prix du jury ex-æquo pour Xavier Dolan (Mommy) et Jean-Luc Godard (Adieu au langage), revenons sur le cas P'tit Quinquin.

Écrite, réalisée et montée par Bruno Dumont, cette mini-série a été présentée à la Quinzaine des réalisateurs - en séance spéciale. Et alors que la polémique autour de la non-sortie d'Okja en salle est toujours d'actualité, notons qu'à l'époque personne n'avait bronché face à cette projection d'une œuvre qui ne serait jamais montrée au cinéma.

Cela étant dit, P'tit Quinquin avait pour elle d'être portée par un casting d'acteurs non-professionnels au talent certain et dont la Croisette raffole. Plus encore, il s'agissait d'une production française signée par un réalisateur qui a reçu deux fois le Grand prix du jury en compétition ! Et si le festival de Cannes continue de vouloir assumer son rôle de plus grand festival de cinéma international du monde, difficile de passer outre son petit côté chauvin. Et à un moment où les nouvelles manières de faire du cinéma étaient discutées, la présence d'une mini-série avait quelque chose de novateur.

Centrée sur les péripéties d'un adolescent vivant dans le Pas-de-Calais, P'tit Quinquin est parvenue à mélanger les genres, policier et comédie. Un mix qui, s'il est le plus souvent rentable du côté des productions de TF1 ou France 3, est rarement gage de qualité. Mais Arte a (plus que) bien fait les choses en laissant carte blanche à Bruno Dumont. L'an dernier, il est par ailleurs revenu au festival de Cannes avec Ma Loute, un film nommé neuf fois aux derniers César. Cette année, il est de nouveau à la Quinzaine, Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc.

Si quelques spectateurs ont pu regretter que P'tit Quinquin véhicule certains clichés concernant les gens du Nord, la série a été un carton d'audience pour Arte. Plus encore, la presse l'a adorée. Et pour les organisateurs du festival, c'était sans doute tout ce qui comptait : rester à la pointe de la découverte avec un programme (certes produit pour la télévision) mais de grande qualité.

Et avant le lancement du premier festival international des séries (le "Cannes du petit écran"), la Croisette se tourne cette année encore vers le petit écran. Eh oui, pour rappel, les deux premiers épisodes de la saison 3 de Twin Peaks seront diffusés le vendredi 26 mai à 16 heures et l'intégrale de la saison 2 de Top of the Lake le samedi 27 dès 13 heures. Malgré le fait que la saison 2 de P'tit Quinquin ne sera sans doute jamais projetée en avant-première au festival de Cannes, nous pouvons tout de même remercier ses programmateurs d'avoir ouvert leur sélection et permis aux critiques du monde entier de faire la connaissance de Bruno Dumont dans un autre registre que celui qu'on lui cinnaissait ! Comme quoi, derrière chaque polémique peut se cacher une bonne nouvelle...

Cannes 2017 : Qui est Aurélia Petit ?

Posté par MpM, le 23 mai 2017

Aurélia Petit fait partie de ces comédiennes polyvalentes qui ont commencé avec le spectacle vivant avant de rejoindre le cinéma et la télévision. Elle passe ainsi une année à l'École du passage de Niels Arestrup (une école de théâtre dont le but est de transmettre et d’approcher le jeu d'une façon différente), avant de s'essayer au théâtre de rue, au cabaret et même au cirque.

On la voit sur scène dans des spectacles de Gérard Desarthe, Cie Sentimental Bourreau, Christophe Salengro, Jérôme Bel, Nicolas Bigards, Philippe Decouflé... Puis le petit et le grand écran l'appellent. Elle sera dans Le dernier chaperon rouge de Jan Kounen, Chacun cherche son chat de Cédric Klapisch ou encore La nouvelle Eve de Catherine Corsini.

Elle apparaît également chez Michel Gondry (La science des rêves), Benoit Delépine et Gustave Kevern (Louise Michel), Jean-Michel Ribes (Musée haut, musée bas), René Féret (Comme une étoile dans la nuit)... Elle tourne beaucoup, souvent des seconds rôles, voire des personnages secondaires qu'elle parvient à camper en une scène, une réplique, un regard.

On se souvient d'elle en caissière de station service attachante dans Tournée de Mathieu Amalric (2010), en riche parisienne snob dans Le Beau monde de Julie Lopes-Curval, mais aussi en juge dans L'enquête de Vincent Garencq, et en mère dépassée par la violence des sentiments qui unissent ses enfants dans Marguerite et Julien de Valérie Donzelli. Sans oublier son rôle inoubliable de mannequin dans la parodie de Télé-achat de Groland !

En 2016, Aurélia Petit figurait au casting de Personnal shopper d'Olivier Assayas, présenté en compétition. Cette année, elle est de retour sur la Croisette pour Les enfants partent à l'aube, un court métrage prometteur signé Manon Coubia, dont elle tient le rôle principal. L'occasion de confirmer la puissance de son jeu tout en nuances et en subtilité, ainsi que sa présence indéniable, presque magnétique. Et donc indispensable.

Cannes 2017: Qui est Masatoshi Nagase ?

Posté par vincy, le 23 mai 2017

Il y a un an, Masatoshi Nagase arrivait dans l'un des derniers plans de Paterson, de Jim Jarmusch, comme par surprise. Il jouait le touriste japonais, consolant Adam Driver de la perte de ses poèmes. Ils sont assis sur un banc, devisent sur la vie, la poésie. L'une des plus belles et des plus drôles séquences de l'année. Masatochi Nagase, 51 ans, est un acteur japonais a priori discret. Dix ans après avoir commencé à tourner, les Oscars japonais le voyaient encore comme un "espoir". C'est Jim Jarmusch qui l' a vraiment révélé. En 1989. Il apparaît dans Mystery Train, déjà en sélection à Cannes, dans le premier segment, "Far From Yokohama". Un ado japonais, en couple, qui fait un pèlerinage à Memphis, sur les pas d'Elvis. Clope en bouche, visage grimé par du rouge à lèvre, il est même sur le poster de ce film culte.

Deux ans plus tard, il est consacré avec deux "Oscars" japonais (second-rôle masculin et espoir) pour trois films My sons (Musuko) de Yôji Yamada (récompensé comme meilleur film de l'année au passage dans son pays), Mo no shigoto de Takumi Kimizuka et Asian Beat: I Love Nippon de Daisuke Tengan. A partir de là, après une première décennie calme, les rôles vont s'enchaîner. Autumn Moon de Clara Law reçoit d'ailleurs le Léopard d'or à Locarno. Sa jeunesse, son physique avenant mais pas quelconque, son élégance innée qui s'amuse avec des coupes de cheveux hérissés ou désordonnés, son tempérament punk (il était chanteur rock du groupe MACH 1.67) et son talent indéniable le conduisent à jouer dans des films aussi différents que le mélo Original Sin de Takashi Ishii, le thriller The Most Terrible Time in my life de Kaizô Hayashi, l'étrange et décalé Cold Fever de l'islandais Fridrik Thor Fridriksson, le polar The Stairway to the Distant Past de Kaizô Hayashi...

Il continue ainsi ses voyages singuliers, passant de Hal Hartley (Flirt, 1995) à Yoji Yamada (Gakko II, 1996, 12 fois nommé aux Oscars nippons), de Macoto Tezuka (Hakutchi, l'idiote, 1999) à Isao Yukisada (Tojiru hi, 2000). Comédie ou fresque historique, films indépendants ou grosses séries B, second rôle ou personnage principal, Masatoshi Nagase n'a aucun fil conducteur. Il est juste prolifique. Certains de ses films font le voyage jusqu'en Europe, dans les festivals de San Sebastian, Turin, Thessalonique, ... Mais les années 2000 semblent quand même plus compliquées pour lui: il vieillit, les projets sont moins bons, il accepte beaucoup de films de genre, adaptations de manga ou productions pour teenagers. Ce qui ne l'empêche pas de faire de la photo (le temps qui passe, des portraits, des paysages) et d'être ainsi exposé dans les grandes villes asiatiques. Il y a bien quelques exceptions, comme des fulgurances qui rayonnent sur sa filmo.

Ainsi, Yoji Yamada, toujours, lui permet de revenir au devant de la scène avec La servante et le samouraï (2004), en compétition à Berlin. Pour la première fois, il est nommé comme meilleur acteur aux Oscars japonais. En 2007, Funuke Show Some Love, You Losers!, chronique familiale endeuillée de Daihachi Yoshida est à la Semaine de la Critique. Il remporte aussi le prix du meilleur second rôle masculin au Festival de Yokohama.

C'est l'approche de la cinquantaine qui lui offre de quoi rebondir. En 2014, dans un film taïwanais, Kano, prix de la critique et prix du public aux Golden Horse Awards (et pour lui une nomination comme meilleur acteur). L'an dernier, il était à l'affiche du diptyque Rokuyon de Takahisa Zeze , plusieurs fois nommés aux Oscars japonais, et de Happiness du réalisateur SABU.

Mais c'est en 2015 qu'il s'est rappelé à nous avec Les délices de Tokyo de Naomi Kawase. Le voici fabriquant de beignets de haricots rouges dans le premier film "mainstream" de la cinéaste japonaise. Sélectionné à Un certain regard à Cannes, le film lui permet surtout d'obtenir le prix du meilleur acteur au Festival de Yokohama. Et c'est avec Kawase qu'il arrive en Cannes en compétition cette année. Dans Radiance (Hikari), il apparaît vulnérable et égaré, dans une histoire qui confronte un homme qui passe à côté de la vie à force de l'observer et une jeune femme qui sait profiter du présent. De Jarmusch à Kawase, il semble aimer ces hommes en perdition, où l'absolu leur fait perdre l'esprit... Enfin dans la lumière, Masatoshi Nagase?

Daily Cannes: la soirée folle avec Nicole, Catherine, Juliette, Isabelle, Sandrine…

Posté par cynthia, le 22 mai 2017

deneuve kiberlain binoche wilson beart sallette deladonchamps huppert bouchez © vincy thomas / ecran noir

Qui a dit que les lundis étaient synonymes de ras le bol? À Cannes, pas de coup de mou, surtout quand les stars se déplacent en nombre et procurent de l'émotion.

Nicole Kidman la star du lundi

La journée débute par une pléiade de jolies femmes: Nicole Kidman, Elisabeth Moss, Jane Campion et Gwendoline Christie (oui fan de Games of thrones vous pouvez vous exciter) sont venues présenter la mini-série Top of the lake: China girl (disponible sur youtube à petit prix).

Racontant l'étrange sauvetage d'une jeune Asiatique enceinte qui tente de mettre fin à ses jours dans un lac, Jane Campion revient sur le devant de la scène avec un casting quatre étoiles.

Kidman sur petit écran ce n'est pourtant pas la première fois puisqu'elle a brillé aux côtés de Reese Whiterspoon et Shailene Woodley dans la mini-série HBO Big Little Lies. L'Australienne revient à domicile avec son talent inné tout en dominant le grand écran et le red carpet cannois. Deux films en compétition, un autre hors-compétition: c'est le grand come-back de l'Australienne.

En effet, après être venue représenter avec Elle Fanning, How to talk to girls at parties l'actrice est venue aux côtés de Colin Farrell pour le nouveau film de Yorgos Lanthimos (The lobster), Mise à mort du cerf sacré.
"Le film a un côté hypnotique" confie Nicole Kidman à la conférence de presse.

Elle sera de retour demain sur les marches pour le nouveau Sofia Coppola (Les Proies). Et ce n'est pas sa séquence émotion sur le tapis rouge qui va nous faire changer d'avis. Moment émouvant, Nicole Kidman n'a pu retenir ses larmes.

L'hommage à Téchiné

Autre événement ce lundi soir: la brochette de stars françaises sur les marches. Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain sont arrivées ensemble lors de la montée du Lanthimos pour se diriger ensuite dans la grande salle voisine, le Théâtre Debussy. A leurs côtés, un générique de rêve: Lambert Wilson, Elodie Bouchez, Emmanuelle Béart. Dans les rangs derrière: Nicole Garcia, Claude Lelouch, Michel Hazanavicius et Bérénice Bejo, John Cameron Mitchell, Gilles Jacob... Toutes ces personnalités venaient assister à l'hommage à André Téchiné, accompagné de l'avant-première de son dernier films, Nos folles années, où Céline Sallette et Pierre Deladonchamps forment un couple fusionnel singulier. L'hommage a eu lieu en trois temps. Thierry Frémaux avec un court discours présentant les vedettes présentes ; un montage "50 ans de cinéma, 50 ans de passion" où se croisaient tous les films du réalisateur (montage très bien fait et très touchant, par ailleurs) ; le discours d'André Téchiné. Il l'a commencé en rendant lui-même un hommage à son amie, sa muse, celle qui l'a suivi dans pas moins de sept films, Catherine Deneuve. Réellement émue, l'actrice ne retnait pas ses larmes après avoir vivement participé à la standing ovation, perchée sur ses talons en plexiglas. Sandrine Kiberlain à ses côtés lui tenait la main. En s'éclipsant avant la projection, Juliette Binoche lui a lancé un "à bientôt". A la fin de la projection, John Cameron Mitchell, en pantalon zébré ultra-moulant, a joué les midinettes en lui murmurant un "I love you". C'est aussi ça Cannes: une histoire de passion pour le cinéma (Téchiné y a fait naître Binoche et Wilson avec Rendez-vous) et un festival où les stars sont des fans comme les autres.

Le tweet du jour
Le tweet qui a retenu notre attention est celui de @ViggySimmons relatant la perfection de Nicole Kidman... On est tellement d'accord!

Cannes 2017 – les lieux du festival : bienvenue sur la plage Nespresso

Posté par MpM, le 22 mai 2017


Contrairement à ce que son nom indique, on ne boit pas que du café, sur la plage Nespresso ! C'est là que se tiennent certaines des plus fameuses soirées du Festival, et notamment celles de la Semaine de la Critique.

Mais c'est aussi là que les chefs font leur cinéma ! Chaque soir, un grand chef propose cette année encore un dîner inspiré par l'univers d'un réalisateur, de Pedro Almodovar à Claude Sautet, en passant par Matteo Garrone.

En journée, les journalistes en quête d'un havre de paix peuvent aussi y effectuer leurs interviews ou profiter tranquillement de l'espace wifi. Parce que travailler les pieds dans l'eau ou dans un transat sur le sable, c'est un des (nombreux) petits plaisirs coupables de Cannes.

Cannes fiction: L’invasion des profanateurs…

Posté par vincy, le 22 mai 2017

En cette fin des années 2020, la France a bien changé. Avec la victoire du parti des Patriotes aux régionales en 2021 puis celles du parti des Révoltés aux législatives en 2022, le financement de la culture a été bouleversé. Le premier a décidé de couper les vivres au Festival de Cannes trop cosmopolite à son goût, tout en laçant un Festival du film national à Saint-Tropez. Le second a appliqué son programme en demandant aux organisateurs de faire le choix entre financement privé et financement public. Après un conseil d'administration houleux, l'Association du Festival de Cannes a choisi le financement privé et l'Etat a cessé de financer l'événement, préférant répartir ces millions d'euros sur des manifestations cinématographiques plus fragiles.

Cannes a donc ouvert les portes aux sponsoring en grand. Pas trop le choix. D'autant que les distributeurs sont un peu plus pauvres depuis la baisse de la fréquentation mondiale en salles pour les films art et essai, les spectateurs préférant les voir sur les plateformes de SVàD qui emportent les plus beaux contrats au marché du film.

Ce qui était déjà visible dans les années 2000, avec Nespresso, Magnum, L'Oréal, Chopard, Renault, est décuplé. Ainsi, en arrivant par le train, la nouvelle gare de Cannes est aux couleurs de Perrier, fournisseur officielle d'eau minérale, avec des bouteilles à grandeur humaine qui rafraichissent l'air en ces printemps caniculaires. A cause de la montée des eaux, le Festival doit construire des digues éphémères pour continuer d'utiliser ses plages, toutes construites par Bec Frères, qui a fait des miracles à Monaco. Google sponsorise aussi les traductions en 8 langues de tous les films présentés à Cannes. Facebook diffuse en live toutes les conférences de presse.

Le placement produit est devenu roi, avec un tapis rouge orné d'un losange d'une marque de voiture, un écran géant brandé par une marque de téléphone chinoise, un générique du Festival, toujours avec la musique de Camille Saint-Saens (ouf!) introduit par une pub pour le leader des cosmétiques. L'agenda d'une égérie de marque de luxe, par ailleurs actrice, détermine le jour de la projection, permettant de réduire les frais de déplacement pour le producteur et le distributeur. La voix off et la maîtresse de cérémonie citent désormais le nom du styliste et du bijoutier, choisis parmi des signatures "labellisées" partenaires du Festival.

Le plus marquant est sans doute l'arrivée des baskets sur les marches. LVMH, partenaire de La Fabrique du monde et fournisseur officiel de champagne, et Kering, partenaire du Women in Motion, ayant le monopole des vêtements et chaussures pour les invités officiels et les talents en sélection officielle ont su étendre leur contrat pour pouvoir imposer toutes leurs marques, y compris de sportswear. Ainsi on a pu voir Justin Bieber débarquer sur le tapis en exhibant son sous-vêtement Calvin Klein et provoquer une grosse colère de la part des "sponsors officiels".

Le plus délicat fut sans doute pour le Festival de refuser le sponsoring des marches. A moitié réussi, puisque désormais sur chacune d'entre elles des jeunes filles et jeunes hommes à demi-nus forment une haie d'honneur, vêtus de tee-shirts siglés Air France-KLM avec une couleur et une illustration par destination.

Tout cela a finalement permis au Festival d'augmenter son budget et même de créer son Musée du Festival, situé sur le Port. Un Musée mécéné par la Fondation Luma, extension de celui d'Arles.

Cannes 2017: Nos retrouvailles avec Al Gore

Posté par vincy, le 22 mai 2017

Il n'a rien à voir avec le cinéma. Al Gore est un politique. Pourtant c'est son deuxième passage à Cannes en sélection officielle. La première fois c'était il y a onze ans. Il venait présenter Une vérité qui dérange, documentaire édifiant sur le réchauffement climatique et ses conséquences.

Écologiste convaincu, adepte des nouvelles technologies, il a définitivement abandonné la vie politique au sens électoral du terme. Depuis qu'il a échoué (de façon contestable, rappelez-vous les bulletins de vote qu'il a fallu recompter en Floride) face à George W. Bush, il a entamé une série de conférences grand public où il expose les constats, les dangers et les enjeux du réchauffement climatique. Son film était une sorte de manuel "L’écologie pour les Nuls" avec une présentation pédagogique, ludique, didactique, et avouons-le brillante. Sa vision globale, intelligente, rigoureuse, utile, jamais démago faisait le « le tri entre la vérité et la fiction.»

Prix Nobel de la paix

Al Gore, 69 ans aujourd'hui, député durant 8 ans, sénateur pendant 7 ans puis vice-président de Bill Clinton durant ses deux mandats, a une vraie prestance physique. Il en impose. Diplômé de Harvard, où il partage sa chambre avec Tommy Lee Jones, il a été journaliste pour l'Armée au Vietnam, et a d'abord été un reporter dans un canard local du Tennessee avant d'embrasser une carrière politique. Grâce à lui, Internet est devenue une stratégie numérique aux Etats-Unis, devenant un outil grand public tout en étant une priorité politique.

Mais son dada c'est l'environnement. Il prend conscience de l'urgence planétaire lors de la ratification du Traité de Tokyo. Après avoir quitté la politique, il redevient simple militant de la cause. Mais avec les moyens que peut avoir un ancien Vice-Président. Acteur et orateur d'Une vérité qui dérange, il se met en scène et joue les professeurs. Le film reçoit deux Oscars (Oscar du meilleur film documentaire et Oscar de la meilleure chanson originale) et Al Gore est le lauréat en 2007 du Prix Nobel de la Paix.

Lanceur d'alerte

Il revient à Cannes avec la suite de son documentaire, Une suite qui dérange: le temps de l'action, prévu en salles le 1er novembre (en France). Le film, comme le premier documentaire, a déjà fait l'objet d'une avant-première à Sundance. Réalisé par Bonni Cohen et Jon Shenk, il reprend les faits survenus depuis dix ans qui donnent raison au cri d'alarme poussé dans le premier film. Mais il semble que celui-ci soit davantage politique, avec en toile de fond le Traité de Paris et les décisions de Donald Trump. Al Gore n'est plus élu. Mais il conserve sa colère, continue à répandre son message, veut croire à une révolution énergétique et citoyenne et attaque bille en tête l'actuel Président des Etats-Unis, coupable à ses yeux de crime contre l'humanité, la nature, bref la planète.

Il y a dix ans il alarmait sur le temps des conséquences. Aujourd'hui il alerte et réclame le temps de l'action.

Cannes 2017 : Qui est Kim Min-hee ?

Posté par MpM, le 22 mai 2017

Kim Min-hee a connu un début de carrière plutôt classique, alternant productions sud-coréennes destinées au marché local et séries télévisées. Elle fait en effet ses premiers pas au cinéma en 2000 (elle a dix-huit ans) avec le film Asako in Ruby Shoes de Lee Jae-yong, puis à la télévision avec The age of innocence.

C'est en 2008 que sa performance dans Hellcats de Kwon Chil-in lui permet de se faire remarquer. Elle reçoit d'ailleurs le Baeksang Arts Award (récompense cinématographique sud-coréenne) de la meilleure actrice. Elle est à nouveau nommée en 2012 pour Helpless de Byeon Yeong-joo et récompensée en 2013 pour Very ordinary couple de Roh Deok. Autant de films inédits en France.

Mais il faut attendre 2015 pour que la comédienne soit réellement révélée sur le marché international à l'occasion de sa première collaboration avec Hong Sang-soo, Un jour avec, un jour sans. On la remarque tout de suite dans le rôle d'une jeune artiste qui se cherche, et qui, selon les versions de l'intrigue, dresse même un portrait étonnamment lyrique de la recherche artistique. Il y a une pureté, inhabituelle chez Hong Sang-soo, et même une véritable élévation, dans le long monologue de la jeune femme qui explique pourquoi elle peint, et ce que cela lui apporte. Kim Min-hee y est bouleversante, comme elle sait à d'autres moments être irrésistible de drôlerie ou de maladresse.

Le film est couronné d'un léopard d'or à Locarno et son partenaire Jeong Jae-yeong remporte le prix d'interprétation masculine. Pourtant, c'est bien la rencontre avec Kim Min-hee qui marque un tournant dans l'oeuvre du cinéaste sud-coréen, lequel semble ne plus pouvoir se passer d'elle. Ils enchaînent ensemble On the beach at night alone (2017), La caméra de Claire (2017) et The day after (2017).

Entre temps, Kim Min-hee a croisé la route d'un autre cinéaste coréen habitué de Cannes, Park Chan-wook, qui lui confie le rôle titre de son venimeux et sulfureux polar présenté sur la Croisette en 2016, Mademoiselle. Le film lui permet de révéler différentes facettes de jeu, son personnage apparaissant tour à tour fragile, cruel, passionné, manipulateur et surtout extrêmement sensuel. On croit à chaque aspect de cette personnalité multiple qui tire son épingle du jeu avec un plaisir gourmand.

Multiple, elle l'est aussi d'une certaine manière dans On the beach at night alone qui lui vaut l'Ours d'argent de la meilleure actrice lors de la Berlinale 2017. Elle y campe avec justesse, sensibilité et humour une femme aux prises avec ses sentiments suite à une histoire d'amour avec un homme marié (toute ressemblance avec des faits réels...). Là encore, elle brille lors de monologues véhéments (et alcoolisés) sur l'amour et ses pièges, et passe avec facilité du burlesque au sensible, et même à l'émotion.

On attend donc forcément avec un mélange d'excitation et d'anxiété ses deux prochaines apparition chez Hong Sang-soo, aux côtés d'Isabelle Huppert dans La Caméra de Claire, et avec un autre habitué de l'univers d'Hong Sang-soo, Kwon Hae-hyo (Yourself and yours, On the beach at night alone) dans The day after. Ce n'est pas nous qui allons nous plaindre de cette double dose cannoise de Kim Min-hee. En espérant la découvrir prochainement dans un autre registre encore.