Vesoul 2011 : liaison sans escale avec Pusan, Corée du sud

Posté par kristofy, le 9 février 2011

Kim Dong-hoOuverture aux couleurs de la Corée du Sud pour cette 17e édition du Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul qui a débuté mardi soir avec la remise d'un Cyclo d'or d'honneur à Kim Dong-ho (notre photo), créateur et directeur honoraire du Festival de Pusan.

Créé en 1996 suite à une volonté politique, le Festival de Pusan s'est imposé au fil des ans comme le plus important festival international du film en Asie, grâce notamment à la qualité du cinéma coréen et l'appui des studios hollywoodiens. En plus de promouvoir un cinéma novateur et clairement "d'auteur", il propose un marché du film extrêmement important. Tous les grands noms du continent asiatique contemporain ont fait leurs débuts à Pusan, qu'il s'agisse de Jia Zhangke, Hong Sang-soo, Kim Ki-duk ou encore Im Sang-soo. C'est donc assez logiquement que Vesoul rendait hommage à son créateur Kim Dong-ho, celui que Jean-Marc Thérouanne, délégué général du festival,  appelle "le Gilles Jacob de Corée".

Les deux autres temps forts de cette ouverture ont été l'ovation faite Aktan Arym Kubatà Jafar Panahi lors de son apparition dans le diaporama présenté en début de soirée (rappelant que le cinéaste iranien, président du jury en 2004, demeure dans les esprits vézuliens) ainsi que la projection du Voleur de lumière du Kirgiz Aktan Arym Kubat (photo de droite). Le film raconte l'histoire d'un homme simple et gentil qui rend des services à tout le monde, souvent à son propre détriment. Cet "être pur" est joué par le réalisateur lui-même, qui a parsemé son film de références politiques et d'une certaine dose de satire sociale.

Un joli coup d'envoi pour ce 17e FICA, à découvrir en salles le 2 mars prochain. En attendant, c'est parti pour sept jours de cinéphilie asiatique durant lesquels plus de 26 000 spectateurs venus de toute la France sont attendus.

Coécrit par MpM
Crédits photos : Michel Mollaret

Chant des mers du Sud : hymne au vivre ensemble

Posté par MpM, le 16 février 2010

Chant des mers du SudL’histoire : Ivan le Russe et Assan le Kazakh sont voisins. Un jour, la femme d’Ivan donne naissance à un enfant étonnamment brun et bridé, et le conflit éclate entre les deux familles. Des années plus tard, chacun des deux hommes éprouve le besoin de partir à la recherche de ses racines.

Notre avis : Sélectionné et primé dans de nombreux festivals internationaux (Pusan, Nantes, Rotterdam, Vesoul…), ce Chant des mers du Sud délicat et cocasse s’avère une fable humaniste sur la nécessité de dépasser les différences ethniques pour vivre en bonne harmonie. Comme souvent avec le cinéma venu d’Asie centrale, l’histoire semble passer par bien des digressions qui sont autant de détours et de circonvolutions empêchant au film d’aller droit au but. Pour l’apprécier malgré tout, il faut se faire à ce mélange des genres, symbolisme et didactisme, drame et comédie, et à cette lenteur étudiée, patiente, qui mène toujours quelque part mais à son rythme, et avec son cheminement propre.

Même la structure, extrêmement archétypale, rend aux premiers abords l’intrigue complexe et peu avenante. Comme si chaque personnage, chaque situation, chaque geste même, ne servait qu’à illustrer avec force le propos de Marat Salut, mais n’existait pas pour lui-même. Il s’en dégage alors une impression de lourdeur, un manichéisme qui rend le film maladroit, légèrement sentencieux. On n’est pas loin de la démonstration pontifiante, heureusement contrecarrée par le regard bienveillant et amusé que le réalisateur porte sur cette société où tout finit toujours par tourner à la farce.

L’illustration du fameux Chant des mers du Sud en animation de papiers découpés, les plans contemplatifs sur les vastes plaines, les passages hauts en couleur entre le chef du village et son chauffeur allemand nous immergent dans l’ambiance burlesque de ce village kazakh dont on ne saurait vraiment prétendre qu’il est typique… mais qui participe à ancrer l’intrigue dans l’univers du conte décalé plus que du réalisme. Grâce à ce petit brin de fantaisie, cet appel au vivre ensemble et à l’ouverture aux autres ne manque indéniablement pas de charme.

Cannes : la belle carte à jouer de l’Asie

Posté par MpM, le 8 mars 2009

ThirstEnfant chéri de Cannes ces dernières années, l’Asie pourrait à nouveau arriver en force sur la Croisette. Ainsi, si l’on en croit la rumeur, Johnnie To aurait déjà son ticket pour le tapis rouge. En tant que réalisateur, pour Vengeance, où il dirige Johnny Hallyday, et/ou en tant que producteur avec Accident de Pou Soi Cheang, à qui l’on doit notamment Dog bite dog. A moins qu’il ne s’agisse encore d’un de ces buzz purement gratuits qui amusent tant le délégué général Thierry Frémaux …

La concurrence est en effet rude du côté de Hong Kong et de la Chine continentale. Lou Ye, qui concourait pour la palme d’or en 2006 avec Une jeunesse chinoise, met la dernière main à Spring fever. Wang Chao, sélectionné à Un certain regard la même année avec Voiture de luxe, est lui en train d’achever Starting over. Enfin, la réalisatrice Yimeng Jin a en stock Sophie’s revenge avec Zhang Ziyi, l’ancienne assistante de Jia Zhang-ke, Carol Lai, a terminé Shuffle et Tian Zhuangzhuang est de retour avec The warrior and the wolf.

Par ailleurs, du côté coréen, trois cinéastes qui ont déjà eu les honneurs de la croisette sont sur les rangs  : Park Chan-wook (Thirst), Bong Joon-ho (Mother) et Hong Sang-soo ; tandis qu’au Japon, on table sur un ancien lauréat, Hirokazu Kore-eda (Air doll), et sur un "petit nouveau", Hideo Nakata (Gensenkan), qui est le candidat idéal pour une séance de minuit à forte teneur horrifique.

On attend aussi beaucoup de la Thaïlande, qui est en train de s’imposer comme le nouvel Eldorado des cinéphiles. Wisit Sasanatieng, qui fut le premier réalisateur thaïlandais présenté en Sélection officielle (en 2001, avec Les larmes du tigre noir, dans la section Un certain regard), travaille à Red eagle. Son compatriote et complice Pen-ek Ratanaruang (venu présenter Ploy à la Quinzaine des Réalisateurs en 2007) a également un projet en cours : Nymph.

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Raz de marée sur le cinéma d’Asie centrale

Posté par MpM, le 5 juin 2008

Cinéma d’Asie centraleL’Asie centrale serait-elle le nouvel eldorado cinématographique ? En tout cas, à force de mettre des films kazakh sur le devant de la scène (Mongol de Sergueï Bodrov en lice pour l’Oscar 2008 du meilleur film étranger, Tulpan de Sergey Dvortsevoy récompensé lors du 61e festival de Cannes) ou de proposer des rétrospectives tadjikes (lors du dernier Festival de Vesoul), il semblerait bien que le grand public ait fini par se laisser séduire. Mardi, à la Maison d’Europe et d’Orient de Paris, c’est ainsi une foule compacte et diverse qui se pressait pour assister à la soirée Cinéma du "Printemps de Paris 2008" (Festival de création indépendante en Ile-de-France et en Europe de l'Est) composée de deux programmes de courts métrages réalisés par de jeunes réalisateurs indépendants du Kirghizstan, Ouzbékistan, Kazakhstan, Tadjikistan et Afghanistan.

Au menu, des films qui sont presque tous fortement ancrés dans la réalité de leur pays, abordant avec plus ou moins de bonheur de grands thèmes sociaux comme l’intégration (Coup au but de Ruslan Pak, Ouzbékistan, qui met en scène un petit garçon coréen ne parlant pas russe), la pauvreté (Tout va bien de Akjol Bekbolotov, Kirghizstan, sur de jeunes enfants vivant dans la rue) ou encore l’éclatement de la famille (La Voyageuse de Shukhrat Karimov, Ouzbékistan, évoquant le sort des parents âgés abandonnés par leurs enfants). Pas de chef d’œuvre à l’horizon, mais des courts métrages aboutis qui ont presque tous quelque chose à défendre, que ce soit un ton personnel, une intrigue originale ou un scénario bien construit.

Assez curieusement, les réalisateurs ont en commun de privilégier l’humour et la légèreté, même sur les sujets les plus plombants, mais aussi d’avoir recours presque systématiquement à un symbolisme sursignifiant (et de fait lourdingue) ainsi qu’à une musique tonitruante qui parasite la sobriété de la mise en scène. En un mot, ça pêche souvent par manque de subtilité… Ce qui n’empêche pas de dévoiler une certaine réalité sociale et humaine, en offrant notamment un aperçu quasi documentaire des rues et des villes où ont été tournés les films. Instructif, dépaysant et tendance, donc.

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Séance de rattrapage à la Maison d’Europe et d’Orient le 26 juin à 20h
3 passage Hennel
75 012 Paris
Entrée libre
Réservations/ Informations : 01 40 24 00 55

Le cinéma géorgien entend renaître de ses cendres

Posté par MpM, le 31 mai 2008

Si toutes les nationalités sont loin d’être représentées dans les différentes compétitions cannoises, au village international par contre, rares sont les absents. Ainsi pouvait-on cette année pour la première fois visiter le pavillon de la Géorgie, ancienne république soviétique au cinéma autrefois florissant qui a subi de plein fouet le démantèlement de l’URSS. "A l’époque, le cinéma bénéficiait d’un très gros budget, alloué automatiquement", explique Konstantin Chlaidze, le directeur du Centre national du Film géorgien. "L’état gérait tout, même la distribution. Mais depuis quinze ans, notre industrie s’est presque entièrement effondrée, par manque notamment de producteurs ou distributeurs professionnels."

D’où la nécessité pour la Géorgie d’être présente et visible dans le festival le plus important du monde pour rappeler à chacun que son cinéma fête ses cent ans en 2008 et s’apprête à revenir sur le devant de la scène ! Six longs métrages devraient ainsi être terminés au cours de l’année, tandis que dix nouvelles salles ouvriront leurs portes (il en reste actuellement 14, pour une population d’environ 4,6 millions d’habitants). La volonté de Konstantin Chlaidze et de son compatriote Archil Menagarishvili, le vice-directeur du studio Gruziafilm (un ancien grand studio national, désormais partiellement privatisé) est également de remettre en contact les différentes forces vives du cinéma géorgien, en permettant notamment à dix jeunes cinéastes de réaliser chacun un court métrage de dix minutes avec l’aide d’un professionnel plus aguerri.

Pour continuer dans cette direction volontariste, et vérifier que le marché est capable de suivre, le pays a besoin de trouver des alliés internationaux susceptibles d’investir dans la coproduction et la distribution de films nationaux. Pour ce faire, le Centre national du Film a élaboré un recueil des projets actuellement en cours (le "project book"), détaillant pour chacun son budget, ses producteurs actuels ainsi que son état d’avancement. Un outil intelligent et utile pour découvrir les potentialités de la cinématographie locale (en l’occurrence une trentaine de projets de fiction et documentaires, en pré et post-production) mais également le dynamisme de ses équipes. Pas anodin quand on sait que le pays aimerait attirer les tournages de films étranger sur son sol… Le pays, malgré sa petite taille (pratique pour les déplacements), offre en effet des paysages contrastés (montagne, mer, désert, forêts…) et des conditions climatiques extrêmement variées susceptibles de servir de décors naturels et peu onéreux à des productions ambitieuses. Après Holly, Bolly et Nolly, place à Georgywood ?

Eurasia fait du Kazakhstan le carrefour de toutes les cinématographies

Posté par MpM, le 29 mai 2008

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Pour sa 5e édition, du 7 au 13 septembre prochains, le festival international du film "Eurasia" quitte Almaty pour Astana, la (toute jeune) capitale du Kazakhstan. Au programme, une compétition internationale de longs métrages européens et asiatiques, un panorama des films d’Asie centrale et des pays turcophones, une sélection d’œuvres venant de la Fédération de Russie, de la CEI et des pays baltes, une rétrospective de la nouvelle vague kazakh et un hommage rendu à l’acteur et réalisateur Nurmukhan Zhanturin. Le festival propose également un "marché eurasien des projets" présentant côté à côté des projets européens et asiatiques. L’espace de quelques jours, le Kazakhstan deviendra ainsi le carrefour incontournable des cinématographies occidentales comme orientales et le lieu de synergie des collaborations et échanges transversaux. L’occasion également de (re)découvrir ce cinéma d’Asie centrale si peu connu en Europe et pourtant en plein renouveau.

Informations pour participer à la compétition (avant le 20 août) ou être représenté dans l’espace professionnel : voir le site du Festival.