BIFFF 2019 : les films catastrophe, nouvelle tendance du cinéma scandinave

Posté par kristofy, le 20 avril 2019

Pour les films fantastiques, on peut reconnaître une région du globe à certaines spécificités : torture psychologique, humour sarcastique, bagarre à coups de marteau... au Japon, en Espagne, en Corée du Sud.

Les pays nordiques, en dehors des best-sellers littéraires, semblaient plus méconnus. Leurs films fantastiques sont plutôt signés de grands cinéastes reconnus dans les Festivals: Lars Von Trier (Mélancholia, The house that Jack built…) et Nicolas Winding Refn (Valhalla Rising, The Neon demon…) du Danemark, Andre Ovredal de Norvège (The Troll hunter, The Jane doe identity), Tomas Alfredson de Suede (Morse), Timo Vuorensola de Finlande (Iron Sky)…

Cette année, le BIFFF a programmé 7 films de cinéastes nordiques avec tueurs, zombies, odyssée spatiale et une série de films catastrophes à glacer le sang. Revue de détails pour 3 d’entre eux vraiment remarquables, et que vous pouvez déjà découvrir :

The Quake, de John Andreas Andersen, Norvège.

Le film The Wave était dans certains top 10 des meilleurs films de l’année 2016 (son réalisateur norvégien Roar Uthaug a été appelé à Hollywood pour réaliser le nouveau Tomb Raider). C’était d’ailleurs tellement bien que l’équipe en a fait cette suite réalisée par John Andreas Andersen. Après le tsunami en bordure d’une côte à Geiranger et ses 248 morts, cette fois c’est carrément un tremblement de terre dans la capitale, qui sera évidemment pire ! Encore une fois les effets spéciaux des catastrophes naturelles sont épatants, mais surtout ils sont au service de l’histoire : un géologue qui calcule les risques de cataclysme et qui craint de les voir survenir quand personne n’y croit. A Oslo, bien qu’ une faille sismique soit tout de même surveillée sans aucune alerte depuis 1904, il n'y a apriori aucun risque.

The Quake débute quelques années après l’autre film, on (re)découvre le héros solitaire et séparé de sa famille car il ressasse encore le traumatisme du tsunami, quand un collègue trouve la mort dans un tunnel de Oslo. Il y a bien un énorme tremblement de terre imminent mais sa femme et sa fille se trouve dans un immense building, le temps d’aller les chercher et c’est le piège qui s’effondre en étant à l’intérieur… Le seul reproche de ce film est qu’il soit centré uniquement sur cette famille en danger, quand l’autre donnait plus à voir une communauté de voisins en péril. Si avec The Wave on avait eu le souffle coupé, c’est le cœur qui s'arrête pour The Quake avec cet homme qui va tout faire pour sauver encore une nouvelle fois femme et enfants. (malheureusement pas de sortie en salles, disponible en e-cinéma)

The Unthinkable, du collectif Crazy Pictures, Suède

Dans beaucoup de films catastrophe, il y a toujours une histoire d’amour. Dans The Unthinkable on a ainsi un film d’amour dans une histoire de catastrophe. C’est l’œuvre de Crazy Pictures qui est un collectif de 5 Suédois qui ensemble s’occupent de l’écriture, la production, la réalisation, les effets spéciaux… C’est peut-être d’ailleurs parce que le film a été conçu à plusieurs mains qu’il raconte en fait 2 grandes histoires d’amour manquées et parallèles : celle du héros qui n’est pas parvenu à se déclarer à une fille qu’il retrouve douze années plus tard, et celle du héros en rapports conflictuels avec son père durant sa jeunesse auquel il va se confronter.

On verra que c’est autant compliqué de se rapprocher que de s’éloigner de qui on voudrait alors que dans le pays se déroule une vaste et mystérieuse attaque qui provoque à la fois des accidents de voitures, des coupures de courant, la mort de militaires et la disparition du gouvernement ! Le père entre dans une paranoïa d’agents étrangers tandis que la fête du solstice d’été est peut-être l’occasion pour le fils de reconquérir sa femme idéale. Mais des hommes armés et des hélicoptères en action vont tout perturber… The Unthinkable, étonnant à plus d’un titre, est logiquement sélectionné dans chaque festival fantastique comme Sitges, Paris, Gerardmer, et donc enfin le Bifff à Bruxelles. (il est désormais disponible depuis le 3 avril en dvd et blu-ray, édité par Wild Side)

Cutterhead, de Rasmus Kloster Bro, Danemark

En plein Copenhague, il y a un vaste chantier en cours. En fait, il s’étend loin en profondeur puisqu’il s’agit de percer des nouveaux tunnels pour un métro. Rie est une femme chargée d’y passer une journée à documenter les travaux avec des photos, elle descend alors dans les entrailles de la terre et y découvre dans des passages étroits le travail pénible de tunnelier. La plupart des ouvriers ne parlent pas danois ni même à peine anglais: il y a Ivo d’origine croate qui rentre chez lui une semaine par trimestre et Bharan qui a fuit l’Erythrée et qui a une lourde dette envers sa famille. Ces trois personnages vont se retrouver coincés - après une alarme incendie - dans un réduit de quelques mètres : la chaleur augmente, l’oxygène baisse, pas de nourriture, et l'incertitude d'une éventuelle intervention des secours…

Cutterhead débute presque comme un documentaire social pour très vite devenir une catastrophe oppressante et claustrophobe. Dès l’enfermement, c’est filmé au plus près des visages avec un soin particulier sur les sons extérieurs. L’angoisse et la peur gagnent en même temps les protagonistes et les spectateurs. Au fur à mesure que le temps passe, le désespoir l'emporte et les chances de survie s'amoindrissent. Il va falloir lutter pour soi et peut-être même contre les autres. Avec ce film, danger de suffocation…

Joachim Trier revient en Norvège mais s’aventure dans le surnaturel

Posté par vincy, le 11 juin 2016

Un an après sa présentation en compétition à Cannes de Louder than Bomb, son premier film en langue anglaise, Joachim Trier revient dans son pays natal, la Norvège, pour tourner un thriller surnatruel, Thelma. Le film promet d'être innovant pour le cinéaste, et pas seulement parce qu'il promet d'être dans le genre fantastique. En effet, après trois histoires de jeunes hommes, Joachim trier va se concentrer sur une jeune femme.

L'histoire est celle d'une jeune femme, dans une Norvège contemporaine, qui tombe amoureuse et réalise qu'elle a des pouvoirs inexplicables et effrayants. Coproduit avec la société française Memento films (qui s'occupe également des ventes internationales), Thelma a aussi reçu une importante aide de l'Institut du cinéma norvégien (1,2 million d'euros), représentant près d'un quart de son budget. La sortie est déjà programmée au printemps 2017 (Cannes?).

Le cinéaste cherche actuellement son casting féminin, notamment des filles de 18 à 26 ans, sachant faire du roller. Les producteurs scandinaves promettent également de nombreux effets spéciaux. Selon Cineuropa, le tournage débutera en septembre.

Cannes 2016: Qui sont Anders Danielson Lie & Lars Eidinger?

Posté par vincy, le 17 mai 2016

Anders Danielsen Lie et Lars Eidinger sont tous les deux à l'affiche de Personal Shopper, le nouveau film d'Oliver Assayas, en compétition au festival de Cannes.

Les deux acteurs n'ont absolument rien en commun. Le premier est norvégien et n'est comédien que par intermittence. 37 ans, 1m80, blond, aux yeux bleus beau gosse, Anders Danielsen Lie a été révélé par Joachim Trier dans Nouvelle Donne, en jeune écrivain tourmenté, avant de le retrouver cinq ans plus tard dans Oslo, 31 août, sélectionné à Un  Certain regard. On l'a aussi vu dans Fidelio et Ce sentiment de l'été. Pourtant ses débuts datent de 1990. Il a 11 ans quand il joue le rôle principal dans Herman. Fils d'un psychiatre et de l'actrice Tonie Danielson, il aurait d'ailleurs pu être un enfant de la balle comme les autres.

Mais Anders Danielsen Lie a préféré être médecin. Son job à mi-temps. Acteur, c'est juste pendant ses pauses. En plus d'ausculter ses patients, de lire des pavés intellectuels, et de jouer devant les caméras une fois par an. Pianiste, il a également écrit, chanté, composé, produit un album, This is autism, inspiré de son enfance. Il tape sur la batterie aussi dans le groupe Virgo.

Faisant toujours plus jeune que son âge, il s'abonne aux personnages mélancoliques et sensibles, souvent frappé par le drame ou confronté à la mort. Lui rejette toute appétence pour la tragédie et la noirceur. Père de deux enfants, marié à un top-model, la célébrité l'angoisse. Après le succès précoce de Hermann, il n'avait plus envie d'être acteur. "Je n'ai jamais rêvé de jouer" explique-t-il, se définissant plutôt comme "un touriste dans l'industrie du cinéma", industrie pour laquelle il n'a pas beaucoup de respect.

Le comédien Lars Eidinger préfère largement le théâtre aux plateaux de cinéma. Né en 1976 à Berlin, 1m90, blond aux yeux bleus, l'acteur allemand, qui fut membre du jury du dernier Festival de Berlin, est aussi metteur en scène et compositeur. La musique est sans aucun doute leur seul point commun. Car Lars Eidinger est avant tout un passionné du jeu. Si au cinéma, on ne l'a découvert qu'en 2009 dans Alle Anderen de Maren Ade (en compétition cette année à Cannes avec Toni Erdmann), au théâtre, il arpente les scènes depuis 2000. Ibsen, Shakespeare, Sarah Kane, Tennessee Williams, Molière: tous les registres lui vont. Hamlet ou Tartuffe. Il travaille avec Ivo van Hove, Rodrigo Garcia, l'immense Thomas Ostermeier (près d'une dizaine de fois), dont un Richard III impressionnant qui fit le tour du monde. Lui même met en scène Roméo et Juliette il y a trois ans, qui ne fut pas une bonne expérience. Habitué d'Avignon, le voici désormais sur la Croisette.

Pour les écrans, il tourne d'abord pour la télévision avant d'être repéré par le cinéma. On l'aperçoit ainsi chez Peter Greenaway (Goltzius et la compagnie du Pélican), chez Olivier Assayas (déjà, dans Sils Maria), Die Blumen von Gestern (avec Adèle Haenel), et ce mois-ci dans L'Origine de la violence d'Elie Chouraqui. A la télévision, il est un rôle récurrent de Tatort. "Je veux que le public me voie faire l’acteur. Devenir le personnage ne m’intéresse pas" affirme-t-il pour justifier son jeu.  Ambitieux, vaniteux, orgueilleux? Il ne dément pas. Il aime interpeller le public, et même le provoquer. Il règne sur la troupe de la Schaubühne comme on s'impose sur un trône. Il est l'homme qui aime jouer, qui veut jouer, qui se laisse happer par le jeu. Il dévore ses personnages, tel un ogre bestial et recrache avec génie la moindre nuance de leur puissance.

L'un est acteur par défaut, l'autre par envie.

Un des premiers courts métrages de Disney retrouvé près du cercle polaire

Posté par vincy, le 12 décembre 2014

empty socks walt disneyEmpty Socks (Chaussettes vides, ndt) était l'un des premiers films d'animation réalisé par Walt Disney, en 1927. On le croyait perdu. Il a ressurgit dans le nord de la Norvège, autant dire, ironiquement, au Pôle nord. Jusqu'à présent, seule une séquence de 25 secondes était conservée au Musée d'art moderne de New York.

L'annonce a été faite par la Bibliothèque nationale norvégienne qui a retrouvé le précieux film lors d'un inventaire dans le cadre d'un vaste projet de numérisation de ses fonds. Il y était entreposé depuis des lustres. La Bibliothèque de Mo i Rana, un bunker ultra-sécurisé, se situe au niveau du cercle polaire et sert d'entrepôt pour la Bibliothèque nationale.

"Au début, on ne savait pas qu'il s'agissait d'un trésor cinématographique disparu", a déclaré l'archiviste Kjetil Kvale Soerenssen dans un communiqué. "Le film consistait en deux bobines dont le contenu n'était pas clairement étiqueté".

Ce court métrage en noir et blanc de 5 minutes 30 - il ne manquerait qu'entre 30 et 60 secondes au milieu de la bibine - a été authentifié par David Gerstein, un dessinateur de Disney et spécialiste de l'histoire du dessin animé.

Le dessin animé met en vedette Oswald le lapin chanceux, star d'une série de 26 dessins animés créés par Walt Disney et Ub Iwerks. Ce 8e film avec Oswald a été diffusé à partir de décembre 1927. Oswald s'y déguise en Père Noël pour un orphelinat mais des enfants mettent le feux par accident à l'établissement. Le héros fait donc office de pompier. La valeur patrimoniale est inestimable: Oswald a été créé avant Mickey Mouse. Autant dire qu'il s'agit de la préhistoire de l'Empire Disney.

Une copie numérisée a été envoyée à la Walt Disney Company.

Comment a-t-il pu atterrir là? Le film a d'abord été la propriété d'un particulier norvégien, avant d'arriver dans le fonds de l'Institut cinématographique norvégien, qui a confié ses collections en 2007 à la Bibliothèque nationale.

Scorsese va faire son Bonhomme de neige

Posté par vincy, le 24 novembre 2011

Martin Scorsese quitte le monde de l'enfance (Hugo Cabret est présenté aujourd'hui à la presse française) pour s'immerger dans les polars norvégiens de Jo Nesbø. Un drame bien sombre : The Snowman (en français Le bonhomme de neige, paru dans la Série Noire de Gallimard en 2008). Le scénario est signé Matthew Michael Carnahan (Le royaume, Lions et agneaux, jeux de pouvoir, World War Z). Le projet est produit par Working Title.

The Hollywood Reporter confirme qu'il s'agira probablement du prochain film du cinéaste. L'écrivain aurait donné son accord personnel. Etrange, cependant, de commencer les aventures du détective Harry Hole par sa septième aventure.

Le bonhomme de neige se déroule à Oslo, en novembre 2004. Un bonhomme de neige apparaît mystérieusement dans le jardin de la famille Becker. La nuit même, Birte, la mère, disparaît, laissant pour seule trace son écharpe rose autour du cou du bonhomme de neige. Katherine Bratt, nouvelle dans l'équipe d'Harry Hole fait le lien avec de nombreuses autres disparitions de mères de famille dont le corps n'a pas été retrouvé ou juste une partie.

Scorsese prépare deux autres films : le drame historique autour de deux prêtres jésuites au Japon au XVIIe siècle, Silence, avec Daniel Day-Lewis, Benicio del Toro et Gael Garcia Bernal (voir actualité du 17 mars), et le biopic Sinatra avec Leonardo DiCaprio. Il a aussi accepté de réaliser un biopic autour du couple Liz Taylor / Richard Burton (voir actualité du 5 juin).

Un chic type : humain, sympa et décalé

Posté par geoffroy, le 1 février 2011

L'histoire: A peine sorti de prison, Ulrick tente de se réinsérer. Il n'a pas d'ambition particulière, il veut juste prendre un nouveau départ. Mais entre son ex patron mafieux, sa logeuse qui le harcèle sexuellement, son fils qui ne veut pas le voir et bien d'autres péripéties, Ulrick a du mal à trouver sa place. C'est un chic Type.... Mais jusqu'à quel point ?

Notre avis: Il existera toujours des individus aux trajectoires de vie différentes de ce qu’ils sont profondément. Dans pareil cas, il est bien difficile de trouver la paix de l’âme. Voire de goûter au bonheur d’une vie quotidienne sans heurts. Mais à celui, ou celle, qui ne renonce pas, rien n’est impossible. C’est en tout cas le parti-pris d’Ulrik, ex-tolard quinquagénaire bien décidé à reprendre en main le cours de son existence après 12 ans d’emprisonnement. Comme souvent dans le cinéma nordique, l’humain guide une narration « existentielle » au pessimisme lucide ou comment une réinsertion hasardeuse se transforme en un chemin de croix à l’humour pince sans-rire bien senti.

Un Chic Type est une comédie douce-amère sondant les failles de personnages touchants malgré certaines situations pour le moins pathétiques. La relation à la fois drôle et triste d’Ulrik avec sa logeuse de fortune en dit long sur le regard que porte le cinéaste vis-à-vis des rapports sociaux-amoureux des êtres en général. Le décalage comique fait le reste. Presque comme toujours. Sauf qu’ici la pilule passe facilement, aidée en cela par l’humanisme d’un Ulrik encore un peu balourd mais bougrement attachant. L’interprétation de Stellan Skarsgard élève le propos d’un film au rythme parfois un peu lent. Il porte sur ses épaules de colosse une dignité à toute épreuve. Si rien n’est acquis, l’espoir d’un changement peut suffire pour aller de l’avant.

Aller de l’avant. Soit le conseil précieux d’un maton (et, oui !) à un Ulrik sur le départ. Ne pas se retourner et regarder droit devant soi coûte que coûte malgré les embûches, les vieilles connaissances pas toujours très fréquentables et les êtres chers que l’on désire retrouver par-dessus-tout. Belle philosophie, certes, mais qu’il n’est pas toujours facile de respecter. Alors quand l’adversité devient trop pesante, un petit écart, tout petit mais si bon, peut changer beaucoup de chose. Comme le destin de ce bon bougre d’Ulrik aspirant, enfin, à la joie simple d’une vie simple mais pas toujours réjouissante. Faut-il encore que la mauvaise graine en soit définitivement bannie. Un Chic Type est un chouette film au ton décalé abordant avec singularité un sujet grave. Bonne pioche monsieur Skarsgard.

Noomi Rapace profite de l’effet Millénium

Posté par vincy, le 30 juin 2010

Elle incarne tellement Lisbeth salander dans la saga Millénium qu'on a du mal à la voir ailleurs. A 31 ans, l'actrice a porté une trilogie sur ses épaules, se révélant au monde. Le premier épisode a rapporté 100 millions de $ dans le monde. Après 13 ans de carrière, les projets s'emballent. Elle avait obtenu le rôle de Lisbeth grâce à sa prestation remarquée dans la tragédie danoise Daisy Diamond (2007), de Simon Staho.

On va la voir prochainement dans le suédois Svinalängorna de Pernilla August, le norvégien Babycall de Pal Sletaune et surtout dans le franco-suisse The Nazi's office's Wife de Barthélémy Grossman. Le film se tournera cet automne en Allemagne, avec Mads Mikkelsen (Coco Chanel & Igor Stravinsky, Casino Royale) dans le rôle masculin principal. Il s'agit de l'histoire d'une femme juive qui cache son identité pour survivre et épouse un officier nazi. Les premières projections pourraient avoir lieu au printemps 2011.

Nord : Bienvenue chez les Samis!

Posté par Claire Fayau, le 9 mars 2010

nord.jpg"- Tu as un fils de quatre ans..."

L'histoire : Jomar Henriksen, ancien skieur professionnel, travaille comme employé sur les pistes. Il ne veut désormais plus entendre parler du ski et néglige les tâches qu'on lui a confiées. Il passe son temps à fumer, à boire et surtout à ne rien faire.Un jour, un ancien copain se présente chez lui et lui annonce qu'il est le père d'un enfant qui vit avec sa mère dans le nord du pays. C'est le moment ou jamais de tourner le dos à cette existence vide. Commence ainsi un voyage avec sa motoneige ponctué de rencontres loufoques et d'aventures insolites. (in DP)

Prix FIPRESCI au 59 e festival international du film de Berlin.

Notre avis : Ce Nord se situe dans le Royaume enneigé de la Norvège, et fait du hors pistes dans le monde du cinéma. Un premier long métrage de fiction confectionné avec soin par  Rune Denstad Langlo, documentariste chevronné.

En route pour le Nord! Plus que les dialogues, le scénario ou le rythme au style réaliste, la vérité et la beauté du film se trouvent ailleurs : dans la mélancolie des paysages et le climat extrême près du cercle polaire. Le réalisateur a eu la bonne  idée de réaliser un  Norway  of  life  road movie (oui, mais à défaut de route, il y a la motoneige et le ski...), ce qui nous dépayse en soi.

Anders Baasmo Christiansen. L'autre bonne idée est le choix de l'acteur pour le personnage de l'anti-héros. ABC, plus simple à écrire, ressemble à un ours mal léché, surmonté d'une tête de bébé lunaire . C'est l'un de seuls acteurs professionnels du film. Il est parfait dans le rôle de Jomar, qui se met toujours dans des situations incroyables pour mieux réjouir le spectateur. Par exemple, il brûle deux refuges (par inadvertance ?). Oublie ses lunettes de protection, se retrouvant donc aveuglé par la réverbération sur la neige ... Quand  il n'a pas les yeux bandés, son regard est hébété par l'incompréhension ou l'alcool   ... Jomar ne crache pas sur l'alcool et testera une méthode originale pour se soûler (scène qui nous laisse encore bouche bée). En cassant sa motoneige, il manquera aussi de se faire tuer par des militaires en plein exercice. Absurde et loufoque.

Un Norway of life bien rude imbibé d'alcools. En comparaison, les nordistes décrits par Galabru dans Bienvenue chez les Chtis paraissent bien sobres et chaleureux. S'il se trouve bizarre et dépressif, Jomar réalise qu'il existe encore plus mélancolique et seul que lui dans ce trou du cul du monde. Ce voyage initiatique aux rencontres bien incongrues (le vieux Sami qui vit en ermite avec sa motoneige enchaînée à sa cheville) rappelle même le Fargo des frères Coen.

Et  à la fin ? Il va mieux ? Sans dévoiler l'intrigue,  on pourrait penser que tous ces individus croisés en chemin vont transformer l'asocial et  immature Jomar... Ou pas ! Chacun  y ira de son interprétation. Ce n'est pas dans les dialogues minimalistes qu'on trouvera une vérité. Un no hero, no buddy  movie, épuré et drôle, malgré quelques longueurs et un scénario qui parfois se relâche.

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site internet du film

Festival du cinéma nordique : Palmarès

Posté par denis, le 30 mars 2009

pause dejeunerVingt deux ans d’existence pour ce festival du cinéma nordique ancré  à Rouen et qui se porte toujours bien ! Fort d’un public ayant régulièrement rempli les salles, la manifestation vient de remettre son palmarès, et c’est à la Norvège que revient l’honneur d’être couronné pour cette édition 2009, dont la sélection officielle était composée de deux films danois, deux suédois, deux norvégiens, un néerlandais, un islandais, un belge et un finlandais.

Le prix du jury a donc été décerné au film norvégien Pause déjeuner / Cold Lunch (voir actualité du 26 mars 2009) réalisé par Eva Sorhaug. Dans ce film un peu décalé, la réalisatrice raconte comment un homme bouleverse la vie de tout un quartier d'Oslo à partir d’un petit incident domestique. Drôle et cocasse, avec toujours cette petite touche douce-amère propre à la Scandinavie, Pause déjeuner fait mouche et mériterait une sortie en salles sur notre territoire.

Concernant les prix d’interprétation masculine et féminine, ce sont respectivement Mikael Persbrandt et Maria Lundqvist qui ont été récompensés pour leurs rôles dans le film suédois Au coeur du Paradis. Ce film de Simon Staho raconte l'histoire de Lars et Susanna mariés depuis 20 ans et soudain confrontés à la tentation de l'adultère. Enfin le prix du public a été attribué à La rébellion de Kantokeino, un film norvégien de Nils Gaup et celui du jeune jury européen à Instants éternels, un film suédois de Jan Troell.

Far North : huis clos glaçant inabouti

Posté par MpM, le 15 mars 2009

Far north"- Je dois saisir cette chance. La vie ne peut pas se résumer qu’à ça."

L'Histoire : Au beau milieu de l’Artique, deux femmes vivent totalement isolées, fuyant comme la peste la compagnie de leurs semblables. Un jour, pourtant, elles recueillent un homme laissé pour mort au milieu de la neige… Il va bouleverser leurs habitudes et confronter l'une à son passé et ses peurs, l'autreà son futur et ses désirs.

Notre avis : En filmant avec ampleur et majesté les paysages à couper le souffle, parfois écrasants, de l’Artique, Asif Kapadia fait de ses personnages les ultimes survivants d’une humanité ayant depuis longtemps plié devant la toute puissance de la nature. L'hostilité se situe davantage dans la défiance entre les personnages que dans ce décor sauvage. Pour renforcer encore cette sensation de huis clos confiné, il évacue presque tout contexte temporel et historique, plaçant son récit naturaliste directement sous le signe du conte mi-fantastique, mi-contemplatif. Parfois poétique et même fascinant quand il se concentre sur les rites et les gestes de ces peuples du grand nord. On y croit d’autant plus que le poids d’une terrible malédiction flotte sur le personnage ambigu de Michelle Yeoh qui apparaît tour à tour touchante et redoutable, dur et vulnérable.

Malheureusement, le réalisateur ne parvient pas à garder le cap, se perdant dans des flash-back mélodramatiques (avec Michelle Yeoh jouant un peu ridiculement les jeunes filles) qui gâchent la belle ambiance oppressante et mystique du film, et en allongent inutilement la durée. D’ailleurs, dans sa deuxième partie, Far north manque de souffle et de rythme, ne sachant plus comment faire le lien entre ces deux femmes, unies par un pacte sanglant, qui se détisse quand l'homme devient leur seul centre d'intérêt. Car si les silences de la nature et l'économie de mots servent très bien la première partie, il aurait fallu une densité psychologique plus profonde pour que ce film tienne sur toute sa longueur, pour que cette cruauté nous glace plus qu'elle nous lasse. Car le rebondissement final ne parvient pas à relancer l’intérêt, plus proche du grand-guignol grotesque que du climax glaçant. L'allégorie se brise comme un iceberg qui fond.