Le 25 octobre dernier, Studio canal a sorti le DVD-événement du documentaire de Asif Kapadia Senna : sans peur, sans reproche, sans égal. Produit par James Gay-Ress et Working title (la maison s'attelant pour la première fois à un documentaire), le film se voit comme un roman tragique.
Extraordinaire destin que celui d'Ayrton Senna : pilote de F1 sans égal, mort à 34 ans sur le circuit d'Imola, dont le style fut aussi flamboyant que sa vie. Le film est-il réservé uniquement à un public d'aficionados ? Que nenni, tout amateur de sport, de vie hors du commun ou tout simplement d'humanité, sera bouleversé par ce récit éternel du héros à la recherche de ses propres limites. De ses premières compétitions de karting à l'adolescence (il est champion d'Amérique du Sud à 17 ans) à ses courses dans l'écurie Lotus en Formule 1 ; de ses conquêtes amoureuses à sa contribution au rayonnement du Brésil, son pays natal ; tout passionne chez cet épris de vitesse et de vie.
Le film s'attarde bien sûr sur la profonde rivalité qui le liait à Alain Prost, au sein de l'équipe Mac Laren, à la fin des années 1980. Cette guerre psychologique que se livrèrent les deux hommes est ici incroyablement rendue, poignante et précise. Ayrton Senna apparaît comme mur, sûr de lui, audacieux, terriblement à part. La fin de cette épopée sonne comme un coup de tonnerre dans le ciel de sa jeunesse.
La dernière séquence, sur le drame d'Imola, est réellement bouleversante et souligne la tragédie de la perte d'un tel talent. Ce dernier décès, qui amènera la Fédération Internationale de l'Automobile à prendre toute une série de décisions drastiques concernant le renforcement de la sécurité en circuit, est dépeint à la fois avec pudeur et intensité.
Asif Kapadia (The warrior, Far north) s'est résolument orienté vers la pure image d'archive, ainsi que les témoignages des proches, sans fioriture, sans effet narratif appuyé, sans voix off à l'effet suranné... De nombreux plans sont inédits, et intéresseront donc même les connaisseurs du sujet. Les courses sont tellement haletantes, les protagonistes tellement passionnés, que le film devient une sorte de fiction monumentale, dédiés à la vitesse et à la compétition. Se suivent les réflexions et témoignages des proches, de la famille, mais aussi de professionnels du milieu, comme Ron Dennis, Pierre van Vliet, Patrick Tambay, Philippe Alliot.... On comprend sans peine que le film ait reçu le Prix du meilleur documentaire au festival de Sundance 2011.
A noter que le DVD comprend en bonus la Bande-Annonce et un documentaire : Senna, vu par... . Il sort également en version collector, avec un livre de 128 pages et 140 photos. En tout état de cause, un excellent matériau pour nourrir sa passion ou s'initier à la Formule 1.
Sandra Bullock était en négociations mais son planning surchargé (les films de Cuaron et Daldry, excusez du peu) a conduit les producteurs à choisir Amy Adams pour le rôle féminin principal de Trouble With The Curve.
Elle y interprétera la fille de Clint Eastwood, qui n'a pas été comédien depuis Gran Torino en 2008. Eastwood incarnera un recruteur de baseball qui perd la vue et décide de se faire accompagner par sa fille pour aller dénicher un joueur à fort potentiel. Un road trip écrit par Randy Brown et qui devrait être réalisé par Robert Lorenz, producteur associé d'Eastwood dans leur société Malpaso. Il s'agira de son premier film, qui devrait sortir en 2013.
La dernière réalisation de Clint Eastwood, J. Edgar, vient de sortir dans les salles américaines. Amy Adams a terminé le tournage de Sur la route, de Walter Salles, et de The Master, de Paul Thomas Anderson. Elle sera à l'affiche à Noël avec The Muppets. Et tourne actuellement le nouveau Superman, Man of Steel.
Les neiges du Kilimandjaro, de Robert Guédiguian, a reçu aujourd'hui le prix Lux 2011 du Parlement européen récompensant le meilleur film européen de l'année. Le film sort aujourd'hui dans les salles françaises. Il avait été projeté en avant-première mondiale au dernier Festival de Cannes, dans la sélection Un Certain regard.
Le prix a été remis au producteur du film, Marc Bordure, au sein même du Parlement à Strasbourg. Il est doté de 87 000 euros, permettant de sous-titrer le film dans 23 langues officielles de l'Union européenne et de l'adapter aux personnes atteintes d'un handicap visuel ou auditif. Le prix permet aussi de produire une copie pour chacun des membres de l'Union.
Le Prix Lux récompense un film dont les valeurs européennes, la diversité culturelle et le processus de construction continentale sont particulièrement illustrées.
Marc Bordure a rappelé, lors de la cérémonie, que "les valeurs de l'Europe sont liés à l'idée de République, cette République que Jean Jaurès appelait république sociale. République sociale: liberté, égalité, fraternité sont les qualités qu'elle se doit de défendre. Nous avons je crois trop longtemps oublié ces trois piliers de la République, ces trois piliers de l'Europe. Ils ne signifient pas, ces mots-là, concurrence, compétition et individualisme. Ils signifient épanouissement, entraide et communauté. C'est le message de mon film et vous l'avez récompensé".
Les neiges du Kilimandjaro était en concurrence avec le film grec Attenberg et le film suédois Play.
C'est la deuxième fois qu'un film français emporte ce prix, après Welcome de Philippe Lioret en 2009. Les autres récipiendaires ont été De l'autre côté de Fatih Akin (2007), Le silence de Lorna des frères Dardenne (2008) et L'étrangère de Feo Aladag (2010).
Puisque l'unique cinéma néo-calédonien ne veut pas projeter le dernier film de Mathieu Kassovitz (voir notre actualité du 21 octobre), L'ordre et la morale, qui sort aujourd'hui dans les salles françaises, la production, Nord-Ouest Films, négocie actuellement une distribution parallèle.
Le film sera projeté au Centre culturel Tjibaou de Nouméa le 12 décembre, en présence du coproducteur, réalisateur, co-scénariste, co-monteur et acteur principal du film, Mathieu Kassovitz.
Selon l'AFP, "Trois ou quatre copies du film doivent être envoyées en Nouvelle-Calédonie où les projections auront ensuite lieu dans les cinémas municipaux de La Foa et Bourail, mais aussi dans des médiathèques, des salles de spectacle ou en tribu. Le cinéma itinérant Ciné-Brousse est en discussion avec la production pour mettre au point le dispositif."
Le film The Black Power Mixtape 1967-1975 est un documentaire construit avec des images d’archives inédites qui ont été retrouvées dans les archives d’une télévision de Suède. Le réalisateur suédois Göran Hugo Olsson est à l’origine du montage de ce film, coproduit par Danny Glover et présenté aux Festivals de Sundance, Berlin et Deauville.
Le mouvement 'Black Power' aux Etats-Unis pourrait se résumer rapidement par la lutte des noirs américains contre le racisme (accès aux bus, au logement, à l'université, au travail...) porté par des leaders comme Martin Luther King et Malcolm X. Les principales images de l’époque des télévisions américaines sont plus orientées vers une dénonciation d’activistes provocateurs… Ici, ces images de journalistes suédois font découvrir les revendications 'Black Power' telles qu’elles étaient exprimées durant ces années 70, ce sont des témoignages de ces années troubles. Ces archives ont été compilées dans un montage en 9 chapitres (pour chaque année entre 1967 et 1975), avec, parfois, un commentaire contemporain par certains artistes afro-américains sensibles eux-aussi au 'Black Power' (Erykah Badu, Talib Kweli, Questlove, Melvin Van Peebles).
Le montage chronologique de The Black Power Mixtape 1967-1975 permet de saisir l’évolution d’un mouvement : La lutte pour les droits civiques des noirs est aussi liée à la contestation de la guerre américaine au Vietnam, et aux assassinats de Martin Luther King (et celui de Robert Kenndy) en 1968. Martin Luther King (appelé Dr King) préférait la non-violence d’un mouvement pacifique, Malcom X déplorait que le gouvernement ait trop attendus pour engager des réformes sociales en faveur des plus pauvres, Stokely Carmichael à lui écrit un manifeste du Black Power (il a popularisé l’expression) et le Black Power Party fut le plus radical en vantant le droit de se défendre (avec des armes) face à la violence du racisme…
Le documentaire est riche de plusieurs séquences mémorables qui font entendre les paroles de ces militants. Ainsi Angela Davis est interviewée en prison sur la légitimité d’une organisation armée, et sa réponse <i>« lorsque quelqu'un me demande mon avis sur la violence, je trouve cela incroyable car cela signifie que la personne qui pose cette question n'a aucune idée de ce que le peuple noir a subi »</i> lui fait raconter le quotidien de son quartier en Alabama où des blancs racistes tuaient avec des bombes des familles noires… The Black Power Mixtape 1967-1975 s’intéresse d’ailleurs surtout à Angela Davis et à Stokely Carmichael : ce sont les personnes qui ont été le plus rencontrées par les journalistes suédois. Stokely Carmichael a voyagé en Europe, en France et en Suède, pour propager de ses idées. On apprendra d’ailleurs que le gouvernement américain n’appréciait guère que ces reporters suédois donnent une image positive des activistes - les médias américains conservateurs évoquaient davantage des troubles et des violences- au point de geler les relations diplomatiques entre les deux pays.
La force de ce documentaire est de réussir à cerner plusieurs années de luttes idéologiques pour la liberté et l’égalité. Les images et les propos sont bien évidement plutôt à charge contre les Etats-Unis (en particulier le gouvernement du Président Nixon). The Black Power Mixtape 1967-1975 est avant tout un document historique.
Frédéric Mitterrand sera resté sourd, ou aveugle, selon. Le ministre de la Culture et de la communication a confirmé l'avis de la commission de classification concernant Sleeping Beauty (voir notre actualité du 31 octobre). le premier film de Julia Leigh sera donc bel et bien interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie en salles demain.
On reste légèrement perplexe devant cette décision. Comme on l'a déjà exprimé sur ce blog, le film ne mérite vraiment pas les qualificatifs qui ont causé cette interdiction, et aucune image du film ne pourrait être comparable à des films précédemment interdits aux moins d e16 ans.
Le distributeur, ARP Sélection, a changé son affiche. Du bandeau rouge avec le mot "Censuré" (voir notre actualité du 4 novembre), on passe au même bandeau rouge siglé "A vous de juger".
Le film ne s'attendait sans doute pas à autant de publicité. Mais l'ordre conservateur et la morale déplacée ont gagné la première manche. Il ne reste plus qu'au public pour faire oublier cette sombre défaite.
L'équipe du quotidien vidéo du Arras Film Festival : Jessica Aveline, Marion Dardé, Simon Machi, Alain Pétoux et Loïc Wattez.
Propos recueillis par Marie-Pauline Mollaret et Jovani Vasseur.
Merci à David Lesage.
La 12e édition du Arras Film Festival s'est achevée sur un bilan plus que positif : plus de 28000 entrées (contre 25000 en 2010), des invités prestigieux, des avants-premières de qualité et surtout de beaux moments d'émotion.
Parmi les nombreux temps forts de ces dix jours, Nadia Paschetto (directrice) et Eric Miot (délégué général) ont ainsi voulu retenir la soirée d'ouverture en présence de Marie Gillain, Vincent Lindon et Philippe Lioret ; la standing ovation offerte à Mélanie Laurent pour Les adoptés, son premier film en tant que réalisatrice ; le geste des acteurs de L'ordre et la morale de Mathieu Kassovitz, qui ont étendu côté à côte le drapeau français et le drapeau kanak ; la chaleur de l'accueil réservé au film Hasta la vista de Geoffrey Enthoven... Sans oublier les rencontres avec Jacqueline Bisset, Fiona Gordon, Dominique Abel et Jean-Paul Rappeneau !
Le jury présidé par Claude Lelouch (et composé de Judith Henry, Joël Chapron, Ozana Oancea et Philippe Reynaert) a ensuite décerné l'atlas d'or à Nokas du Norvégien Erik Skjoldbjaerg. Le film met en scène un fait divers survenu dans le sud de la Norvège en 2004, le braquage de la société Nokas qui alimente les distributeurs de monnaie.
Le cinéaste a choisi de décrire les événements sous la forme la plus réaliste possible, en réalisant un anti-thriller qui place le spectateur dans la position du témoin impuissant. Un parti pris radical de réalisation (caméra à l'épaule comme prise d'épilepsie, rendant l'action pratiquement illisible) qui a apparemment plus convaincu le jury professionnel que nous.
L'Atlas d'argent de la mise en scène est lui allé au film nord-irlandais Behold the lamb de John McIlduff (notre photo de gauche) qui raconte la complicité inattendue entre un cinquantenaire dépressif et la petite amie de son fils, forcés de se lancer dans une équipée aventureuse. Le film, assez découpé, adopte un ton cocasse et décalé qui contraste avec son contexte plus social.
Enfin, A trip de Nejc Gazvoda (mention spéciale du jury) est le voyage initiatique de trois jeunes qui se retrouvent après une longue séparation et partent quelques jours en vacances ensemble. Entre souvenirs de lycées et rêves d'avenir, ils se retrouvent confrontés à des réalités plus complexes qu'ils ne l'auraient songé. Une chronique sensible et juste filmée avec bienveillance et légéreté.
Les autres jurys ont récompensé deux films "familiaux" : Fils unique de Miel van Hoogenbemt parle (sur un ton comique et tendre) des relations conflictuelles entre un père et son fils, de l'enfance de celui-ci jusqu'à ses 40 ans, tandis que Le père de Rafael Lewandowski (photo de droite) met brillamment en scène un fils confronté au passé trouble de son père.
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Tout le palmarès
Atlas d'or du meilleur film Nokas d'Erik Skjoldbjaerg (Norvège)
Atlas d'argent de la mise en scène
John McIlduff (Irlande du Nord) pour Behold the lamb
Mention spéciale du jury A trip de Nejc Gazvoda (Slovénie)
Prix du Syndicat français de la critique de cinéma Le père de Rafael Lewandowski (Pologne)
Prix Regards Jeunes de la région Nord-Pas-de-Calais Fils unique de Miel van Hoogenbemt (Belgique) [photo de gauche]
Prix du public Le père de Rafael Lewandowski (Pologne)
Les 24e European Film Awards ont rendu leur verdict : les nominations. 2500 votants vont désormais choisir le gagnant de chaque catégorie en vue de la remise de prix qui aura lieu à Berlin le 3 décembre.
On est étonné de la prépondérance des films cannois dans la sélection, qui cumulent 26 citations!. Géographiquement, le cinéma nordique sort grand vainqueur de cette sélection grâce à Lars von Trier, Aki Kaurismäki et Susanne Bier.
Nous vous livrons les nominations par films plutôt que par catégories.
8 nominations
Melancholia : film, réalisateur (Lars von Trier), actrices (Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg), scénario, image, montage, décor
4 nominations
The Artist : film, acteur (Jean Dujardin), image, musique
Le gamin au vélo : film, réalisateur (Jean-Pierre et Luc Dardenne), actrice (Cécile de France), scénario
In a better World : film, réalisateur (Susanne Bier), acteur (Mikael Persbrandt), scénario
Le discours d'un Roi : film, acteur (Colin Firth), montage, musique
Invités : Dominique Sampiero et Miel van Hoogenbemt pour Fils unique et Jacqueline Bisset pour la Leçon d'actrice.
L'équipe du quotidien vidéo du Arras Film Festival : Jessica Aveline, Marion Dardé, Simon Machi, Alain Pétoux et Loïc Wattez.
Propos recueillis par Marie-Pauline Mollaret et Jovani Vasseur.
Merci à David Lesage.