Vesoul 2012 : retour sur le palmarès qui couronne August drizzle

Posté par redaction, le 22 février 2012

Après une semaine de compétition, de rencontres et de découvertes en tous genres, la 18e édition du festival des cinémas d'Asie de Vesoul (FICA) s'est achevée mardi soir avec l'annonce du palmarès et la projection en avant-première du nouveau film de Wang Quan'An, Apart together. Le jury international présidé par Atiq Rahimi, et réunissant Ermerk Chinarbaev, Nestor O. Jardin et Latika Padgaonkar, a choisi de remettre le Cyclo d'or 2012 au Sri-lankais Aruna Jayawardana pour August drizzle, également couronné du prix NETPAC.

Le film se déroule dans la campagne sri-lankaise où le soleil assèche toute chose. On y suit la vie d'une femme dans son activité d'entrepreneur de pompes funèbres, reprise après la mort de son père. Rejetée par la communauté de son village du fait de cette profession habituellement masculine, l'héroïne tente de mener à bien le projet de construction d'un crématorium, utile pour le village mais qui risque de ruiner son concurrent. Sous un aspect physique peu charmeur, la jeune femme rêve malgré tout d'amour, de mariage, d'enfants... même si le destin en a décidé autrement.

August drizzle se caractérise par des images pas du tout racoleuses, et au contraire belles dans leur capacité à nous montrer la dure réalité quotidienne de cette communauté. Et puis il y a cette femme dont on s'écarte, qui abandonne un à un ses rêves de bonheur personnel, mais si forte dans la poursuite de son projet, et qui a su émouvoir et séduire public et jurés.

Le Grand prix du jury international va lui à Dance town de Jeon Kyu-hwan (Corée), qui surprend par son observation du genre d’accueil que peut offrir la Corée du Sud à une réfugiée de Corée du Nord. La jeune femme est observée et guidée de manière assez pressante quand elle n’est pas surveillée de manière oppressante. Le réalisateur Jeon Kyu-hwan propose un film à l’aspect moins cinématographique que son précédent (Animal Town, déjà présenté à Vesoul, qui avait fait une très favorable impression), comme si l’esthétique de l’image était diminuée par la dureté de son contenu. On y voit surtout une grande ville qui n’intègre pas vraiment une personne étrangère, ni même ses habitants quand ils sont très âgés ou handicapés. Ces solitudes qui se croisent parfois ne semblent jamais entrevoir la perspective d'une amélioration de leur sort. A noter que le film a également convaincu le jury INALCO, qui lui décerne son prix coup de cœur.

Le jury international a également choisi de distinguer Le temps dure longtemps de ?zcan Alper et Nino de Loy Arcenas. Si le premier tranchait incontestablement sur le reste de la compétition, par ses qualités cinématographiques et la force de son propos (les génocides kurdes et arméniens), on peut en revanche être plus surpris par le succès du second (qui a également reçu le coup de coeur Guimet), mélo familial formaté à l'esthétique de série télévisée.

Final Whistle de Niki Karimi (photo de droite) récolte quant à lui trois prix mérités (Prix Emile Guimet, Prix INALCO et Prix du jury lycéen). Le film débute avec une réalité qui nous est familière (l'actrice/réalisatrice Niki Karimi qui travaille sur un film) comme pour nous faire croire à la réalité du scénario : une femme est prête à vendre un de ses organes dans l’espoir de réunir assez d’argent pour éviter que sa mère ne soit condamnée à mort.

Dans le film on se déplace beaucoup d’un endroit à un autre et souvent en voiture, la caméra est toujours en mouvement pour suivre les personnages et en même temps pour placer le spectateur en position de témoin. Bien qu’il s’agisse d’une fiction on est alors happé par une impression de réel, et on va découvrir progressivement le drame qui a eu lieu. L'occasion de partager avec le spectateur plusieurs questions sur la justice ou les droits des femmes en Iran.

Return ticket de Teng Yung-Shing (mention spéciale NETPAC), sur des ouvrières chinoises qui aspirent à retourner dans leur ville natale pour le Nouvel An,  et Khalifah de Nurman Hakim (prix du public), qui aborde la question de l'intégrisme religieux en Indonésie, se partagent les autres récompenses de la compétition long métrage tandis que Les origines de la pomme de Catherine Peix (prix du public) et Parvaz, l'envol de Reza d' Ali Badri (prix du jury jeunes) sont distingués dans la compétition documentaire.

Une partie des films primés seront repris comme chaque année à l'auditorium du Musée des Arts Asiatiques Guimet de Paris du 18 au 20 avril 2012. Et pour la prochaine édition du FICA, il faudra attendre la semaine du 5 au 12 février 2013.

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Le palmarès complet

Cyclo d'or
August drizzle de Aruna Jayawardana (Sri Lanka)

Grand Prix du Jury International
Dance town de Jeon Kyu-hwan (Corée)

Mentions spéciales :
- Nino de Loy Arcenas (Philippines)
- Le temps dure longtemps de ?zcan Alper (Turquie)

Prix du Jury NETPAC
August drizzle de Aruna Jayawardana (Sri Lanka)

Mention spéciale NETPAC
Return ticket de Teng Yung-Shing (Taïwan/Chine)

Prix Emile Guimet
Final whistle de Niki Karimi (Iran)

Coup de cœur Guimet
Nino de Loy Arcenas (Philippines)

Prix INALCO
Final whistle de Niki Karimi (Iran)

Coup de cœur INALCO
Dance town de Jeon Kyu-hwan (Corée)

Prix du public long métrage de fiction
Khalifah de Nurman Hakim (Indonésie)

Prix du Jury Lycéens
Final whistle de Niki Karimi (Iran)

Prix du public du film documentaire
Les origines de la pomme de Catherine Peix (Kazakhstan-France).

Prix Jury Jeunes
Parvaz, l'envol de Reza d' Ali Badri (Iran-France)

Crédit photos : Michel Mollaret

La Chine s’ouvre (un peu plus)

Posté par vincy, le 22 février 2012

Les autorités chinoises ont décidé d'augmenter le nombre de films étrangers diffusés dans leur pays, l'un des plus protectionnistes du monde. La mesure va principalement bénéficier au cinéma américain, puisque l'accord signé vendredi dernier fait partie d'une négociation commerciale sino-américaine et concerne essentiellement des films en 3D ou format IMAX.

Dans un marché en forte explosion, le 3e du monde en recettes en 2011, l'enjeu est de taille. D'autant que les analystes prévoient que le marché chinois va plus que doubler d'ici 2015, dépassant ainsi largement le Japon.

Dorénavant, ce sont 14 films supplémentaires qui seront autorisés, soit un potentiel de 500 millions de $ de recettes pour les studios concernés. Jusqu'ici, la Chine ne permettait qu'à 20 films étrangers par an d'être projetés dans les salles du pays.

L'Empire du milieu cherche à protéger son industrie cinématographique, et bien sûr à la développer. Cette limitation du nombre de films étrangers, qui doivent par ailleurs correspondre aux critères de la censure, facilite la bonne résistance du cinéma chinois (54% de parts de marché), qui investit de plus en plus massivement dans de grosses productions locales. Les Américains ont, en partie, contourné le problème en tournant certaines de ses productions (Kung-fu Panda, Mission:Impossible III, ...) sur place, incitant les autorités à accepter leurs films dans la short-list annuelle.

DreamWorks Animation vient même d'annoncer la création d'un studio à Shanghai, baptisé Oriental DreamWorks. L'infrastructure produire un film d'animation par an à partir de 2016 et deux à partir de 2018.

En 2011, seuls deux films français (Arthur 3 et Coursier) sont sortis en Chine (contre 7 en 2010 et 4 en 2009) réalisant 5,2 millions d'euros de recettes (1,48 millions d'entrées). Selon Unifrance, trois sorties sont prévues en 2012 : A bout portant, La proie et Largo Winch II.

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Ci-joint un tableau récapitulatif du marché cinématographique chinois en 2011, fournit par Gravity Group.

Ça cartoon à Lyon!

Posté par Morgane, le 22 février 2012

Du 22 février au 9 mars, le Grand Lyon propose de (re)découvrir le meilleur du cinéma d'animation européen dans une vingtaine de salles.

En parallèle du forum professionnel Cartoon Movie (7-9 mars), On cartoon dans le Grand Lyon! propose au grand public des projections de plusieurs films d'animation européens de ces dernières années. Cette manifestation s'inclue dans un mouvement dans lequel les salles du GRAC (Groupement Régional d'Actions Cinématographiques) mettent en lumière le cinéma d'animation à travers différents festivals - comme les Toiles des Gones - et animations organisés tout au long de l'année. La Région Rhône-Alpes, très active dans la production cinématographique d'animation, notamment à travers le studio Folimage, est partenaire du GRAC et de Cartoon Movie.

Ce festival, dont c'est la deuxième édition cette année, propose des films plus ou moins récents (Le château des singes, Le tableau), des avant-premières (Alois Nebel), pour les plus grands (Crulic) comme pour les plus jeunes (Les contes de la nuit). On pourra aussi voir Chico & Rita, nommé aux Oscars ou The Prodigies, sélectionné à Cannes l'an dernier. Il y en a pour tous les goûts.

Et côté animations, divers ateliers et rencontres seront au rendez-vous: à la découverte des effets spéciaux, ateliers arts plastiques animé par Helène Théry, illustratrice, atelier marionnettes, atelier sur le thème de la couleur, atelier réalisation etc. Des ciné-goûter et ciné-conte seront également proposés ainsi qu'une rencontre avec Jean-François Laguionie et Anik Le Ray, réalisateur et scénariste du Tableau.

Cartoon Movie conclura ce festival. Ce forum de la coproduction européenne de films d'animation accueillera 700 participants de 34 pays. 55 projets seront présentés. La manifestation s'ouvrira avec Arrugas, qui vient de remporter le Goya du meilleur film d'animation et du meilleur scénario en Espagne.

Tout le programme

The Counselor de Ridley Scott, par Cormac McCarthy et avec Michael Fassbender

Posté par vincy, le 21 février 2012

Ses livres sont de plus en plus adaptés - No Country for Old Men, La route, De si jolis chevaux -, mais là, Cormac McCarthy a décidé d'écrire un scénario original, 36 ans après The Gardener's Son. The Counselor sera réalisé par Ridley Scott. C'est désormais confirmé après un mois de négociations (et de rumeurs sur internet).

Il s'agira de l'histoire d'un avocat estimable qui croit pouvoir mettre le doigt dans le commerce de la drogue sans se faire avaler par lui. Évidemment, il se trompe.

Les producteurs promettent un film fidèle à l'atmosphère de l'écrivain, entre obsessions sexuelles et ton viril. Deux femmes devraient s'inviter dans le casting, qui ne comprend, pour l'instant, que sa star principale : Michael Fassbender.

L'acteur, snobé par les Oscars mais primé à Venise en septembre pour son interprétation dans Shame, sera à l'affiche cet été de Promotheus, le prochain film de Ridley Scott.

Vesoul 2012 : trois questions au cinéaste taïwanais Teng Yung-shing

Posté par MpM, le 21 février 2012

En lice pour le Cyclo d'or 2012, Return ticket du cinéaste taïwanais Teng Yung-shing raconte l'existence d'ouvrières chinoises de la province d'Anhui, venues travailler à Shanghai, et impatientes de retourner dans leur village natal pour célébrer le Nouvel An. Une histoire typiquement continentale, donc, pourtant produite par le spécialiste de l'identité taïwanaise, le maître Hou Hsiao-Hsien.

Ecran Noir : Contrairement aux films taïwanais que l'on a l'habitude de voir en France, Return ticket ne traite pas directement de Taïwan et de son identité, mais d'une situation typiquement chinoise. Est-ce parce que vous trouvez que le cinéma taïwanais est trop tourné vers lui-même et son histoire ?

Teng Yung-shing : C'est naturel que les cinéastes parlent de l'endroit d'où ils viennent et où ils vivent. Mais pour moi, ce qui compte n'est pas tant l'endroit que les gens. Il se trouve que j'habite à Shanghai depuis six ans, donc l'histoire du film est celle des gens autour de moi.

EN : Quel a été le cheminement du film ?

TYS : Tous les personnages que l'on voit, ce sont des femmes un peu âgées qui habitent autour de chez moi. J'ai donc voulu faire un documentaire sur elles. Plein d'histoires ont surgi. A partir de ces expériences vécues, on a commencé à bâtir une histoire. A part les trois personnages principaux, les autres acteurs sont d'ailleurs des gens du quartier ! En tant que cinéaste, je n'avais pas envie d'utiliser ma propre vie. Pour moi, le plus important était d'aborder la question du retour, du fait de rentrer chez soi. Mais ce qui m'entourait est naturellement entré dans le film.

EN : Le film a une esthétique spéciale, avec des teintes bleutées, des images peu éclairées, et une ambiance sonore presque joyeuse...

TYS : J'ai fait ce choix esthétique avant tout pour des raisons réalistes. Ces femmes gagnent très peu d'argent donc elles n'allument qu'une seule lampe, ce qui donne ces teintes sombres. En revanche, la musique est plus légère car même si les personnages ont une vie difficile, elles sont heureuses. Je voulais éviter d'avoir une position trop misérabiliste et au contraire dédramatiser la situation.

Goyas 2012 : un polar très noir surclasse Almodovar

Posté par vincy, le 20 février 2012

No habrá paz para los malvados d'Enrique Urbizu a laminé dimanche soir La Piel que habito de Pedro Almodovar, pourtant favori en nombre de nominations (voir notre actualité du 12 janvier). Déjà récipiendaire du prix du meilleur film espagnol à Mar del Plata, ce polar conduit par un flic désespéré a été récompensé par 6 Goyas : meilleur film, réalisateur, acteur (José Coronado), scénario original, montage et son. Le film a rapporté près de 5,6 millions de $ au box office, soit le 4e succès espagnol de l'année 2011.

Almodovar n'est cependant pas reparti bredouille. Sur 16 nominations, La piel que habito a reçu 4 Goyas : meilleure actrice (Elena Anaya) et meilleur espoir masculin (Jan Cornet) pour un même personnage (une première), meilleure musique (le 10e prix Goya pour Alberto Iglesias) et meilleur maquillage.

Parmi les autres vainqueurs, on notera Eva (meilleurs nouveau réalisateur pour Kike Maillo, second rôle masculin pour Lluis Homar, et effets spéciaux), Blackthorn (costumes, décors, direction artistique, photo) et La voz dormida (second rôle féminin pour Ana Wagener, espoir féminin pour Maria Leon).

A ce palmarès qui se concentre sur 5 films, il faut ajouter le film d'animation Arrugas. Goya du meilleur long métrage animé, il repart aussi avec celui de la meilleure adaptation.

Côté documentaire, on note que la cinéaste catalane Isabel Coixet, une protégée d'Almodovar, a gagé le prix dans cette catégorie avec Escuchando al juez Garzon.

Enfin, deux films étrangers ont été honorés : The Artist en tant que meilleur film européen, prix qui s'ajoute à son long palmarès international. En tant que film français, il succède à Indochine, Bleu, Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain et Le pianiste. Seul le cinéma britannique fait historiquement mieux avec 7 Goyas. El Chino, qui vient de sortir en France a reçu le Goya du meilleur film étranger hispanophone. Le cinéma argentin continue de surclasser tous les autres dans cette catégorie, avec ce 11e gagnant (le Chili et Cuba n'en ont que trois chacun).

L’instant court : Speechless, réalisé par Tran Anh Hung

Posté par kristofy, le 20 février 2012

Comme à Ecran Noir, on aime vous faire partager nos découvertes, alors après It's Halftime in America réalisée par David Gordon Green, avec Clint Eastwood, voici l’instant Court n° 66.

A l'occasion du 18ème Festival international des cinémas d'Asie (FICA) de Vesoul,  Ecran Noir a pu rencontrer Tran Anh Hung, invité de la section "francophonie d'Asie" avec ses 4 longs métrages L'odeur de la papaye verte, Cyclo, A la verticale de l'été et La ballade de l'impossible.

L'occasion de revenir avec lui sur son travail, et d'évoquer rapidement son expériences dans le domaine du format court. Expériences dont nous vous proposons ici un exemple à travers une publicité volontairement "orientalisante" et glamour.

Ecran Noir : Vos premiers courts-métrages, La femme mariée (à Cannes en 1989) et La pierre de l’attente, sont devenus quasiment invisibles  ?

Tran Anh Hung : Je souhaite qu’ils restent invisibles, ce sont les films les plus tristes qu’on ait pu faire. Je broyais du noir sûrement, je devais être dans une période sombre de ma vie, il n’y a pas beaucoup de plaisir à les voir.

EN : Il vous est également arrivé de réaliser des films publicitaires...

TAH : Je fais très peu de publicités, vraiment quand mon compte en banque est vide c’est à ce moment-là que j’accepte. Pour le spot Marionnaud, c’est leur agence de communication qui a eu ce genre d’idée avec un côté un peu asiatique, c’était leur envie. Je crois que l’agence a bien aimé la réalisation de cette pub mais en fait pas leur client.

Je fais très peu de publicité parce que pour moi faire une image c’est très précieux, je ne voudrais pas m’épuiser à ça. J’en ai fait une dizaine dans ma vie mais c’est minuscule, ce n'est pas grand chose.

Crédit photo : image modifiée, d’après un extrait du film Speechless.

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Vesoul 2012 : rencontre avec Tran Anh Hung

Posté par kristofy, le 19 février 2012

Le FICA de Vesoul s’attache à mieux faire découvrir le cinéma des pays francophones d’Asie, et cette année, c’est le réalisateur franco-vietnamien Tran Anh Hung (ci-contre, et ci-dessous avec le réalisateur japonais Kore-Eda)  qui est invité. Dès son premier film, Tran Anh Hung s'est fait connaître et surtout reconnaître pas seulement comme un nouveau talent à suivre mais déjà comme un cinéaste qui va compter.

L’odeur de la papaye verte reçoit le prix de la Caméra d’or au festival de Cannes en 1993 et le César de la meilleure première œuvre, et il concourt à l’Oscar du meilleur film étranger. En 1995, son second film Cyclo gagne le Lion d’or au festival de Venise, en 2000 il est de retour à Cannes avec A la verticale de l’été, et en 2010 de nouveau à Venise pour La ballade de l’impossible.

Ce sont ces quatre films que Vesoul a programmés, une initiative d’ailleurs très appréciée par le public car chaque séance affichant complète, il a fallu en organiser des supplémentaires.

EN : Dans L’odeur de la papaye verte on est plongé dans le Vietnam pourtant le film n’a pas été tourné là-bas mais en studio en France, pour quelle raison ?

TAH : Le tournage en studio, c’est une erreur que nous avons faite, mais heureusement on a réussi à restituer parfaitement le Vietnam. En fait c’était mon premier film mais aussi le premier de mon producteur ce qui fait qu’on manquait un peu d’expérience, on manquait aussi d’un manque de connaissance du Vietnam.

On avait pensé à recréer le décor, on a commencé à raser un endroit pour poser une chape de béton où construire dessus. Seulement on n’avait pas anticipé l’extrême lenteur du Vietnam, et on s’est rendu compte que si on continuait à cette vitesse là alors le tournage ne pourrait pas commencer avant la saison des pluies, ce qui serait catastrophique. Le décor je le voulais en extérieur là-bas et pas en studio pour hériter de la lumière naturelle et de la végétation, mais vraiment ça ne pouvait pas être possible.

EN : Le film suivant Cyclo est tourné lui sur place au Vietnam, et il a gagné le Lion d’or au festival de Venise. Pourtant il y a eu des soucis de censure de la part de Vietnam, d’où vient ce décalage d’appréciation ?

TAH : En fait le Vietnam a vu le film comme quelque chose qui pouvait abîmer l’image de leur pays, voilà. Ils ont considéré que Cyclo noircit la société vietnamienne. Le film a eu de belles critiques de journalistes occidentaux, avec dedans cet aspect du banditisme, et ça n’a pas plu à la censure idéologique du Vietnam, il y a eu quelques reproches. Mais c’était le moment où les dvd piratés au Vietnam sont apparus, et le film existait normalement dans les bacs des magasins vidéo.

EN : Pour adapter en film un roman aussi dense que La ballade de l’impossible de Murakami Haruki comment se fait le choix des passages à supprimer ou à écourter ?

TAH : Ce sont des choses qui se font naturellement. Je me suis donné comme ligne directrice le développement de la psychologie du personnage Watanabe et je voulais que le spectateur soit le plus proche possible de ça. Je voulais que le spectateur puisse être dans la tête et dans le cœur de Watanabe. Tout ce qui pouvait distraire ou emmener le spectateur loin de cette ligne, je le supprimais du livre.

EN : Vous travaillez sur plusieurs projets de nouveaux films dans différentes langues, mais le prochain serait un retour en France ?

TAH : Oui, mon prochain film sera français, je ne peux pas dire grand-chose dessus encore sauf qu’il s’agit de l’adaptation d’un livre absolument magnifique. Quand je l’ai lu, c’est devenu tellement évident que je devais en faire un film, il n’y a eu aucun obstacle pour que je l’adapte. J’espère accélérer mon rythme de travail, pour ne pas espacer de trop d’années mon dernier film et le prochain. Il y aura comme un retour aux sources car ça sera aussi les retrouvailles avec mon producteur historique des trois films vietnamiens, et je pense que les choses iront plus vite.

EN : Le FICA de Vesoul a choisi de présenter vos films presque comme une forme de rétrospective, quand vous regardez en arrière, quel sentiment avez-vous ?

TAH : Ce n’est pas un secret, j’ai commencé par refuser tout d’abord. Pour moi l’œuvre est comme un corps qui n’a pas encore toutes ses jambes ni tout ses bras, j’ai trouvé que c’était un peu tôt. Quand je suis ici, je suis content de rencontrer le public de Vesoul autour de ces films, ils affichent complet, ce qui me surprend et me fait très plaisir, mais je pense que j’ai encore quelques films à donner pour que le panorama soit assez complet pour un vrai corps avec tout ses membres.

Lire l'intégralité de l'interview

Crédit photo : Michel Mollaret

Berlin 2012 : un Ours d’or pour les frères Taviani et leur César doit mourir

Posté par MpM, le 19 février 2012

Comme prévu, le jury du 62e Festival de Berlin, présidé par Mike Leigh, a rendu un palmarès équilibré faisant la part belle au cinéma humain et engagé. César doit mourir des frères Taviani, adaptation sensible et poignante de la pièce de Shakespeare Jules César par les détenus d'un quartier de haute sécurité, remporte logiquement l'Ours d'or. Son humanité, la réflexion politique qu'il induit et son intelligence de mise en scène en faisaient l'un des plus évidents favoris.

A ses côtés, le film hongrois sur les meurtres de Roms, Juste le vent, est justement récompensé pour ses aspects naturalistes et sa force dramatique à la limite du documentaire, sans compter les résonances que le sujet peut avoir dans toutes les régions du monde.

Sans grande surprise non plus, l'Allemand Chistian Petzold, habitué de Berlin et chouchou de la critique internationale, repart avec un prix d'envergure (l'Ours d'argent du meilleur réalisateur) pour son drame situé dans l'Allemagne de l'Est au début des années 80 (Barbara).

Seul vrai "faux pas" du palmarès, le double prix pour la médiocre Affaire royale du Danois Nikolaj Arcel, mélange prévisible de la Reine Margot et de The duchess dans le Danemark du XVIIIe. Autant l'on peut comprendre le prix d'interprétation pour l'acteur Mikkel Boe Folsgaard, qui se démène beaucoup pour interpréter ce roi danois désaxé, autant le prix du scénario semble avoir été attribué par erreur, tant l'écriture du film est formatée et lourdingue.

On est en revanche très heureux de voir saluée l'inventivité et l'audace cinématographiques de Miguel Gomez (Tabu) qui invente un cinéma quasi sociologique où le comportement humain est décortiqué comme dans un documentaire animalier. Troublant et captivant.

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Tout le palmarès

Ours d'or du meilleur film
César doit mourir de Paolo et Vittorio Taviani (Italie)

Ours d'argent - Grand prix du jury
Juste le vent de Bence Fliegauf (Hongrie)

Ours d'argent du meilleur réalisateur
Christian Petzold pour Barbara (Allemagne)

Ours d'argent de la meilleure actrice
Rachel Mwanza (RDC) dans Rebelle de Kim Nguyen (Canada)

Ours d'argent du meilleur acteur
Mikkel Boe Folsgaard (Danemark) dans A Royal affair de  Nikolaj Arcel (Danemark)

Ours d'argent de la meilleure contribution artistique
La photo de Bai lu yuan de Wang Quan'an (Chine)

Ours d'argent du meilleur scénario
A Royal affair de Nikolaj Arcel (Danemark)

Prix Alfred Bauer de l'innovation, en mémoire du fondateur de la Berlinale
Tabu de Miguel Gomes (Portugal)

Mention spéciale du jury
L'Enfant d'en haut d'Ursula Meier (Suisse)

Vesoul 2012 : Regard sur le cinéma kazakh avec Ermek Chinarbaev

Posté par kristofy, le 18 février 2012

Le Kazakhstan semble doublement loin, à la fois  géographiquement et cinématographiquement. Si le cinéma kazakh est méconnu faute, la plupart du temps, d’arriver jusqu’à nous, le FICA, lui, n’hésite pas aller le chercher depuis déjà plusieurs éditions.

Cette année, Vesoul propose ainsi un Regard sur le cinéma du Kazakhstan avec près d’une vingtaine de film. Le plus ancien date de 1938, il s’agit de Amangueldy de Moisei Levin qui, bien qu'il ait été initié par les soviétiques, est considéré comme le film dramatique fondateur du cinéma kazakh avant Les chants d’Abai de Pesni Abaya. Vesoul programme aussi deux films de Abdulla Karsakbaev dont On m’appelle Koja (prix spécial du jury à Cannes en 1967), deux films de Chaken Aïmanov, plusieurs films qui évoquent la guerre et d’autres qui témoignent de la vitalité de la Nouvelle Vague kazakh.

Cette année le jury de la compétition présidé par Atiq Rahimi (documentariste et romancier, prix Goncourt 2008) compte dans ses rangs le cinéaste kazakh Ermek Chinarbev, lui-même auréolé d’un beau palmarès : La Vengeance était au festival de Cannes en 1989, Ma vie sur le bicorne a gagné le Léopard d’or au festival de Locarno en 1993. Son film Lettres à un ange resté inédit en France est présenté cette année en première à Vesoul, ce qui a été l’occasion d’un débat avec les spectateurs à propos du cheminement de sa création.

Lettres à un ange est une histoire à tiroirs rythmée par différentes ‘lettres’ vidéo (sur la danse, l’amitié, l’argent, l’amour, la famille…) de l’héroïne. Celle-ci raconte différentes versions (aussi bien pour elles que pour les spectateurs) de ses différentes relations amoureuses avant un drame lourd de conséquences. La narration tout comme la forte impression laissée par l’actrice Aiganym Sadykova amène le spectateur à se demander si cette femme est un monstre ou pas.

Le réalisateur Ermek Chinarbev revient sur cette création si particulière : « J’ai commencé il y a quelques années à rêver d’une femme très belle qui raconterait différentes petites histoires sur elle, en plusieurs langues et dans plusieurs pays. C’était devenu nécessaire de la voir sur un écran pour qu’elle existe, mais c’est difficile de faire un film. Un jour, j’ai raconté ça à une femme qui m’a recontactée une année après pour parler de la production de ce projet, je ne sais pas pourquoi mais on a fait ce film. Pour trouver l’actrice j’ai auditionné deux fois Aiganym Sadykova sans être persuadé qu’elle était le personnage, mais à une troisième audition avec un partenaire homme, alors là ça m’est paru évident. Sur le tournage elle a d’ailleurs manipulé en quelque sorte les trois autres acteurs, et ils sont devenu tout les trois amoureux d’elle. Je pense tout le temps à cette femme du film. A la question ‘est-elle un monstre?’, on me fait à chaque fois des réponses différentes. Même John Malkovitch a voulu m’expliquer le film. Je me pose moi-même toujours cette question, d’ailleurs, j’y pense tout le temps. »

Crédit photo : Michel Mollaret