Cannes 2019 : l’intime et la liberté au féminin à Un Certain Regard

Posté par MpM, le 28 mai 2019

Un Certain Regard, section souvent encensée par les festivaliers comme sorte de compétition bis, plus riche en découvertes et en révélations que la vraie compétition, semble avoir mécaniquement souffert cette année de la très grande qualité des films en lice pour la Palme d'or. Par comparaison, on a en effet eu le sentiment que les 18 films présentés en salle Debussy étaient à quelques rares exceptions près inaboutis, pas assez singuliers, fragiles, voire carrément anecdotiques.

Cela se sent au niveau de la qualité (subjective) des films, mais aussi des thématiques abordées, et du regard porté sur le monde. Un Certain Regard a ainsi été moins traversé par la vision apocalyptique d’un monde sur le point de disparaître que n'a pu l'être la compétition. Cette année, c’est au contraire l’intime qui était au cœur de tout. Des histoires d’amour et d’amitié, des rencontres, des trajectoires personnelles, des destins empêchés ou brisés par des événements qui les dépassent, mais dans tous les cas de simples individus pris dans une tourmente plus personnelle que blobale.

Le fil rouge de l'intime


Dans La femme de mon frère de Monia Chokri, c'est par exemple une jeune femme trop attachée à son frère, qui souffre de le voir heureux avec une autre. Dans Port Authority de Danielle Lessovitz, un jeune homme un peu paumé tombe amoureux d'une jeune femme rencontrée dans la rue et tente de se faire accepter par les siens. Chambre 212 de Christophe Honoré et Once in Trubchevsk de Larisa Sadilova sont chacun dans leur style des histoires de couples qui s'aiment, se trompent et se retrouvent. Dans Summer of Changsha de Zu Feng, un enquêteur de police n'arrive pas à se remettre du suicide de sa petite amie. The Climb de Michael Angelo Covino présente une amitié toxique entre deux amis d'enfance, dont l'un convoite sans cesse ce qu'a l'autre.

Chez Kantamir Balagov, dans Une Grande fille, ce sont deux femmes qui sont unies par une amitié dévorante. La vie invisible d'Euridice Gusmao de Karim Aïnouz raconte en creux le lien indéfectible qui n'a jamais cessé de relier deux sœurs séparées par la vie. Et Adam de Maryam Touzani est l'histoire d'une rencontre fortuite entre une femme qui s'est fermée à l'amour et une jeune fille sur le point d'accoucher. Bull de Annie Silverstein, quant à lui, raconte l'amitié naissante entre une adolescente blanche paumée et un adepte de rodéo noir et vieillissant

De même, quand la grande histoire s’invite dans les intrigues, c’est toujours par le prisme de la petite. Presque par la bande, en se focalisant sur la manière dont la réalité affecte les personnages plus que sur cette réalité en elle-même. C'est le cas dans Une grande Fille : malgré le contexte de la fin de la guerre et du terrible siège de Leningrad, les événements historiques ne sont jamais au cœur du film. En revanche, ils servent de contexte à l’histoire, et permettent au réalisateur d’observer les traumatismes subis par ses personnages, et la manière dont ils affectent leurs relations.

Dans Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, on suit le destin particulier de quelques personnages aux prises avec le régime des Talibans, qui luttent chacun à sa manière pour exister dans le cadre ultra étroit qui leur est imposé. Dans Papicha, le personnage central est une jeune étudiante qui résiste à l’obscurantisme de différents groupes islamistes faisant régner la terreur à Alger en s’accrochant à sa passion du stylisme. En confectionnant de belles robes pour les jeunes femmes de la ville, et en organisant un défilé de mode dans l'université, la jeune fille affirme sa liberté et son indépendance. Nina Wu de Midi Z aborde frontalement la question du harcèlement dans le milieu du cinéma, en se concentrant sur les séquelles indélébiles qui détruisent à petit feu son personnage. Enfin, En terre de Crimée de Nariman Aliev s'ancre dans la situation complexe de la Crimée, que se disputent la Russie et l'Ukraine, mais à travers l'histoire ténue d'un père (qui appartient à la minorité tatare) souhaitant enterrer son fils sur sa terre natale de Crimée, au risque de tout perdre.

Le poids des dilemmes


C'est l'un des autres points saillants du Certain Regard 2019, la présence au sein de la plupart des histoires d'un dilemme contraignant les personnages à faire des choix plus ou moins déterminants pour leur existence. On pense évidemment à Jeanne de Bruno Dumont, dans lequel le célèbre personnage historique est présenté sous les traits d'une frêle jeune fille s'accrochant envers et contre tout à ses convictions, et refusant de se renier, même si cela lui permettrait de sauver sa vie. Autre dilemme incommensurable chez Kantamir Balagov (jusqu'où aller pour préserver une amitié ?) et dans Les Hirondelles de Kaboul (Faut-il laisser condamner une innocente ou risquer sa vie à la sauver ?), ou encore chez Midi Z (jusqu'où aller pour obtenir un rôle au cinéma ?), Maryam Touzani (abandonner ou non l'enfant que l'on vient de mettre au monde ?), Mounia Meddour (Céder à la peur ou prendre le risque de vivre pleinement ?) et dans Port authority, qui voit le personnage principal déchiré entre deux loyautés incompatibles. Car la plupart du temps, il n'existe pas de bonne ou de mauvaise décision objective, mais juste deux chemins conduisant à deux avenirs distincts.

La bonne nouvelle, c'est que la plupart des films laissent ainsi véritablement le choix aux personnages, ne les déterminant pas dès le départ à une voie plutôt qu'une autre. Fort de ce libre arbitre, chacun agit en son âme et conscience, et en fonction de ses propres valeurs. Ainsi, dans La Fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti, le Roi Léonce doit-il d'abord se dépouiller de ses attributs d'ours pour régner parmi les hommes, puis renoncer à ses privilèges royaux pour retrouver un sens à sa vie. Liberté d'Albert Serra s'affranchit d'emblée de toute question morale pour n'être qu'une succession de tableaux libertins vivants, filmés magnifiquement jusqu'à l’écœurement. Et pourtant on sent que le film n'est pas si éloigné du sujet, avec son hymne à la liberté de jouir de tout, y compris de l'humiliation et de la douleur.

Car, on le remarque finalement dans la plupart des films présentés cette année, la notion de choix est souvent moins une question de morale que de liberté. Celle d'être maître de son existence, de ne rien se laisser dicter, de vivre sa vie comme on l'entend, de s’affranchir des carcans. Un peu à part dans la sélection, Viendra le feu d'Oliver Laxe aborde en creux cette question de la liberté : une liberté qui peut sembler une soumission,mais qui est celle choisie et vécue par le personnage principal : vivre en harmonie avec la nature, et d'accepter son rôle au sein d'un tout qui le dépasse.

Les femmes au centre


On ne sait pas trop si cette omniprésence d'une quête de liberté, quelle que soit la forme qu'elle prend (aimer qui et comme on veut, s'habiller comme on veut, vivre comme on veut...), est la cause ou la conséquence du rôle central des femmes dans la sélection. Derrière la caméra, bien sûr, avec sept des dix-huit films sélectionnés réalisés par des femmes, mais aussi devant, avec plus des deux tiers présentant des personnages féminins de premier plan, et abordant des questions liées au droit des femmes (Papicha et ses extrémistes refusant aux femmes la liberté de s'habiller comme elles le souhaitent, Les Hirondelles de Kaboul dans lequel les femmes sont des êtres inférieurs interchangeables, La vie invisible d'Euridice Gusmao qui dresse un portrait glaçant du patriarcat triomphant...) ou tout simplement à leur vécu quotidien : harcèlement et même "droit de cuissage" dans Nina Wu, avortement dans La femme de mon frère, viols d'état dans Une Grande fille, maternité dans Adam...

Sans oublier les films qui abordent moins frontalement la question mais offrent de superbes personnages féminins. On pense évidemment à Chiara Mastroianni dans Chambre 212, femme moderne et libre qui suit ses désirs, notamment sexuels, et assume ses infidélités. Il y a aussi la jeune fille de Bull, fascinée par le rodéo jusqu'à souhaiter s'y exercer elle-même, ou encore l'épouse adultère de Once in Trubchevsk qui elle-aussi assume ses sentiments et refuse d'être soumise au bon vouloir d'un homme, sans oublier les libertines de Liberté, qui ont la pleine maîtrise de leur corps et de leur sexualité.

On a donc vécu une édition 2019 d'Un Certain regard peut-être en demi-teinte en terme de chocs cinématographiques, mais passionnante dans ce qu'elle dit du monde. Cette double prise de pouvoir par les réalisatrices et par les personnages féminins participe d'un mouvement général qui redonne la parole à la moitié de l'Humanité, et consacre les problématiques qui lui sont propres comme aussi dignes d'intérêt que les autres. On se réjouit, parmi ces 18 films, de compter dix premiers longs métrages (et même 11 si l'on compte Elé Gobbé-Mévellec qui est en duo avec Zabou Breitman) qui sont autant de promesses pour l'avenir. On attend donc avec impatience le jour où l'on ne se croira plus obligé de souligner la place des femmes dans les films cannois (le fait-on pour les hommes ?) parce qu'elle sera définitivement acquise.

Cannes 2019: le Palmarès d’Un certain regard

Posté par vincy, le 24 mai 2019

Présidé par Nadine Labaki, accompagnée de Marina Foïs, Nurhan Sekerci-Porst, Lisandro Alonso et Lukas Dhont, le jury d'Un certain regard a rendu un verdict éclectique avec 8 films distingués sur les 18 de la sélection.

"Le Jury tient à témoigner du grand plaisir qu’il a eu à s’immerger dans la diversité de cette sélection, diversité quant aux sujets traités, quant à l’approche cinématographique et à la représentation des personnages. Il a été pour nous très stimulant de voir côte à côte des réalisateurs qui maîtrisent si bien leur langage et d’autres qui suivent ce même chemin. Constater la présence de 9 premiers films fut pour nous une belle surprise et voyager à travers ces différents univers, un réel privilège. Le cinéma mondial se porte à merveille !" a indiqué le jury dans le communiqué.

Si on peut regretter qu'aucun des deux films d'animation n'aient été récompensés, le jury a confirmé le bel accueil au film du cinéaste brésilien Karim Aïnouz, La vie invisible d'Euridice Gusmao, grande fresque mélodramatique autour de deux sœurs fusionnelles qui se retrouvent séparées par le destin. Le film reçoit le Prix Un Certain Regard, le plus grand prix du palmarès.

Le Prix du jury est revenu au film minimaliste d'Oliver Laxe, Viendra le feu.

Chiara Mastroïanni reçoit le Prix d'interprétation pour son plus grand rôle à date, dans Chambre 212 de Christophe Honoré. Une belle manière de distinguer ce film.

Kantemir Balagov, avec sa fresque formelle Beanpole reçoit le Prix de la mise en scène tandis qu'un Prix spécial du jury a été remis au déconcertant et libertin Liberté d'Albert Serra.

Le jury a aussi tenu à donné une mention spéciale à Jeanne, drame historique décalé de Bruno Dumont, et deux coups de cœur à des films qui mêlent l'humour et l'intime, avec un ton léger et des personnages dépressifs: La femme de mon père de Monia Chokri, qui avait fait l'ouverture d'Un certain regard, et The Climb de Michael Angelo Covino.

Cinespana 2016 sous le signe de la résistance

Posté par MpM, le 27 septembre 2016

Cinespana 2016Pour sa 21e édition qui se tiendra du 30 septembre au 9 octobre, le festival Cinespana se place d'emblée sous le signe de la résistance. Celui qui est devenu la plus importante manifestation d'Europe consacrée au cinéma espagnol (hors Espagne) a en effet dû faire face cette année à une baisse de subvention de 30 000 euros, soit 10% de son budget annuel.

"Ce festival ne peut perdurer que grâce aux subventions publiques, aux partenaires privés, aux donateurs mais aussi au bénévolat", rappellent Françoise Palmerio-Vielmas et Patrick Bernabé, présidente et vice-président du festival, dans le dossier de presse de la 21e édition. "Cette diminution de ressources a des conséquences sur le fonctionnement du festival. L’ensemble de ses pôles a dû s’adapter difficilement à cette nouvelle situation."

Malgré tout, grâce aux relations qu'il a tissé au fil des années, et à la solidarité de nombreux partenaires, Cinespana parvient à proposer une édition 2016 à la hauteur des précédentes, avec un nombre égal de films répartis entre compétitions fiction, documentaire, "nouveaux réalisateurs" et courts métrages, Panorama du cinéma espagnol contemporain, hommage (en sa présence) à l'acteur Sergi Lopez, focus sur le producteur catalan Paco Poch, hommage posthume au réalisateur Miguel Picazo, rencontre avec l'écrivain Paul Preston, coup de projecteur sur le cinéma des îles Baléares, regard sur le cinéma basque, cycles "Politique et société" et "Voir et revoir", sans oublier diverses rencontres et avant-premières.

Le public toulousain aura ainsi la chance de découvrir avant tout le monde quelques films attendus comme Mi gran noche, le nouveau film d'Alex de la Iglesia, La mort de Louis XIV d'Albert Serra (en présence du réalisateur) ou encore Beyond Flamenco de Carlos Saura, mais aussi les nouveaux films d'habitués de Cinespana comme Jonas Trueba (La reconquista), récompensé en 2013 pour Los Ilusos et Ignacio Vilar (Sicixia), récompensé en 2015 pour A esmorga.

Une édition qui fait donc le pari de poursuivre coûte que coûte son engagement militant en faveur d'une cinématographie ibérique fragile, souvent indépendante, qui doit se battre pour exister. "Mais qu’en sera-t-il en 2017 ?" s'interrogent à juste titre les organisateurs. Une seule solution dans l'immédiat pour assurer l'avenir de Cinespana : s'y ruer en masse dès l'ouverture ce vendredi 30 septembre !

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21e édition de Cinespana
Du 30 septembre au 9 octobre 2016 à Toulouse
Informations et horaires sur le site de la manifestation
Cinespana sur Ecran Noir depuis 2007

Le Prix Jean Vigo 2016 pour Albert Serra

Posté par vincy, le 6 juin 2016

Le Prix Jean Vigo 2016 été attribué ce soir au cinéaste espagnol Albert Serra pour son film La Mort de Louis XIV, sélectionné en séance spéciale au dernier festival de Cannes.

Albert Serra est distingué pour "sa façon singulière de filmer l'Histoire, pour ses films à la fois somptueux et désinvoltes qui font de lui un cinéaste unique", souligné le jury dans son communiqué. Le Prix Jean Vigo est décerné depuis 1951 à un film et un cinéaste qui fait preuve d'indépendance d'esprit et d'originalité. Albert Serra avait été couronné en 2013 à Locarno par un léopard d'or pour Histoire de ma mort.

Incarnant Louis XIV, l'acteur français Jean-Pierre Léaud a reçu une Palme d'Or d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. Le film met en scène l'agonie du roi de France, entouré de ses fidèles et de ses médecins.

Le Prix Jean Vigo 2016 du court métrage a été décerné à Vincent Le Port pour Le Gouffre.

Cannes 2016: Une Palme d’or d’honneur pour Jean-Pierre Léaud

Posté par vincy, le 10 mai 2016

Une Palme d'or d'honneur sera décernée à l'acteur Jean-Pierre Léaud lors de la Cérémonie de clôture du Festival de Cannes, le 22 mai. Il succède à Agnès Varda , Clint Eastwood, Manoel de Oliveira, Woody Allen, Jean-Paul Belmondo, Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Jane Fonda et Bernardo Bertolucci.

C'est à Cannes que Léaud est né puisqu'à 14 ans, en 1959, il monte les marches avec son mentor François Truffaut pour son premier film, Les 400 Coups. Eternel Antoine Doinel, on le voit grandir dans Antoine et Colette (1962), Baisers volés (1968), Domicile conjugal (1970) ou L'Amour en fuite (1979). Grand habitué du Festival où plusieurs de ses films ont été en compétition, Léaud n'a jamais reçu de prix à Cannes comme ailleurs, hormis un César d'honneur en 2000.

Acteur-égérie de la nouvelle vague, il joue dans 5 films de Jean-Luc Godard et devient même son assistant-réalisateur (Pierrot le fou, Alphaville) comme il le fut pour Truffaut (La Peau douce).

Jean-Pierre Léaud tourne peu mais souvent avec de grands cinéastes: Jean Cocteau (Le testament d'Oprhée), Jean Duviver (Boulevard), Bernardo Bertolucci (Le Dernier Tango à Paris), Jacques Rivette (Out 1), Jean Eustache (La Maman et la Putain, Grand Prix Spécial du Jury au Festival de Cannes), Aki Kaurismäki (J’ai engagé un tueur, La vie de bohême, Le Havre), Olivier Assayas (Paris s’éveille, Irma Vep), Lucas Belvaux (Pour rire), Philippe Garrel (La Naissance de l’amour), Bertrand Bonello (Le Pornographe), Raoul Ruiz (L'île au trésor), Enki Bilal (Bunker Palace Hotel) ou encore Tsai Ming-liang (Là-bas quelle heure est-il ?, Visage). Son dernier rôle fut pour Noémie Lvovsky dans Camille redouble.

Sa carrière aventureuse et éclectique le conduit de nouveau à Cannes cette année, avec La mort de Louis XIV d'Albert Serra, où il incarne le Roi Soleil, et qui sera présenté en Séance spéciale.

Locarno 2013 : Casanova, le VIH, Mouton et Gabrielle au palmarès

Posté par vincy, le 18 août 2013

histoire de ma mort alberto serra locarno 2013

Le 66e Festival del film Locarno s’est achevé avec la traditionnelle remise des prix, samedi soir. Les premiers chiffres sont encourageants : fréquentation en légère hausse (162 919 spectateurs contre 161 690 l’an dernier), nombre d’accrédités en progression (4 114 contre 3 950 en 2012), mais aussi un peu plus de journalistes et de professionnels de l’industrie. Locarno fait cependant face à ses limites en matière d’extension : le nombre d’hôtels n’augmente pas, et la petite ville lacustre helvétique peine à pouvoir attirer plus de monde…

Le Président Marco Solari a clôturé officiellement la 66e édition : « au nom du conseil de direction, j'exprime toute ma reconnaissance aux nouveaux directeurs Carlo Chatrian et Mario Timbal qui ont réussi, grâce à leur travail et à l'effort de leurs équipes respectives, à renforcer, avec l'édition 2013, les atouts artistiques et l'organisation du Festival del film Locarno dans un contexte international actuellement difficile pour les festivals de cinéma ». Locarno prépare déjà sa 67e édition, qui se tiendra du 6 au 16 août 2014.

Du Léopard pour Casanova

Côté palmarès, c’est le film espagnol Histoire de ma mort (photo) qui a remporté le prestigieux Léopard d’or. Le film sortira dans les salles françaises le 23 octobre prochain. Il s’agit de l’histoire de Casanova et de son nouveau serviteur. Ce dernier sera le témoin des derniers moments de la vie du séducteur, dans les terres pauvres et sombres de l’Europe septentrionale. Là-bas, son monde de légèretés et de mondanités ainsi que sa pensée rationaliste s’effondre face à une force nouvelle, violente, ésotérique et romantique représentée par Dracula et son pouvoir éternel. Toujours d’Espagne, Lois Patiño a reçu le prix du Meilleur réalisateur émergent pour son film Costa da Morte.

La péninsule ibérique a été également récompensée par le prix spécial du jury, E Agora ? Lembra-me (Et maintenant ? Souviens-toi de moi), le très long film de Joaquim Pinto. Le cinéaste vit avec le VIH et l’hépatite C depuis près de vingt ans. Son film retrace une année d’études cliniques sous psychotiques et médicaments toxiques dont la commercialisation n’a pas encore été approuvée.

Dessine-moi un Mouton

Notons aussi que le cinéaste sud-coréen Hong Sang-soo, fidèle habitué des festivals européens, a été sacré par un prix du meilleur réalisateur. Des films comme Short Term 12 (USA), Manakamana (Népal/USA) et Mouton (France) sont repartis avec plusieurs récompenses. Manakamana a reçu ainsi le Léopard d’or dans la section Cinéastes du présent et la mention spéciale dans la catégorie Première œuvre ; Mouton a été, à l’inverse, choisi comme Meilleure première œuvre et a hérité d’un prix spécial dans la section Cinéastes du présent.

Mouton, film français à petit budget, de Gilles Deroo et Marianne Pistone, remarqués en 2008 avec le moyen-métrage Hiver (Les Grands Chats), suit Aurélien Bouvier, dit "Mouton", 17 ans. Durant 3 ans, il habitera une petite chambre à l’étage de La Crémaillère où il est embauché comme écailler poissonnier. Il y est logé, blanchi et nourri. Il est sérieux et respectueux du service et des autres… Il vit sa vie avec ses camarades, sans aucun incident notoire. Le soir du 22 juin, il se rend en compagnie de ses camarades à la fête Sainte Anne. A 3h30 du matin, Monsieur Delobel, 42 ans, lui tronçonne le bras. Il est transféré à l’hôpital. Il en sortira 2 semaines plus tard. Plus jamais on ne verra Mouton. On est avec ses potes… Courseulles sur mer, presque inchangée et pourtant il y a de plus en plus de chiens…Tout le monde a sans se le dire parfois quelque chose en leur cœur saignant…

Enfin, finissons avec le prix du public remis au film canadien Gabrielle, de Louise Archambault, qui sortira en France le 16 octobre.

LE PALMARÈS
Compétition internationale

Léopard d’or
HISTORIA DE LA MEVA MORT (HISTOIRE DE MA MORT) d’Albert Serra, Espagne/France

Prix spécial du jury
E AGORA? LEMBRA-ME de Joaquim Pinto, Portugal

Meilleur réalisateur
HONG SANG-SOO pour U RI SUNHI (Our Sunhi), Corée du Sud

Meilleure actrice
BRIE LARSON pour SHORT TERM 12 de Destin Cretton, États-Unis

Meilleur acteur
FERNANDO BACILIO pour EL MUDO de Daniel Vega et Diego Vega, Pérou/France/Mexique

Mentions spéciales
SHORT TERM 12 de Destin Cretton, États-Unis
TABLEAU NOIR de Yves Yersin, Suisse

Cinéastes du présent

Léopard d’or Cinéastes du présent - Prix George Foundation
MANAKAMANA de Stephanie Spray et Pacho Velez, Népal/États-Unis

Meilleur réalisateur émergent
COSTA DA MORTE de Lois Patiño, Espagne

Prix spécial du jury Ciné+ Cinéastes du présent
MOUTON de Gilles Deroo et Marianne Pistone, France

Mention spéciale
SAI NAM TID SHOER (By the River) de Nontawat Numbenchapol, Thaïlande

Première œuvre

Lépoart de la meilleure première oeuvre
MOUTON de Gilles Deroo et Marianne Pistone, France

Mention spéciale
MANAKAMANA de Stephanie Spray et Pacho Velez, Népal/États-Unis

Léopards de demain

Compétition internationale
Meilleur court métrage international
LA STRADA DI RAFFAEL d’Alessandro Falco, Italie/Espagne

Léopard d’argent Swiss Life
ZIMA de Cristina Picchi, Russie

Nomination de Locarno pour les European Film Awards - Prix Pianifica
ZIMA de Cristina Picchi, Russie

Prix Film und Video Untertitelung
TADPOLES d’Ivan Tan, Singapour

Mention spéciale
ENDORPHIN de Reza Gamini, Iran

Compétition nationale
Meilleur court métrage suisse
'A IUCATA de Michele Pennetta, Suisse

Léopard d’argent Swiss Life
VIGIA de Marcel Barelli, Suisse/France

Prix Action Light pour le meilleur espoir suisse
LA FILLE AUX FEUILLES de Marina Rosset, Suisse

Piazza Grande

Prix du Public UBS
GABRIELLE de Louise Archambault, Canada

Variety Piazza Grande Award
2 GUNS de Baltasar Kormákur, États-Unis