Welcome to the Sticks et Disco fiasco

Posté par vincy, le 7 avril 2008

C'est sous ce titre que Bienvenue chez les Ch'tis sortira dans les marchés anglo-saxons. Le film a mis un mois et demi pour battre le record historique de l'après-guerre de La grande Vadrouille, avec 17 405 832 entrées dimanche 6 avril au soir. Le plus important succès français du cinéma a dopé la fréquentation en salles et devient au fil des semaines un phénomène de société. Il ne lui reste plus qu'à batte Titanic... En attendant les records en DVD : la sortie de la "galette" est prévue pour le 20 octobre 2008.

Comme on s'y attendait, Disco ne renouvellera pas le succès de Camping. Un "fiasco" si l'on en croit les premiers chiffres sur Paris-Pérophérie, même si en province cela fonctionne mieux. Le film d'Onteniente réalise deux fois moins de spectateurs avec un tiers de salles en plus. Deuxou trois millions d'entrées au final serait malgré tout un encouragement pour l'équipe à continuer dans cette voie, hélas pour nous.

Boon 1 / Dubosc 0.

Avril mélodique

Posté par petsss, le 7 avril 2008

Si les compositeurs de musique de film se posent toujours en grands discrets de l’univers du cinéma, ils seront particulièrement mis sous les projecteurs en ce mois d’avril. Parallèlement à la manifestation du Béo Festival dont Ecran Noir est partenaire, il faudra aussi compter avec l’initiative conjointe de la Sacem et du cinéma Le Balzac qui fêtent de leur côté 100 ans de musique de film du 13 au 15 avril. Au programme, leçons de cinéma, ciné concert (dont un avec le compositeur Jean-Michel Bernard, au cas où vous l’auriez loupé au Divan du Monde), carte blanche et avant-première. Entrées libres au Balzac en journée mais invitations demandées pour les soirées.

BIFFF 2008 the french touch is not dead

Posté par denis, le 7 avril 2008

Moment fort et attendu du BIFFF en cette belle journée pluvieuse et grise que fut ce samedi, Frontière(s) enthousiasma un public friand de pellicules extrêmes. Et c’est peu dire qu’avec Frontière(s) ils furent servis jusqu’à la dernière seconde. Porté par une mise en scène parfois tape-à-l’œil et actuelle (accéléré de l’image, saturation des couleurs), l’histoire jusqu’au-boutiste de cette famille consanguine de dégénérés nazis remue les tripes et ne fait pas de quartiers. C’est bien simple, depuis Massacre à la tronçonneuse, on n’avait pas vu un tel étalage de boucherie humaine et de complaisance dans la violence. Et cette complaisance serait gênante si elle ne servait le propos du film qui ne se veut que le portait de la dégénérescence humaine. Si le film de Xavier Gens n’est pas exempt de défauts, tics de mise en scène et découpage un peu brouillon des scènes d’action, il restera toutefois dans les annales du cinéma d’horreur pour sa scène du repas particulièrement malsaine et sa crudité bestiale.

La famille de Leatherface a enfin une petite sœur, et elle est française !

Charlton Heston dépose les armes (1924-2008)

Posté par geoffroy, le 7 avril 2008

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La famille de Charlton Heston a annoncé le décès de l'acteur ce samedi à son domicile de Beverly Hills. Il avait 84 ans.

Cecile B. De Mille; Orson Welles; Williams Wyler; Anthony Mann; King Vodor; Franklin J. Schaffner; Richard Fleisher...soit autant de grands cinéastes qui auront fait la gloire de l'une des dernières légendes du cinéma hollywoodien.

Né en octobre 1923 à Evanston dans l'Illinois, Charlton Heston avait annoncé en août 2002 qu'il était atteind de la maladie dAlzheimer et s'était retiré du cinéma en 2003. Fils de meunier, il tourne son premier film à 17 ans, mais la deuxième guerre mondiale l'oblige à mettre entre parenthèse sa carrière naissante. En 1945, il intègre les cours d'art dramatique à la North Western University et monte sur les planches de Broadway en 1947. Le succès est au rendez-vous, les contacts avec le cinéma ne tardent pas.

Son physique d'athlète (1m93) intéresse Hollywood et particulièrement Cécile B. De Mille qui lui offre son premier grand rôle au cinéma. Sous le plus grand chapiteau du monde sort en 1951 et remporte l'oscar du meilleur film. Sa carrière est lancée. Elle durera 50 ans.

Son visage anguleux, ses yeux bleus, sa voix grave et ses qualités athlétiques font de Charlton Heston un acteur au charisme indéniable s'imposant définitivement dans les grandes fresques historiques d'un âge d'or Hollywoodien révolu. Les dix commandements en 1956, Ben Hur en 1959 (qui lui vaut l'oscar du meilleur acteur), le Cid et les Cinquante cinq jours de Pékin en 1963 lui apporte la consécration. Apothéose d'une carrière entre cinéma et théâtre, Charlton Heston impose aux producteurs le réalisateur Orson Welles dans la Soif du mal (1957) pour un de ses rôles les plus marquants.

Au cours des années 60 et 70, il change de registre, joue dans quelques westerns et se lance dans le fantastique. Deux films sortent du lot et marquent les deux décennies. La planète des singes de Franklin J. Schaffner (1968) et le Soleil vert de Richard Fleisher (1972). Tout en remontant sur les planches, il s'offre la suite d'un gros succès au box office avec Airport 1975 et s'éclipse quelque peu du cinéma. Son retour dans les années 90 est anecdotique, mais il tourne dans True lies (1994), Hamlet de Branagh (1996) et La Planète des singes de Burton en 2001.

Connu également pour ses prises de position conservatrices, Charlton Heston s'était distingué en 1998 lorsqu'il prit la tête jusqu'en 2003 de la National Rifle association, puissant lobby d'armes à feu légitimant le droit individuel de détenir une arme aux Etats Unis.

Controversée et entachant l'image de la star, une de ses dernières apparition au cinéma fut marquée par un entretien avec Michael Moore dans le documentaire Bowling for Columbine.

BIFFF 2008 expressionism kitsch and Roma

Posté par denis, le 6 avril 2008

Le suranné a toujours un goût de douce mélancolie qui ne demande qu’à réinvestir l’affect des spectateurs du BIFFF. Loin des grosses productions actuelles, avec SFX digitaux monstrueux et bande-son tonitruante, quelques films résistent à l’appel du toujours plus avec les nouvelles techniques, et préfèrent se tourner vers leurs aînés pour construire bout à bout des pelloches fleurant bon les eighties voire les sixties.

The Aerial

Commençons par The Aerial, film espagnol réalisé par Esteban Sapir, pamphlet sévère sur la colonisation des esprits dont l’esthétique rappelle autant les films de Murnau que ceux de Guy Maddin. Construit en ombres chinoises, en superposition de plans, en images irisées et sur des surimpressions de dialogues, The Aerial est un exercice de style surprenant, ne tombant jamais dans la démonstration de savoir-faire de son réalisateur mais appliquant par amour du cinéma les multiples techniques du langage cinématographique. On peut même oser faire le grand écart entre l’utilisation de ces dialogues incrustés dans l’image rappelant le Domino de Tony Scott et le maelstrom de plans se chevauchant digne de L’homme à la caméra de Dziga Vertov. D’ailleurs tout le spectre du cinéma expressionniste se retrouve dans le film, de l’utilisation des ombres et des lumières aux axes de caméra tarabiscotés, sans oublier les décors parfois en trompe-l’oeil et sentant bon le carton pâte sortis tout droit du Cabinet du Dr Caligari. Et tout cela ne serait qu’une suite de référence si The Aerial n’était pas aussi contemporain dans son propos et si humain dans le traitement de ses personnages. Une famille résiste à l’hégémonie du directeur d’une chaîne de télévision qui a asservit toute la population. Après avoir mangé leurs paroles, les habitants ne parlent plus, ce dictateur veut aussi s’approprier leurs mots et leurs pensées. « Il nous a pris la parole, mais ils nous restent encore les mots » dit le grand-père, décidé à ne pas se laisser abattre. A l’heure actuelle où Rupert Murdoch, Bouygues et autres oligarques des médias s’arrangent pour asseoir leurs pouvoirs, The Aerial est une excellente piqûre de rappel. Et puis souvenez vous, la fameuse Métropolis de Fritz Lang date de 1927. Pourtant son approche des classes sociales et sa démonstration de la manipulation des masses sont toujours aussi pertinentes au XXIème siècle. Métropolis, The Aerial, même combat et même croyance en l’image pour réveiller l’imaginaire. L’imaginaire, seul territoire encore inexploré par tous ces assoiffés du pouvoir.

Flick

Changement d’épaule avec Flick, film semblant sortir tout droit d’une petite production des années 80, avec zombie belliqueux et bande-son rock’n roll. Pour son premier film, le réalisateur a joué la carte de l’esthétique kitsch et pulp, avec moult éclairages flashys bleus verts rouges grimant son film comme une B.D. live. D’ailleurs l’insert de cases de B.D. pour les scènes d’action appuie son parti pris de réaliser un petit film héritier du cinoche d’exploitation monté avec trois francs six sous, et rappelant lors de quelques séquences un certain Evil Dead tant pour son personnage principal grimé en Ash que pour le rouge gore éclaboussant les murs. Pâtissant d’une histoire assez simpliste, le gentil Flick revient d’entre les morts habillé de son éternel costard à la Elvis pour se venger de ceux qui l’ont ridiculisé lors du bal quand il avait 20 ans, Flick se voit donc avec plaisir principalement pour les souvenirs qu’il réanime quand on découvrait en cachette ces petites VHS d’horreur sans grande envergure mais fabriquées dans le respect du genre. Et puis il ne faut pas oublier le caméo de Faye Dunaway en flic manchot combattant cet Elvis mort-vivant. Du cinoche d’antan quoi !

La trilogie d'Argento

Et nous arrivons maintenant à ce qui aurait du être la continuité par excellence d’un cinéma révolu, un cinéma bercé par Mario Bava et par l’esthétique baroque, transporté par une folie meurtrière et social, diabolique et surréaliste, ce cinéma d’antan que seuls les noms de Carpenter ou Argento peuvent ressusciter. Voilà maintenant plus de 25 ans que les fans d’Argento attendaient une suite à Inferno et Suspiria, plus d’un quart de siècle que l’on désirait voir le dernier épisode de sa fameuse trilogie sur les Trois Mères. Mais de la même manière qu’un grand cru devient du vin de sauce si l’on attend trop longtemps, Argento a laissé les années prendre le pas sur son imaginaire débridé, et ne livre aujourd’hui qu’une bien triste conclusion à ses deux précédents chefs d’œuvre.

Par où commencer tant la déception est grande. Abandonnant totalement ce qui faisait sa marque de fabrique, à savoir des éclairages oniriques jusque là inégalés et une utilisation quasi subliminale de la musique (ah la séquence dans l’appartement dans Inferno), Argento opte pour une approche réaliste afin de mieux plonger Rome dans un délire dionysiaque sombrant involontairement dans le Z grotesque. Une fois passé ce changement de cap desservant le film, les éclairages sont proches du téléfilm et les lieux ne sont jamais mis en valeur, il devient impératif de retrouver les ambiances ésotériques qu’Argento affectionnait tant. Nous sommes dans le monde de la sorcellerie et de la magie noire, où les apparences sont trompeuses et où la réalité se cache derrière l’invisible. Du moins c’est ce qu’Argento fait dire à l’un de ses personnages sans prendre lui-même en compte ces règles de base. Sans jamais accorder une quelconque concordance des lieux et des personnages, les acteurs apparaissent les uns après les autres pour la minute d’après se faire trucider, et les déambulations de la pauvre Asia ne sont compréhensibles que pour elle-même, le spectateur s’interroge sur ce qui défile devant ses yeux. Et plus le métrage avance et plus l’on se rend compte que le maître transalpin choisira à chaque fois les mauvaises directions pour construire son chant du cygne bien funeste. Il est pourtant évident que quelques signes cabalistiques et des demoiselles habillées en succubes ne suffisent pour construire et rendre crédible cette deuxième chute de Rome tant annoncée. Et si les meurtres sont suffisamment sauvages et balancés selon la régularité d’un métronome, sur ce point là Argento remplit plus que le cahier des charges et donne à voir éventrements, émasculation, égorgements en cascade et même une pénétration par arme blanche particulièrement sadique, ils ne viennent que compenser un manque dont le réalisateur semble bien avoir conscience sans pouvoir toutefois y remédier. Sa plus mauvaise idée sera alors l’utilisation d’éléments érotique pour donner le change. Des poitrines généreuses se dévoilent, des femmes font l’amour entre elles, la Mère en question se balade un sein dénudé. On se croirait être dans la pantalonnade ironique de La Neuvième porte de Polanski, et le comble est atteint lors de l’orgie finale, caricature involontaire d’un sabbat. Notre belle Mother of tears tombe alors dans les limbes d’un Z italien. On passera sur le jeu des acteurs, Asia trouve ici peut-être l’un de ses plus mauvais rôles, et la dernière scène du film, quasi insultante pour tous les fans du maître. Pourtant les épisodes réalisés par Argento pour les Masters of Horror avaient laissé espérer une résurrection improbable. Las. Cette troisième mère aurait mieux fait de ne jamais voir le jour.

Les Mataharis d’aujourd’hui

Posté par Morgane, le 6 avril 2008

Mataharis, depuis peu dans les salles, est un film espagnol sans grande prétention mais qui frappe juste.

Eva, Carmen et Inés sont toutes trois détectives privées. Cette accroche n’est pas sans nous rappeler Charlie et ses trois Drôles de Dames. Mais, loin du glamour de la série et des films qui en ont découlés, Mataharis nous plonge dans un univers des plus réalistes. Ces trois femmes évoluent au cœur de la capitale espagnole, et la ville, très présente dans le film, imprime sa marque sur leurs visages. Chacune a un âge différent et se trouve à un tournant de sa vie. Carmen se met à observer sa propre vie, avec du recul mais surtout avec beaucoup de lucidité. Eva, mère de deux enfants, espionne son mari qu’elle soupçonne d’infidélité. Inés, la plus jeune et la plus idéaliste, se retrouve confronter à des choix moraux qui détermineront sa vie future.

Plus que le thème du détective privé décliné au féminin, la réalisatrice, Iciar Bollain, donne à réfléchir sur la frontière entre vie privée et vie professionnelle. Qui fixe la limite ? Quand peut-on dire qu’elle a été franchie ? Le suspense n’est pas vraiment au rendez-vous mais ne manque pas. Peinture sociale d’une époque où tous (ou presque) s’espionnent par divers moyens, le film renvoie à Carmen, Eva et Inés, leurs propres reflets à travers leur travail. A la manière d’un documentaire (image un peu sale et caméra à l’épaule), Iciar Bollain nous entraîne dans cette jungle madrilène, sur les traces de ces femmes qui fouillent la vie des autres mais aussi les leurs. Que finiront-elles par y trouver ? Quelques longueurs et égarements appesantissent quelque peu le film qui n’en perd cependant pas son propos intéressant. A creuser peut-être…

BIFFF 2008, laugh dream and blood

Posté par denis, le 6 avril 2008

L’avantage du BIFFF est son ouverture à toute culture singulière, qui plus est quand celle-ci tranche dans le vif et abreuve les pupilles d’images frelatées à l’alcool de la folie.

Prenons la culture asiatique par exemple. Ne vous inquiétez pas, il n’est pas question ici de Wong Kar Waï ou d’Ang Lee, les films d’auteurs esthétisants risquant de se faire siffler dès les dix premières minutes. Non, ici la culture asiatique plébiscitée est à chercher du côté de Takashi Miike ou de Sono Sion, des réals déviants et stylistiquement créatifs n’ayant pas peur d’enfoncer des aiguilles sous les ongles. D’ailleurs cela tombe bien car Sono Sion y présente son dernier film, Exte-Hair extensions. Oui, vous avez bien lu, un film sur des extensions capillaires. Venu d’Europe cela semblerait ridicule, mais en provenance du Japon, rien ne peut sembler plus normal, d’autant que les cheveux ont beau dos depuis presque une dizaine d’années dans le fantastique nippon. Des cheveux gras, longs, noirs comme de l’ébène, appartenant à des spectres mécontents et qui sortent au choix d’une TV, d’un téléphone portable, d’une cassette vidéo, etc. Mais Sion, empêcheur de tourner en rond, utilise cette thématique capillaire pour la détourner de son usage habituel et en fait une métaphore, certes tirée par les cheveux, de la consommation de l’apparence. Bénéficiant d’un postulat surréaliste, une morte a la capacité de se laisser pousser les cheveux à un point tel qu’elle ferait passer le cousin Machin de La Famille Addams pour un chauve, Sion brosse le portrait d’une société japonaise en proie à son obsession de l’apparence. Epinglant au passage les relations tendues voire masochistes des membres d’une même famille, il donne à voir des scènes absurdes et tristes à la fois, où le désir d’être beau pénètre sous le derme et détruit l’enveloppe corporelle pour n’en faire qu’un support de l’esthétique. Et si quelques longueurs se font sentir, le final non-sensique est indispensable pour les zygomatiques. Exte aura peut-être la chance d’être diffusé dans une des éditions de L’étrange festival.

Autre production asiatique extrême, Gong Tau est un pur film d’horreur n’ayant que faire du bon goût. Film classé dans le cinéma de Category III – catégorisation qui correspond à une interdiction aux moins de 18 ans- Gong Tau compense son manque de moyens par une violence gore et graphique. Le réalisateur n’hésite pas à transformer un bébé en cadavre putrescent, à faire décoller la tête d’un sorcier qui s’envole par la suite dans les airs, ou bien encore à recueillir de l’huile de graisse humaine. Vous l’aurez compris, Gong Tau verse dans le grand guignol malsain, sans pour autant pâtir d’une réalisation dilettante. La pellicule est chiadée pour ce genre de métrage, et l’on est même surpris de déceler une ambiance à la Seven lorsque l’on s’aventure dans les appartements du tueur. Une curiosité, comme seule l’Asie peut en produire.

Changement de cap, changement de lieu et toujours le même esprit de folie avec Postal d’Uwe Boll, film germano-canadien ne rechignant pas à briser tous les tabous pour au final être un des films les plus politiquement incorrects que l’on ai vu depuis les ZAZ et autres productions Troma. L’histoire n’est qu’une excuse pour tirer à boulets rouges sur le puritanisme, la politique américaine, les cultes religieux j’en passe et des meilleurs afin de déclencher un fou rire toutes les dix secondes. Rien n’échappe à la moulinette de Boll, que ce soit les obèses, les handicapées, les musulmans, les nazis, les gourous, les blondes à forte poitrine ou le massacre d’enfants. C’est irrévérencieux, foutraque, ne cherchez pas à trouver un langage cinématographique cohérent car il n’y en a pas, et tout ce qu’il y a de plus politique malgré les apparences. Après Bourdieu et Baudrillard, voici la nouvelle critique, écrite au marteau-piqueur, de notre société contemporaine. A voir au premier comme au dixième degré.

Parmi toutes ces folies la programmation offre quelques moments de détente et de poésie, où l’enfance trouve encore sa raison d’être et où la magie de l’imaginaire nous libère de tant d’hémoglobine. Nevermore donc, film d’un jeune réalisateur ayant tout juste terminé ses études en cinéma, sous ses allures de conte, narre l’histoire du fils d’un pêcheur abandonné à son sort dès l’instant où son père sera emporté par les vagues. Minimaliste, la baraque du pêcheur est isolée au milieu des plages de sable, un arbre décharné trône au bord de la mer, lyrique et sombre, l’enfant est émerveillé par un cirque itinérant, thématique du monstre et des marginaux, et est terrifié par l’image du pasteur qui l’a recueilli, métaphore da la castration de l’enfance par les figures religieuses, Nevermore enchante pas sa simplicité et sa lumineuse pulsion de vie. D’une maîtrise technique étonnante, les paysages lunaires de la mer relèvent d’une ambition stylistique digne d’un Caro et Jeunet ou d’un Tim Burton, ce court film envoûte et laisse à présager d’un bel avenir à son jeune auteur. Espérons que le Goethe Institut, à qui l’on doit sa programmation dans le festival, pourra lui trouver un diffuseur en France.

La dignité de mourir au cinéma

Posté par vincy, le 4 avril 2008

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Qui n'a pas versé sa petite larme quand Javier Bardem, cloué sur son lit, contemplant une derière fois le soleil couchant espagnol, décide de s'éteindre dans Mar adentro, le chef d'eouvre émotionnel d'Alejandro Amenabar? Une histoire vraie liée à un combat de trente ans en faveur de l'euthanasie. Le cinéma n'a pas hésité à s'emparer du sujet sensible afin de bousculer un peu les consciences et contrer les préjugés issus de siècles de morales et de tabous en tous genres.

Les affaires Humbert et Sebire ont relancé le débat en France : celui du droit au "mourir dignement". Entre souffrance et impuissance, choix de la mort et respect de la vie, lutte contre un acharnement thérapeutique stérile et pour une législation respectant leur volonté, l'euthanasie a nourri de nombreux films. De La mouche à Johnny got his Gun, tous les styles s'en sont mêlés. Parmi les plus marquants, on se souviendra de Hilary Swank demandant l'impensable à Clint Eastwood dans Million Dollar Baby. Ou encore Rémy Girard recevant avec joie sa dose fatale dans un lieu paisible, entouré de ses amis dans Les invasions barbares. Amputés (physiquement et psychologiquement) ou atteints d'une maladie incurable, par rejet de la sénilité ou par désir d'en finir, médicalement assisté ou pas, le sujet a inspiré une soixantaine de films plutôt récents dans le monde entier. Les Américains ont une longueur d'avance sur le propos. Films indépendants ou productions mélos hollywoodiennes, l'industrie, comme pour la peine capitale, espère jouer un rôle politique dans ce combat.

Le cinéma français reste très frileux, comme sur de nombreux tabous (adoption par les couples homosexuels, sexualité et drogue chez les adolescents, ...). A croire que nos scénarsites et nos réalisateurs ont oublié l'impact que peut avoir le cinéma sur les esprits...

BIFFF 2008, the show must go on

Posté par denis, le 3 avril 2008

Partagé entre les films hors compétitions, la compétition européenne, la compétition internationale et les petites productions fauchées décalées et transgressives, la programmation du BIFFF continue a accumuler grosses pochades, films intimistes et futurs classiques.

Petit débriefing sur cette première moitié de semaine avant d’attaquer les plats de résistance ce week-end. Les petites prod’ pour commencer, ancêtres des films d’exploitation qui ne verront probablement jamais le jour en notre beau pays. Ainsi The devil dared to me s’amuse à briser en morceaux des cascadeurs néo-zélandais dans un délire gore où le rire rime avec tripailles. Proches cousins des auteurs de Shaun of the dead, nous avons le droit ici à du rock’n roll à moustaches. Après Black Sheep, les néo-zélandais sont donc toujours aussi barrés, et pour preuve le titer du prochain film des réalisateurs Stapp et Heath : Vaseline Warriors V. Encore un futur classique de la poésie !

Nous retiendrons aussi le furieux remake de The wizard of gore de H.G. Lewis, pape du gore qui semble se ressusciter chaque année (tous ses classiques sont en train de se faire remaker), et qui aujourd’hui est interprété par le non moins furieux Crispin Glover. Acteur devenu culte grâce à ses interprétations fiévreuse et maladives, enter autre Willard ou Simon says, Glover porte le film sur ses épaules et offre un numéro dont lui seul à le secret. The wizard of gore ne passera jamais sur TF1, mais aurait peut être pu trouver sa place dans le regretté Quartier Interdit de Jean-Pierre Dionnet.

Nous passerons en revanche sur le prétentieux Eden log, essai de science-fiction sans queue ni tête où l’on suit Clovis Cornillac barbouillé de terre errer de couloirs obscurs en couloirs obscurs. Répétitif et ennuyeux. Dénué de prétention, le film espagnol Eskalofrio n’en est pas moins lui aussi ennuyeux à force de voir des feuilles et des arbres en plongée, contre-plongée, etc. Abordant le thème de l’enfant sauvage pour approfondir les mécanismes de la peur, le réalisateur Isidro Ortiz se perd dans des plans interminables en pleine nature et ne parvient pas à créer une empathie vis-à-vis de son personnage principal. Sur le même sujet on préférera Nell de Jodie Foster.

Autre film espagnol autrement plus étourdissant, le roublard Cronocrimenes de Nacho Vigalondo joue sur les paradoxes temporels et déstabilise à force de twists qui retombent à chaque fois sur leurs pattes sans jamais sombrer dans la manipulation visuelle. Réalisé avec peu de moyens, Cronocrimenes est l’exemple même de film qui doit sa réussite à une réalisation efficace, avec ses hors champs et ses ellipses maîtrisées. La multiplication des points de vue permet d’aborder l’idéologie d’un temps non linéaire et qu’il appartient à chacun de contrôler, tant est que cela soit possible. Entre un Jour sans fin pour la fracture temporel et Lost Higway pour son personnage qui n’est pas nécessairement celui qu’il pense être, Cronocrimenes est une bonne surprise.

D’identité il sera fortement question dans le très beau et psychologique The Broken de Sean Ellis, réalisateur remarqué de Cashback et qui aborde ici le doppelganger et son immersion dans le réel. Profitant d’une photo magnifique grise et léchée dans un Londres désincarné, Ellis tisse un nœud social autour de son héroïne ne reconnaissant plus son reflet dans un miroir ou s’interrogent sur la véracité de ses pairs. Jouant sur la perception de l’Autre comme possible inconnu, et donc comme menace, Ellis marche sur les traces d’Invasion of the Body Snatchers et développe un climat angoissant où les miroirs recèlent une existence en négatif. Ouvrant de nombreuse pistes, le réalisateur laisse l’ambiguïté planer sur le propos exact de son film. Critique d‘un appauvrissement affectif de l’humain, mise en boite d’un monde en miroir qui ne se reflète que dans sa propre vanité, pensée labyrinthique d’une existence qui se cherche et ne se trouve pas, The Broken distille le sentiment diffus que les choses peuvent nous échapper sans même que l’on s’en rende compte. En cela les doppelgangers en question sont particulièrement effrayant et sont peut être ce que leurs propriétaires originels auraient voulu être. Esthétiquement parfait, la saturation des couleurs et les teintes métalliques de l’image font penser à The Machinist et Crash, remarquablement mis en scène, la caméra filme l’intimité des personnages avec une distanciation trompeuse, The Broken dans ses non-dits et son absence de parti pris intrigue, questionne, et se termine sans rien avoir résolu. A l’époque actuelle où toute image est prémâchée, la démarche d’Ellis est suffisamment audacieuse pour être soulignée.

 

Et pour les prochains jours qu’est ce qu’il y a au menu ? Des films asiatiques barrés, des pellicules teutonnes esthétisantes ou ennemies du bon goût, une arlésienne, et un trip à la Guy Maddin. On vous tient au courant.

Un festival consommé et oublié

Posté par vincy, le 2 avril 2008

"Au cours de son Assemblée Générale Extraordinaire le 3 décembre 2007, l'Association pour le Festival de Cognac a décidé de procéder à sa dissolution anticipée, conformément à ses statuts. L’Association tient à remercier tous ses partenaires qui, au fil des ans, l’ont accompagnée dans cette aventure, commencée en 1982 et dont la 25ème édition, qui a eu lieu en juin 2007, a donc marqué la fin."

Le festival de Cognac était l'un des plus réputés dans le genre. Un rendez-vous qui faisait partie des étapes du calendrier annuel, au printemps, sans souffrir de la concurrence de Cannes. En Poitou-Charentes, il co-existait avec La Rochelle et Poitiers (on annonce un festival du film francophone à Angoulême). Cognac, c'était le polar, le film noir, des jurys de stars, et une réputation liquoreuse dans les médias, qui suivaient l'événement, ce qui reste rare pour un festival provincial.

Mais pas seulement. Car Cognac avait au moins une vertu : mettre la lumière sur un genre souvent oublié dans les autres festivals, le film policier (sous toutes ses facettes). Des cinéastes comme les Coen, Michael Mann, Curtis Hanson, John Dahl, Takeshi Kitano, Xavier Giannoli, Danny Boyle, Larry Clark, Alex de la Iglesia y ont été récompensés pour leurs premières oeuvres. Au fil des années, Cognac s'ouvrait au monde, aux formats.

Cognac, aujourd'hui, c'est finit, et peu de gens en font état. Un festival peut mourir ainsi, dans l'indifférence, même après 25 ans d'existence. D'autres pourraient suivre tant les financements deviennent difficiles (l'Etat se désengage), les sponsors peu intéressés, les médias peu curieux. Trop de festivals? Je pense plutôt qu'il y a une manière obsolète aujourd'hui de "monter" un festival. Que les organisateurs doivent trouver d'autres moyens, et notamment une mutualisation, des alliances, pour dynamiser cette industrie qui rapporte beaucoup en retombées économiques.