Invités : le producteur Christophe Rossignon et les acteurs Mathias Waneux, Dave Djoupa, Wenceslas Laveola pour L'ordre et la morale de Mathieu Kassovitz ; Emmanuel Mouret pour L'art d'aimer.
L'équipe du quotidien vidéo du Arras Film Festival : Jessica Aveline, Marion Dardé, Simon Machi, Alain Pétoux et Loïc Wattez.
Propos recueillis par Marie-Pauline Mollaret et Jovani Vasseur.
Merci à David Lesage.
Invités : Claude Nuridsany et Marie Pérennou pour La clé des champs ; Cyril Mennegun pour Louise Wimmer ; Fiona Gordon et Dominique Abel pour la carte blanche "cinéma burlesque" et Mélanie Laurent pour Les adoptés.
L'équipe du quotidien vidéo du Arras Film Festival : Jessica, Marion, Alain, Loïc et Simon.
Propos recueillis par Marie-Pauline Mollaret et Jovani Vasseur.
Merci à David Lesage.
Le Arras Film Festival offre cette année une carte blanche au duo lunaire et fantaisiste formé par Fiona Gordon et Dominique Abel. L'occasion pour les deux clowns-réalisateurs de montrer leurs trois longs métrages (coréalisés avec Bruno Romy) : L'iceberg, Rumba et La fée, mais surtout de dévoiler une partie de leur univers burlesque au travers de films dont ils se sentent proches. Sont ainsi présentés Oeil pour oeil (Laurel et Hardy), Les lumières de la ville (Charlie Chaplin), Le soupirant (Pierre Etaix) et Sacré Graal ! (Monty Python).
"On avait fait une liste plus longue, précise Dominique Abel. Mais ce sont souvent des films introuvables. On avait notamment proposé Whisky de Pablo Stoll et Juan Pablo Rebella, Tampopo de J?z? Itami et un film que l'on met à chaque fois et que personne ne trouve jamais, Qui chante là-bas de Slobodan Sijan."
Gus van Sant, Hal Hartley et Aki Kaurismäki font également partie de leurs références. "On adore Kaurismäki. Pour nous, c'est un des très grands. Quelqu'un qu'on admire. Mais je ne suis pas sûr que ça rentre vraiment dans le burlesque..."
De toute façon, le duo avoue n'avoir jamais été capable de hiérarchiser. Chaplin, Keaton, Tati, Etaix, Linder, Méliès... "Lorsque je les ai découverts, se souvient Dominique Abel, j'ai eu l'impression qu'ils me connaissaient de l'intérieur, qu'ils avaient tout compris de la vie. Je me suis dit : ouf, je ne suis pas tout seul !"
De Laurel et Hardy, ils vantent la lenteur et le respect. "Ils se donnent des claques, mais entre chaque claque, ils se rhabillent l'un l'autre, remettent leurs chapeaux", note Fiona Gordon. "Et puis ils prennent leur temps. Je trouve ça très joli cette forme de lenteur", complète Dominique Abel.
Chaplin les fascine par son mélange de gags et d'humanisme. "Il enrichit le film [Les lumières de la ville] d'un discours politique : regardez, je veux travailler, mais il n'y a rien pour moi. Avec cela, il ajoute du mélodrame. Tandis que Pierre Etaux est plus un personnage de dandy. C'est un personnage riche qui fait rire ! C'est du burlesque nouveau, différent", explique Dominique Abel.
Les deux acteurs revendiquent également une envie de défendre les "moins nobles" par rapport aux "intellos" acclamés partout. "Ce n'est pas toujours dans le raffinement que se trouve le génie", souligne Fiona Gordon. "Le génie peut être complétement bordélique. Regardez les Monty Python. Leur côté bordélique nous plait. Chez eux, rien n'est sacré. Or il y a de la grandeur dans cette irrévérence. "
« J’aime le mélange des styles et des choses qui n’ont pas de rapport entre elles. J’aime les surprises, les choses qui choquent, qui sont inattendues, qui cassent l’unité et qui rompent la monotonie » - Loulou de la Falaise
Loulou de la Falaise était un mélange d’excès et de simplicité, d’élégance et de décontraction, d’aristocratie et de bohème. Né en Angleterre, sa mère était mannequin et son père était écrivain et éditeur. La petite Louise deviendra « Loulou », un surnom à son image, fragile et fort à la fois.
En 1969, Loulou de la Falaise rencontre pour la première fois Yves Saint-Laurent à New York. Il a 33 ans et est déjà un couturier consacré. Elle n’a que 21 ans et est une figure en vue à New York dessinant des imprimés pour Halston ou faisant des photos pour Vogue. Dès 1972, elle rejoint son studio. Ces deux personnalités similaires et complémentaires deviendront inséparables. Elle crée, notamment, les bijoux et la maille de la maison Saint-Laurent. Mais surtout, elle représentera la femme idéale de Saint-Laurent. « Elle n’est que facettes multicolores et brillantes. (…) elle imprime à tout ce qu’elle fait ce jeu des contrastes les plus opposés mais qu’elle seule sait faire se rejoindre » résumait le couturier.
Icône et muse, Loulou de la Falaise a partagé le studio d’Yves Saint-Laurent pendant trente ans. Son allure était l’incarnation parfaite de la révolution du style imposée par Saint-Laurent dans les années 70. Irrévérencieusement féminine dans ses pantalons jusque-là réservés aux hommes, elle les portait avec des blouses transparentes. « L’important, c’est de s’inventer » affirmait celle qui mariait comme personne les styles, les couleurs, les accessoires. Toujours différente et toujours elle, Loulou de la Falaise cultivait la fantaisie et les contrastes. Elle avait compris que ces éléments constituaient le piment de la mode.
En 2010, la mystérieuse Loulou de la Falaise déclarait : « A présent que tout est fini, j’aime imaginer qu’il y a un peu de mon âme dans les vêtements qui ont été créés quand j’étais là parce que j’étais supposée être une source d’inspiration. ». Au-delà des vêtements, ce sont les images de cette silhouette qui demeureront gravées dans l’histoire du style.
Serge Wintour
Loulou de la Falaise en quelques dates
1948 : naissance de Loulou de le Falaise.
1969 : première rencontre avec Yves Saint Laurent.
1972 : Loulou de la Falaise rejoint la maison Saint Laurent.
1977 : mariage avec Thadée Klossowski de Rola, fils du peintre Balthus.
2002 : Monsieur Saint Laurent cesse son activité Haute couture. Loulou de la Falaise lance sa propre collection d’accessoires.
2011 : mort de Loulou de la Falaise le 5 novembre 2011.
Comme à Ecran Noir on aime vous faire partager nos découvertes, alors après le court-métrage Pixels réalisé par Patrick Jean, voici l’instant Court n° 52.
Avant que la Contagion de Steven Soderbergh contamine nos écrans à partir du 9 novembre prochain, sauve qui peut. Se retrancher dans un bunker semble d'ailleurs la meilleure solution pour éviter d’être infecté. Mais si on y est seul, cela change tout... C'est en tout cas l'expérience que fait Marie, l'héroïne de l'Instant court de la semaine.
Voila donc Bunker réalisé par Paul Doucet. Ce court-métrage, qui pourrait presque être l’introduction d’un long ambitieux, révèle un jeune cinéaste prometteur…
Le réalisateur Paul Doucet nous commente l’expérience du tournage de Bunker :
Ecran Noir : On remarque comme un décorum nostalgique du passé alors qu’il s’agit d’une histoire typique de science-fiction futuriste, pourquoi cette ambiguïté ? Paul Doucet : En fait, Bunker est une adaptation non officielle de l'univers du jeu vidéo Fallout (ndr : le joueur évolue dans un univers post-apocalyptique d’une civilisation uchronique), un peu remanié à ma sauce. Et s'il y a bien un point qui marche dans le jeu, c'est son côté rétrofuturiste : de la science fiction basée sur des technologies un peu vieillottes. J'ai donc essayé de représenter la chose à ma manière, avec une petite touche française via Fréhel dont les chansons font maintenant partie du domaine public. Le grand avantage que je vois à faire de la sorte, c'est qu'en brouillant les pistes temporelles, on rend le film plus intéressant et moins "daté". Il n'y a rien qui ne vieillisse aussi vite que les films très/trop ancrés dans leur époque, avec sa technologie. Il suffit de regarder à quel point Matrix était novateur il y a 10 ans et limite has been aujourd'hui pour s'en convaincre... Donc c'était un vrai choix conscient et assumé. Mais j'aurai aimé qu'on aille encore plus loin dans la représentation visuelle de cet univers, ce qu'on n'a pas pu faire faute de temps.
EN : Bunker semble construit de manière très précise, avez-vous suivi un storyboard très découpé ou est-ce qu’il y avait de la place pour une certaine improvisation ? Paul Doucet : Ouh là... Il faut savoir que Bunker était mon premier court métrage. Donc même si je savais ce qu'était un storyboard et un découpage, de là à être capable d'en faire un bon... il y a un sacré pas. J'avais deux-trois idées sur ce que je voulais puisqu'on était allé faire un repérage quelques mois avant. J'avais prévu initialement un découpage tellement mal foutu qu'il y avait limite un plan par seconde. Alors l'association TNT et mon chef op Antoine Carpentier m'ont conseillé de revoir totalement ma copie vu que nos contraintes lumières nous obligeaient à tourner au maximum une quinzaine de plans par jour. Sur les lieux, avec Randiane Naly en train de jouer, des choix se sont fait très naturellement. Mais le premier et le dernier plan du film, ainsi que quelques autres étaient vraiment voulus depuis le début, avec mon découpage foireux.
EN : Dans quelle mesure les modestes moyens réunis ont eu une influence sur le tournage ? Paul Doucet : A la base, Bunker est né car j'avais écrit plusieurs projets intournables (entre autre parce que le script était lamentable) car trop complexes. Je suis donc revenu à la base, à savoir un huis-clos. Et je me suis dit qu'on pouvait pousser le bouchon encore plus loin avec un seul acteur à l'écran. Partant de cette idée, l'idée du film est venue relativement vite. Et finalement c'est un concept qui marche bien (comme pour Buried et son acteur dans un cercueil pendant 1h30). Par contre, quitte à payer plus cher, je voulais tourner dans un vrai bunker. Je trouve que trop de courts amateurs ont de belles images, de bons acteurs... mais donnent l'impression d'avoir été tournés chez tata Martine. Avec une seule actrice à l'écran, le bunker devenait un personnage à part entière. Donc non, même si le film a été entièrement payé de ma poche, j'ai eu tout ce que je voulais. Entre autre via l'association TNT qui m'a épaulé en m'apportant des moyens techniques, comme la caméra RED qu'ils venaient d'acquérir. Lire le reste de cet article »
Invités : Karl Markovics pour Atmen (le film auquel il fait allusion dans l'interview est Le fils des frères Dardenne) ; le producteur Geoffroy Grison et l'actrice Anjela Nedyalkova pour Avé de Konstantin Bojanov.
L'équipe du quotidien vidéo du Arras Film Festival : Jessica Aveline, Marion Dardé, Simon Machi, Alain Pétoux et Loïc Wattez.
Propos recueillis par Marie-Pauline Mollaret et Jovani Vasseur.
Merci à David Lesage.
Les Rencontres Henri Langlois de Poitiers ne manquent jamais de nous réserver de bonnes surprises et parviennent toujours à se placer dans la mouvance actuelle.
Après avoir pris au vol le succès de Tournée de Mathieu Amalric, et du "new burlesque", en confiant la soirée d'ouverture 2010 aux plantureuses girls du film, le festival invite en décembre prochain un cinéaste qui fait parler de lui et un film, tout comme Tournée, remarqué à Cannes : The Artist.
En effet, cette année, la traditionnelle leçon de cinéma sera donnée par le compositeur Ludovic Bource et le réalisateur Michel Hazanavicius sur le thème de la musique de films. Ils succèdent à la leçon sur la mise en scène de Nicolas Saada qui lui, avait organisé le tournage d'un court métrage avec Grégoire Leprince-Ringet.
La venue des deux hommes dans la capitale poitevine est particulièrement judicieuse pour ce festival dédié à la recherche entre passé et futur du cinéma. Avec The Artist, ils ont redonné un léger souffle à la grande époque du cinéma muet (et séduit plus d'un million de spectateurs depuis sa sortie en salles), et ils ont essayé d'offrir une réflexion sur le son au cinéma et plus largement sur le cinéma d'aujourd'hui (une mise en miroir avec le muet).
Cette leçon peut donc avoir plusieurs points d'approches, différents angles d'interrogation : quel a été le challenge musicalement parlant de The Artist ? Quelle sera la forme de cette leçon de cinéma ? La musique était souvent le personnage principal des films muets : elle pouvait être une "voix" à part entière. En tout cas, son usage et sa fonction sont très éloignés des B.O.F. actuelles .
Bource et Hazanavicius ont également collaboré sur les deux OSS 117 : la question de la musique de genre peut aussi être posée. Car le grand point fort de cette leçon est de convier un réalisateur (et son compositeur) qui ne cesse de sortir des sentiers battus du cinéma français. Cela ne peut que convenir au festival qui est toujours partisan de l'originalité et qui possède lui-même son brin de folie.
Rendez-vous donc le mardi 6 décembre pour un voyage dans le temps qui risque d'être passionnant. Ecran Noir sera bien entendu de la partie pour cette soirée d'ors et déjà très attendue.
C'est en présence des acteurs Marie Gillain et Vincent Lindon ainsi que du réalisateur Philippe Lioret que s'est ouverte la 12e édition du Arras Film Festival, comme il faut désormais l'appeler. Le trio était venu présenter (devant une salle plus que comble) Toutes nos envies, qui sort sur les écrans le 9 novembre prochain.
Le film, très librement adapté du roman d'Emmanuel Carrère D'autres vies que la mienne, raconte la rencontre de Claire, une jeune juge d'instance, et de Stéphane, son collègue plus aguerri. Tous deux partent en guerre contre les organismes de crédit à la consommation qui profitent en toute impunité de la misère de ceux à qui ils prêtent de l'argent. Le film a reçu un accueil enthousiaste sous le regard ému et complice des trois invités qui se sont livrés avec fantaisie et humour au traditionnel jeu des questions-réponses.
Juste avant la projection, le délégué général du Festival, Eric Miot, était monté sur scène aux côtés du journaliste Xavier Leherpeur afin de présenter les nombreux temps forts de cette édition : leçon de cinéma de Jean-Paul Rappeneau, leçon d'actrice de Jacqueline Bisset, compétition européenne, avants-premières, carte blanche à Fiona Gordon et Dominique Abel...
En tout plus d'une centaine de films présentés durant les dix jours que compte le festival et à vivre en direct sur notre site !
Invités : Marie Gillain, Vincent Lindon et Philippe Lioret pour Toutes nos envies.
L'équipe du quotidien vidéo du Arras Film Festival : Jessica, Marion, Alain, Loïc et Simon.
Propos recueillis par Marie-Pauline Mollaret et Jovani Vasseur.
Merci à David Lesage.
ARP Selection, distributeur du film Sleeping Beauty de Julia Leigh, menacé d'une interdiction pour les moins de 16 ans (voir notre actualité du 31 octobre), lance une campagne publicitaire ce week-end dans Le Monde et Libération. L'objectif est de mobiliser le public afin qu'il se fasse son propre avis, lors de la sortie en salles le 16 novembre. L'interdiction reste suspendue à la décision du Ministre de la culture et de la communication. ARP a fait appel de l'avis de la Commission de classification des oeuvres cinématographiques.
Encore une fois, puisque nous avons vu le film au Festival de Cannes, cette censure nous semble complètement décalée pour ne pas dire inappropriée au film. Tandis que la liberté d'expression (et de création) est attaquée par plusieurs formes d'intégrisme (cf les locaux de Charlie Hebdo brulés, les manifestations agressives de l'extrême droite traditionnelle contre une pièce de Roberto Castellucci au Théâtre de la Ville à Paris, les menaces qui pèsent sur les représentations d'une autre pièce, celle de Rodrigo Garcia au Théâtre Garonne à Toulouse), il nous paraît primordial d'envoyer un message clair à l'intention des censeurs officiels, embrigadés ou manipulés : Sleeping beauty ne doit pas être considéré comme Romance, interdit aux moins de 16 ans lui aussi, qui comportait des images "pornographiques". Le film de Julia Leigh n'en comporte aucune. Quant au climat malsain et pervers, il faudra en définir les exacts contours. Dans Drive, un homme fait justice tout seul et explose la tête d'un salaud : n'est-ce pas aussi malsain et pervers?
Dans son communiqué, le distributeur relaie les arguments de la réalisatrice (et écrivaine) : « Sleeping Beauty se réfère au conte du même nom, mais aussi aux œuvres de Yasunari Kawabata et Gabriel Garcia Marquez, qui ont tous deux reçu le Prix Nobel de littérature, et qui ont abordé cette thématique des hommes âgés dormant avec des filles bien plus jeunes. Et même dans la Bible, le Roi David cherche à passer la nuit aux côtés de jeunes vierges. » On pourrait ajouter que de nombreux reportages télévisés dans des émissions respectés relatent des faits similaires sur la prostitution des jeunes afin de "boucler leurs fins de mois". L'interdiction est généralement limitée aux moins de 12 ans.