Deauville Asia 2012 : le prix Action Asia attribué à Wu Xia

Posté par kristofy, le 12 mars 2012

Depuis 2004, le Festival Asiatique de Deauville s’est attaché (en plus de la compétition officielle) au genre "film d’action" au sens large (polar, combats, guerre…) avec la compétition Action Asia.

Jusque-là, le jury "Action asia" comptait dans ses rangs des personnalités réputées pour leur proximité avec les films d’action (Xavier Gens, Jan Kounen, Marc Caro, Eric Serra, Franck Vestiel, Fred Cavayé, Cut Killer …), et presque chaque année, c’est naturellement le film le plus spectaculaire et le plus novateur qui s’imposait comme lauréat : Ong-Bak de Prachya Pinkaew, Arahan de Ryoo Seung-wan, A bittersweet life de Kim Jee-woon, Dog bite dog de Cheang Soi, The chaser de Na Hong-jin...

Toutefois, cette année, le jury Action Asia composé d'Isabelle Nanty, Arié Elmaleh, Didier Long, Fabienne Babe et Bruno Wolkowitch a choisi Wu Xia de Peter Ho-Sun Chan qui n’est pas tellement original, aux dépends du film favori The Raid de l’Indonésien Gareth Huw Evans qui sera parmi les films les plus frappants de l’année...

Retour sur une sélection Action Asia 2012 qui se partage entre grands noms qui déçoivent quelque peu et premières œuvres plutôt impressionnantes.

Dans les espoirs déçus, il y a les combats dérivés du kung-fu :

Wu Xia (déjà découvert à Cannes) de Peter Ho-Sun Chan avec Donnie Yen, avec une histoire calquée sur History of violence de David Cronenberg, n’offre jamais les étincelles que l’on pouvait attendre de la réunion de ses deux experts en film d’action. Le duo avait d'ailleurs déjà collaboré ensemble sur Bodyguards and Assassins (d’ailleurs sélectionné à Deauville en 2010). Au regard des productions respectives de Peter Ho-Sun Chan et de Donnie Yen, Wu Xia apparaît comme un film mineur de leur filmographie.

De la même façon, The sorcerer and the white snake avec Jet Li est un film assez convenu de fantasy, où un moine va tenter d’empêcher les conséquences néfastes d’une romance entre un démon-serpent ayant l’apparence d’une femme et un humain. Force est de constater que les effets spéciaux modernes ne se conjuguent pas très bien avec ce style de récit tombé un peu en désuétude...


The sword identity de Xu Haogeng évoque deux guerriers au sabre non-conventionnel défiés par les gardiens des traditions de quatre écoles de kung-fu sur le thème ‘les arts martiaux et les arts militaires sont deux choses différentes’. The sword identity ne propose aucun enjeu et le film peine à trouver son identité…

Les films de guerre ont fait meilleure impression avec un savoir-faire indéniable pour les batailles :

War of the arrows fait s’affronter les coréens Joseon et leurs ennemis de Mandchourie en 1636. Ces derniers déportent un groupe de prisonniers dont une femme tout juste mariée, dont le frère est un archer particulièrement adroit à l’arc qui va les contrecarrer. C’est un film de divertissement spectaculaire avec beaucoup de qualités (des poursuites, des duels, de la romance…) mais pas assez d’originalité au vu des nombreuses productions coréennes de ce type...

Le taïwanais Wei Te-Sheng fait quant à lui très fort avec une (très) longue épopée guerrière qui tient autant de Braveheart que de Avatar : il s’agit du soulèvement de tribus de Taïwan en 1930 contre l’occupant japonais. Warriors of the rainbow – Seediq Bale est un film d’action qui parle de résistance face à un pays colonisateur, thème très fédérateur. Ici, une tirade contre les ‘bienfaits civilisateurs’ des japonais fait écho aux différentes brimades subies par les autochtones qui sont obligés de travailler dur à déplacer des rondins d’arbre.

Ceux qui étaient considérés comme des sauvages vont se révolter contre les japonais, et quelque 300 guerriers insaisissables vont mettre en déroute les armées du Soleil Levant. Les japonais organisent leur riposte avec des bombes quand les tribus avec leurs flèches se préparent au sacrifice… Warriors of the rainbow – Seediq Bale est une grande épopée guerrière inspirée d’évènements réels avec beaucoup de séquences épiques. Ce film de Wei Te-Sheng est devenu l'un des plus gros succès taïwanais (il est sorti en 2 parties, le film dure 4h30), il devrait nous arriver directement en dvd (en version réduite de 2h35) à l’automne 2012.

Le grand favori était le film The Raid, et la première projection a fait applaudir plusieurs fois le public habituellement très silencieux. Un groupe de policiers se lance à l’assaut de l’immeuble réputé intouchable d’un trafiquant de drogue. Ils sont une petite vingtaine à investir les lieux défendus par une centaine de résidents organisés et armés… Les policiers se retrouvent bloqués et encerclés dans un piège où à chaque étage des tueurs ont pour mission de les éliminer. Des exécutions brutales en guise d’introduction indiquent que The Raid sera plutôt brutal, puis il y aura une succession de combats violents avec beaucoup de ‘pencak silat’ (art martial indonésien).

The Raid aligne les séquences de bravoure (par exemple un policier avec une matraque seul dans un couloir contre une quinzaine de tueurs armés de machettes) où le côté "bourrin" des combats est contrebalancé par la réalisation de l’ensemble très fluide. La force de The Raid est d’assumer de façon volontaire son côté film d’exploitation avec beaucoup de combats sauvages et une mise en scène digne des meilleurs polars. Le réalisateur Gareth Huw Evans a réussi à réaliser le genre de film que de nombreux réalisateurs d’action fantasmaient de faire, nul doute que The Raid va devenir une nouvelle référence.

Vanessa Paradis, meilleure actrice au Québec comme au Canada

Posté par vincy, le 12 mars 2012

Le 8 mars, Vanessa Paradis était couronnée par le prix Génie (Canada, nominations) de la meilleure actrice pour sa prestation dans Café de Flore. Le 11 mars, la même Vanessa Paradis pour le même rôle, a reçu le prix Jutra (Québec, nominations) de la meilleure actrice. Doublé rare et d'autant plus exceptionnelle qu'elle est la première française à recevoir ces deux prix.

Globalement, les professionnels canadiens et québécois sont tombés d'accord.  C'est la sixième fois depuis 1999, date de création des Jutra, que le Meilleur film est identique dans les deux palmarès. En l'occurrence, il s'agit du subtil et sensible Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, qui était par ailleurs nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Le film a remporté cinq autre Génies (réalisation, adaptation, montage, acteur principal pour Fellag, second rôle féminin pour Sophie Nélisse. Au Québec, il a gagné six autres Jutra (réalisation, second rôle féminin pour Sophie Nélisse, second rôle masculin pour Emilien Néron, scénario, son, musique). Falardeau reçoit ainsi son 2e Jutra du meilleur réalisateur, 5 ans après celui de Congorama.

Autant dire qu'il ne restait plus grand chose pour les autres.

Au Canada, A Dangerous Method de David Cronenberg a quand même pu rivaliser avec cinq trophées : direction artistique, musique, second rôle masculin pour Viggo Mortensen, son, montage sonore.

Café de Flore, qui concourrait dans les deux soirées, n'a pas brillé que pour Vanessa Paradis. Les Génie ont récompensé ses effets visuels et ses maquillages. Les Jutra ont distingué sa photo et sa direction artistique.

Les Génie ont aussi décerné le prix de la Bobine d'or à Starbuck (film canadien le plus populaire) qui a aussi reçu le prix canadien du meilleur scénario et celui de la meilleure chanson. Il a aussi reçu le Billet d'or (film québécois le plus populaire) aux Jutra.

Côté Québec justement, notons que le prix du meilleur acteur a été remis à Gilbert Sicotte (Le Vendeur) et le prix du film s'étant le plus illustré hors Québec à été donné à Incendies, de Denis Villeneuve.

Deauville Asia 2012 : Kiyoshi Kurosawa à l’honneur et en masterclass

Posté par kristofy, le 11 mars 2012

Le cinéaste Kiyoshi Kurosawa a gagné une reconnaissance internationale à la fin des années 90, à un moment où il s’agissait pour lui presque d’une renaissance en tant que réalisateur. En effet, bien que méconnu avant cette époque, il avait déjà signé une dizaine de films lorsque le monde entier découvre Cure en 1997.

C'est à 28 ans qu'il réalise son premier long métrage, Kandagawa Wars, mais son début de carrière est rapidement freiné par les problèmes de distribution qui touchent le deuxième, The excitement of the Do-Re-Mi-Fa Girl. Il continue cependant à tourner des films et autres épisodes de série télé tout en enseignant le cinéma à la Film School of Tokyo. En 1997 arrive Cure, avec celui qui deviendra son acteur fétiche Kôji Yakusho. Par la suite, chacun de ses films sera sélectionné à Cannes, Berlin ou Venise, et presque tous seront distribués en France.

Le Festival asiatique de Deauville lui rend donc hommage cette année en proposant de revoir ses films les plus connus : Cure, License to live, Charisma, Kaïro, Retribution et Tokyo Sonata. Une rétrospective plus complète de ses films (par exemple Doppelgänger qui est peut-être son meilleur) est prévue à la Cinémathèque Française du 14 mars au 19 avril. C’est d’ailleurs Jean-François Rauger, directeur de programmation de la Cinémathèque, qui a rendu hommage sur scène à Kiyoshi Kurosawa. « Après Cure ses autres films ont transformée notre intuition en certitude : Kurosawa allait faire sortir la notion de cinéma de genre de ses propres limites. Ses plans sont chargés d’une terreur concrète où le danger peut surgir hors-champ, ils distillent une angoisse profonde chez le spectateur. Ce que traque le cinéma de Kiyoshi Kurosawa, avec notamment la contamination, c’est la pulsion de mort d’un Japon à l’imminence de sa disparition. Il pose la question de ce que devient l’Homme lorsqu’il disparaît au profit de sa propre empreinte. Kiyoshi Kurosawa, vous êtes un grand artiste moderne. »

Kiyoshi Kurosawa a alors reçu sa statuette avec ces remerciements : « Cela fait plusieurs décennies que je fais des films, avec parfois des conditions de production ou de distributions difficiles, je suis ému que mes efforts reçoivent cet hommage ici en France. Je me considère plus comme un espoir par rapport à certains réalisateurs vétérans comme Clint Eastwood, Woody Allen, Roman Polanski, Abbas Kiarostami... mais ce genre d’hommage m’autorise à faire du cinéma avec eux en première ligne. J’ai la ferme intention de continuer à réaliser des films, et j’espère d’ailleurs vous proposer de découvrir le prochain très bientôt ».

Kiyoshi Kurosawa par lui-même

Lors de sa masterclass publique, le réalisateur a évoqué à la fois le début de sa carrière et quelques-unes de ses influences. Après avoir montré quelques extraits de es films, il a ensuite abordé plus précisément son travail de mise en scène et les thèmes de ses films. Voici un condensé des échanges :

A propos de ses premiers films des années 80-début années 90 (avant sa reconnaissance internationale avec Cure en 1997) :

C’est difficile de porter un regard rétrospectif sur mon travail. Au début j’ai eu un peu comme une envie de me rapprocher des films dont j’appréciais la mise en scène, autant les films américains de Richard Fleisher que les films français de Jean-Luc Godard. Par exemple, pour Godard je trouvais que certains de ses films étaient assez complexes et très divers, sa façon d’utiliser le cadre et le son m’intéressait. On pouvait y voir parfois un montage un peu osé ou non-conventionnel, la musique pouvait arriver ou s’arrêter de manière inopinée. L’art de la transition, c’est quelque chose d’important. Mais j’ai laissé Godard de côté pour aussi m’imprégner de films américains et aussi des films de yakuzas japonais. Ceci dit, j’ai commencé à réaliser des films du genre plutôt pink-eiga (érotique soft), et aussi d’autres films directement pour le marché vidéo. Je suis Japonais et le plus important était de m’inscrire dans le cinéma japonais avec mon propre langage. C’est ce que je me suis attaché à faire avec chacune de mes réalisations.

A propos de la tradition des fantômes japonais et de ses codes au cinéma :

Dans plusieurs de mes films, j’ai un questionnement quant à comment mettre en images la mort, et montrer un fantôme à l’écran est une façon de parler de la mort. Dans tel film, c’est juste une apparition, dans un autre le personnage  peut toucher le fantôme comme une entité physique palpable. La figure du fantôme est un être effrayant pour le personnage de l’histoire qui le voit, et aussi pour le spectateur. Mais je me détourne du cliché où le personnage hurle en agitant les bras dans tous les sens. Dans mes films, le sujet a comme première réaction souvent de s’affaisser sur lui-même, de tomber à l’intérieur en quelque sorte. Le fantôme qui apparaît traduit surtout un trouble mental chez le personnage qui lui fait face. Ce désordre mental est quelque chose de presque essentiel dans la vie qui n’est pas une ligne droite parfaite.

A propos du choc des meurtres inattendus ou violents :

Je veux filmer les scènes violentes de manière la plus réelle possible. Quand quelqu’un se fait tirer dessus, le sang coule de manière crédible, et c’est un défi de rendre ça en seul plan-séquence sans coupe. Je tiens à la crédibilité de l’image pour susciter une plus grande réaction du spectateur. Un réalisateur ne peut pas se contenter de tirer le meilleur parti de ses acteurs. Tourner un plan difficile qui demande un travail particulier à l’équipe est quelque chose d’essentiel. Par exemple, un assistant doit actionner au bon moment un tuyau au bout de la jambe de l’acteur pour déclencher un écoulement de sang à l’autre bout du tuyau caché dans son cou. Le montage peut être très commode pour ce genre de scène mais c’est aussi une façon de duper le spectateur en quelque sorte. Je préfère couper le moins possible et allonger la durée d’un plan. Un film doit toucher le spectateur de manière directe et frontale.

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A noter : Kiyoshi Kurosawa vous donne rendez-vous pour une autre masterclass à la Cinémathèque Française le jeudi 15 mars prochain.

Natalie Portman parmi les égéries publicitaires les plus médiatisées

Posté par vincy, le 11 mars 2012

Un institut, Lexis Nexis, propose chaque année un classement des égéries publicitaires pour les marques de beauté afin de connaître leur impact mondial en retombées presse et en présence sur les réseaux sociaux.

Lady Gaga, visage de la marque Mac, domine largement le tableau cette année. Mais c'est Natalie Portman, 5e, qui créé la surprise. "Miss Dior" a su profiter de son actualité pour faire parler d'elle : un Oscar, un compagnon lui même ambassadeur de L'homme libre d'Yves Saint Laurent, un accouchement... De quoi valoriser le parfum Dior sans trop de dépenses. Il n'y a bien que Beyoncé (L'Oréal), certes plus chanteuse qu'actrice, qui la surclasse (2e) à Hollywood. Portman a ainsi plus de visibilité que Jennifer Lopez (L'Oréal et Gillette), Justin Timberlake (Givenchy) et Gwyneth Paltrow (Estée Lauder), respectivement 6e, 7e et 8e.

Les acteurs et actrices sont de plus en plus sollicités par ces grandes marques car ils apportent une image moins "fabriquée", plus "affective" et toute aussi percutante médiatiquement. Sinon, dans le Top 10, on retrouve une chanteuse (Cheryl Cole), deux sportifs (Jenson Button et Andy Roddick) et une top model inusable (Kate Moss).

En France, les contrats de Marion Cotillard (Dior) et Audrey Tautou (Chanel) touchent à leur fin. Il faudra attendre pour voir si une Léa Seydoux (Prada) fera aussi bien qu'elles. Il reste qu'Eric Cantona, 48e, est toujours parmi les Français les plus connus dans le monde.

L’instant Court : exposition Tim Burton à la Cinémathèque

Posté par kristofy, le 10 mars 2012

Comme à Ecran Noir, on aime vous faire partager nos découvertes, alors après Long stay these days réalisé par Peter Naylor, voici l’instant Court n° 69.

La Cinémathèque Française organise une exposition des œuvres de Tim Burton, une rétrospective de ses films bien entendu mais surtout quantités de dessins, photos, sculptures, costumes et autres éléments graphiques divers qui ont été utilisés lors de la préparation de ses tournages.

Pour l’occasion, le réalisateur s’est livré en public à l’exercice de la master-class (après Steven Spielberg il y a quelques semaines). Tim Burton a évoqué son attachement aux films de Vincent Price (la voix de son court-métrage Vincent) et de Ed Wood, aux décors fabriqués plutôt qu'aux trucages numériques sur fond vert (bien que cette technique lui ait valu son plus gros succès commercial avec Alice au pays des merveilles), l’animation image par image avec des marionnettes miniatures, également son Batman (qui a été un succès à l’époque où les films de super-héros n’était pas un genre à la mode) et ses prochains films Frankenweenie (qui sera d'ailleurs proche de son court Vincent, et avec la voix de Winona Ryder) et Dark Shadows où il retrouve Johnny Deep et Michelle Pfeiffer.

Voila donc la bande-annonce de l’exposition Tim Burton à la Cinémathèque française, supervisée par Tim Burton lui-même. Il s’agit d’une déclinaison de celle qu’il avait conçue pour l’exposition de ses travaux au MoMA de New-York.

Vous êtes fan de l’œuvre de Tim Burton ? Alors réalisez vous-même un court métrage d’animation ! Un concours est lancé avec différents partenaires dont la Cinémathèque et Dailymotion. Il s’agit de proposer un film d'animation (dessin-animé, stop-motion, 3D...) proche de l’univers de Tim Burton. Lui-même sera à la tête d’un jury pour départager des lauréats.

Crédit photo : image modifiée, d’après un extrait du film Exposition Tim Burton.

Jean Giraud (Moebius) rejoint les étoiles de ses mondes fantastiques (1938-2012)

Posté par vincy, le 10 mars 2012

Figure emblématique de la bande dessinée, Jean Giraud, alias Moebius, est mort des suites d'une longue maladie dans la matinée du samedi 10 mars. Il avait 73 ans.

Côté 9e art, on lui doit deux séries mythiques - le Lieutenant Blueberry et John Difool/L'Incal - et des albums qui ont marqué l'histoire de l'art illustré comme Arzach ou Major Fatal / Le Monde du garage Hermétique. En 50 ans, le cofondateur de Métal hurlant aura inventé des univers parallèles, des mondes fantasmagoriques, des histoires poétiques et métaphysiques qui marqueront l'imaginaire de nombreux créateurs, y compris cinématographiques. Honoré partout (il est l'un des rares français à être entré au Hall des célébrités des prix Will Eisner, les Oscars de la BD aux USA), sollicité par tous (Stan Lee lui commanda un épisode du Surfeur d'Argent, Van Hamme lui offrit la réalisation du 18e tome de XIII), réalisant pochettes de disques, couvertures de romans et même des jaquettes de DVD, Moebius était devenu une marque autant qu'une petite entreprise à lui tout seul. Il voulait bousculer cette France mal remise de la seconde guerre mondiale, de la décolonisation. La science-fiction lui permettait d'ouvrir les yeux sur un futur utopique comme le Western dépeignait une réalité peu sympathique.

Ambitieux à ses débuts, panthéonisé sur la fin, Moebius se sentait à l'étroit en France. Il tenta ainsi l'aventure américaine en s'installant à Los Angeles dans les années 80 et en collaborant avec Hollywood dès les années 70. Cela commence avec une expérience avortée : le Dune d'Alejandro Jodorowsky en 1975. En 1979, il entre par la grande porte en participant à la conception artistique d'Alien, le huitième passager de Ridley Scott, qui avouera la grande influence de Moebius pour les décors de Blade Runner. Il effectue le même travail pour l'univers électronique de la première version de Tron en 1982 puis en 1987 pour Les Maîtres de l'Univers. On lui doit aussi la création du monde imaginaire de Willow, de Ron Howard, en 1988. Il collaborera avec James Cameron en 1989 pour Abyss. En 1996, Warner Bros fait appel à son talent pour développer l'aspect visuel et celui des personnages de Space Jam. Une consécration exceptionnelle pour un français en Amérique qui trouve son écho dans un cinéma français plus frileux en la matière. Luc Besson l'enrôle pour la direction artistique du Cinquième élément en 1997.

Ses BD ont aussi été adaptées au cinéma : Mathieu Kassovitz réalise un court métrage à partir de Cauchemar blanc en 1991. Jan Kounen échoue artistiquement à rendre vie à Blueberry dans Blueberry, L'expérience secrète, avec Vincent Cassel dans le rôle titre, en 2004.

Mais Moebius, fasciné par le cinéma, tenté par l'aventure d'un long métrage, aura aussi écrit, produit. Les maîtres du temps, de René Laloux, en 1982, est une adaptation d'une de ses BD dont il a lui-même écrit le scénario en plus de superviser la direction artistique. En 1989, il coécrit une histoire conceptualisée par Ray Bradbury puis scénarisée par Chris Columbus, Little Nemo, un film d'animation dont il assura aussi la conception artistique.

En 2003, il initie une série télévisée animée à partir de sa BD culte, et considérée par beaucoup comme révolutionnaire dans le genre, Arzak.

Enfin, en 2010, pour sa grande rétrospective à la Fondation Cartier de l'art contemporain, il écrit et réalise lui-même La Planète Encore, un court métrage animé, adapté de sa BD Le Monde d'Edena - Les Réparateurs. Il nous laisse ainsi frustré de ne jamais avoir vu un long métrage signé de lui, après nous avoir évadé dans des lieux irréels et pourtant si familiers.

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site officiel de l'artiste

Cannes 2012 : Moonrise Kingdom en ouverture…

Posté par vincy, le 9 mars 2012

Moonrise Kingdom, de Wes Anderson, fera l'Ouverture du 65e Festival de Cannes le 16 mai prochain. On ignore encore s'il sera en compétition ou hors-compétition. Mais la première montée des marches sera à coup sûr hollywoodienne : Bruce Willis, Edward Norton, Bill Murray, Frances McDormand, Tilda Swinton et Jason Schwartzman défileront sur le tapis rouge.

Le film sortira simultanément en salles en France, avant sa sortie américaine prévue le 25 mai. Les spectateurs Français pourront aussi suivre, comme l'an dernier, la cérémonie d'ouverture dans les salles qui le proposeront. C'est la quatrième fois consécutive qu'un film réalisé par un cinéaste américain ouvre le Festival, après Là-haut, Robin des bois et Minuit à Paris.

« Avec Wes Anderson en ouverture du 65e Festival de Cannes, c’est le jeune cinéma américain qui sera célébré sur la Croisette » se félicite Gilles Jacob, Président du Festival.

Moonrise Kingdom, coscénarisé par Wes Anderson et Roman Coppola, raconte l'histoire d'enfants et d'adultes, lors d'un jour de tempête pendant l'été 1965 sur une île de la Nouvelle-Angleterre, qui recherchent un jeune couple d'amoureux disparu. Toute une équipe, menée par le Shérif (Bruce Willis) tente de les retrouver.

Tourné au printemps dernier dans la région du Rhode Island, au nord de New York, le film avait été annoncé juste avant le Festival de Cannes 2011 par Focus Features, qui venait d'en acquérir les droits.

C'est la première fois que Wes Anderson présentera l'un de ses films sur la Croisette. Wes Anderson, cinéaste singulier réalisant des films loufoques et subtils, a été cité deux fois aux Oscars (pour le scénario de La famille Tenenbaum -2001 - et le film d'animation Fantastic Mr. Fox -2009).  Tenenbaum et La vie Aquatique (2004) avaient été en compétition à Berlin. Pour Rushmore en 1998, il avait reçu le Independent Spirit Award du meilleur réalisateur. A bord du Darjeeling Limited (2007) avait été primé à Venise avec un "Petit" Lion d'or. Il a aussi réalisé Bottle Rocket, son premier film, en 1996.

Pour Thierry Frémaux, Délégué général du Festival, « Wes Anderson fait partie des forces montantes du cinéma américain qu’il revisite de façon toute personnelle. En particulier dans Moonrise Kingdom, qui témoigne à nouveau de la liberté de création dans laquelle il continue à évoluer. Sensible et indépendant, cet admirateur de Fellini et Renoir est aussi un cinéaste brillant et inventif. »

Deauville Asia 2012 : la compétition est ouverte

Posté par kristofy, le 8 mars 2012

Le 14e Festival Asiatique de Deauville se déroule jusqu'au 11 mars, avec la venue de deux invités prestigieux : le Thaïlandais Pen-Ek Ratanaruang, qui présentera son nouveau film Headshot, et le Japonais Kiyoshi Kurosawa, à qui est rendu un hommage, et qui reviendra sur sa carrière lors d’une masterclass.

Les fidèles de Deauville vont regretter la réduction du nombre de projections (il y a une salle en moins) et la presque disparition de la section Panorama qui faisait pourtant découvrir quantités de nouveaux films en avant-première.

Restent la compétition officielle et la compétition Action Asia, soit une quinzaine de films très variés venus d'Iran, de Chine, du Japon, de Corée du Sud, de Thaïlande, des Philippines...

Le président du jury est Elia Suleiman et il est entouré des actrices Dominique Blanc, Isild Le Besco, Corinne Masiero, l’acteur Tahar Rahim, le musicien Alex Beaupain, le scénariste Gilles Taurand, et des réalisateurs Jean-Pierre Limosin, Olivier Ducastel et Jacques Martineau.

La cérémonie d’ouverture a tout d'abord été le moment d’une pensée particulière pour les Japonais victimes il y a tout juste un an d’un terrible séisme aux conséquences tragiques.

Ensuite, les festivaliers ont pu découvrir le film d’ouverture, qui ouvre également la compétition : The sun-Beaten path du chinois Sonthar Gyal (notre photo), qui est une première réalisation.

On y découvre un jeune homme aux cheveux hirsutes qui marche sur la route en refusant obstinément d’être emmené par les véhicules qui y roulent. Un vieil homme veut l’accompagner à pied sur son chemin mais, très vite, on comprend que cette errance est une pénitence pour le jeune homme qui se sent responsable de la mort de sa mère…

La compétition compte plusieurs autres premiers films mais aussi d’autres déjà attendus comme 11 flowers de Wang Xioshuai ou Himizu de Sono Sion.

Patrice Leconte et Régis Vidal animeront Music!

Posté par vincy, le 8 mars 2012

A l'occasion de Cartoon Movie à Lyon, Patrice Leconte qui présentait son premier film d'animation Le magasin des suicides, a annoncé qu'il se lancerait une deuxième fois dans l'aventure d'un dessin animé. Assez logique pour un ancien auteur de BD.

Music!, titre du projet, sera coréalisé avec Régis Vidal, directeur artistique du Magasin des suicides. La préproduction de ce film de 15 millions d'euros débutera en avril. A l'origine Music! devait être un film en prises de vues réelles sur lequel Leconte et Jérôme Tonnerre travaillaient depuis plusieurs années.

Il s'agit d'une comédie familiale, en anglais, dans un monde où la musique est interdite, enterrée. Une jeune fille va essayer de libérer les sons. Leconte évoque "un film de résistance". Et la B.O.F. promet de couter cher.

Music! devrait sortir pour Noël 2015.

Au Cartoon Movie, Enki Bilal présente Animal’Z

Posté par vincy, le 7 mars 2012

Dans le cadre du Cartoon Movie, à Lyon, Enki Bilal va présenter son projet d'adaptation d'Animal'Z, une BD qu'il a publié en 2009. Il veut faire son film avec un mélange d'animation et de prises de vues réelles. Demain, il présentera des esquisses de son projet aux professionnels présents au Forum, afin de trouver des financements.

Animal'Z raconte l'histoire d'un monde déréglé climatiquement où l'eau potable est devenu précieuse et où les individus sont obsédés par leur survie. L'écosystème est bouleversé : les tortues marines volent, le Pic du Midi jouxte l'Himalaya, le Mer Baltique est devenue un désert. Seuls quelques eldorados isolés ont réussi à préserver un semblant d'ordre social. Ils ne peuvent être rejoints que par la mer, unique et immense... Le détroit D17 est l'un de ces passages.

"L'idée de départ était de partir de l'album, de lui rester fidèle, mais en s'octroyant la liberté d'un glissement de l'écriture vers quelque chose de plus cinématographique, de lui donner un côté 'westernien'" explique l'auteur-réalisateur. Le scénario est coécrit avec Oliver Roth. Il n'y a pas encore de version définitive du script et le storyboard est tout juste en préparation.

Bilal réaliserait ainsi son 4e film. En 2004, il avait déjà adapté sa trilogie Nikopol avec Immortel (Ad Vitam), en mélangeant images de synthèse et acteurs réels. Il a toujours évoqué sa déception à l'égard des images en 3D, malgré le joli succès du film. Ce regret de ne pas pouvoir donner vie à ses dessins et ses univers le pousse à faire une pause cinématographique : il se concentre sur la peinture, la BD et même le théâtre.

Animal'Z semble le motiver à revenir derrière la caméra. Il ne manque pas d'idées. Un film monochrome où la couleur ne surgira que pour symboliser l'espérance des Hommes. Une oeuvre hybride car ce ne sera pas un dessin animé mais un mix de prises de vues réelles, d'animation en 2D et 3D.

Le film sera produit par Gazato Films. Le producteur et Bilal sont à Lyon pour chercher des moyens, pas seulement financiers mais aussi techniques, humains, technologiques. Ils ont déjà confié la préparation au Pôle Magelis, à Angoulême. Le casting devrait être international. Pour le producteur, "l'adaptation d'Animal'Z répond de cette philosophie et de l'intention de son auteur à poursuivre l'expérimentation hybride dans sa démarche artistique en associant le graphisme, la peinture et la prise de vue réelle. Une démarche de « ciné-peintre »."

Bilal a souvent refusé d'animer ses BD.  "La principale de ces raisons étant la nature même de mon graphisme, avec sa part de réalisme nécessitant une animation sans faille". De plus, il avoue que "la texture peinte que je souhaitais conserver ne correspondait pas aux techniques traditionnelles d'animation 2D. Réduire mon dessin à un simple trait cerné m'excitait peu." De ces frustrations naît alors une ambition. "Il s'agit dans ce cas, de faire « bouger » de la manière la plus naturelle, le dessin au crayon noir et les textures pastel qui caractérisent le travail particulier de l'album Animal'Z. Le récit, volontairement linéaire (...) étant à mon sens un atout supplémentaire pour la cohérence de ce projet."